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Hier garde.

Thème pédiatrie.

Pendant le repas, le vieil interne de chir ped qui prend des astreintes de senior nous appelle pour une gamine dont il faut réduire une fracture du poignet. Ok, no problemo. Elle est un peu stressée me prévient-il. Soit.

Je monte tranquillement aux urgences en espérant qu’ils aient réussi à lui mettre une voie veineuse pour la soulager. Si c’est le cas, l’anesthésie sera réglée en 5 minutes.

J’arrive dans le couloir des urgences pédiatriques et je découvre une blondinette de 11 ans entourée de parents bécébégés. Atypique dans ce CH où la population est l’une des plus pauvres de France. Ils ont du se perdre… A mon entrée dans la pièce je vois une gamine hurlante, qui se contorsionne sans que j’ai même pu ouvrir la bouche pour en placer une. Une barbie en furie avec un poignet cassé. Bon, mon enthousiasme s’émousse un peu.

Je pars chercher le dossier et je reviens en me concentrant pour faire ma tête-de-gentil-docteur-des-enfants que je ne suis pas. On l’a barbouillée de prilocaïne mais même avec ça je sens que ça ne va pas être commode. Je lui explique gentiment qu’on va l’endormir pour réparer son poignet : elle ne veut pas et se remet à hurler. Je recommence avec des mots différents, si le masque lui fait peur on peut placer une petite-minuscule-riquiqui perfusion grâce à la crème magique : elle se débat et veut partir sans même que je ne la touche. Je lui explique que ça n’est pas marrant de prime abord mais que l’on fera tout pour qu’elle ait le moins mal possible et que dans la vie les bobos c’est ennuyeux mais -un peu fataliste- ça arrive et on peut les réparer… Et là la phrase choc :

« je m’en fous, j’veux pas, je suis une cliente, je fais ce que je veux »

oui, je répète (CTRL-V)

« je m’en fous, j’veux pas, je suis une cliente, je fais ce que je veux »

OMG. 11 ans.
Là mon sang n’a fait qu’un tour, j’ai retourné ma casquette de gentil flic pour faire le bad cop et je lui ai copieusement remonté les bretelles, vraiment en colère. Les parents sont un peu sur le cul, un peu hébété mais gardant le parti de leur enfant. Je suis sorti sans achever la consultation. Je ne me souviens pas que qu’un patient m’est considéré comme ça, et là la chieuse a 11 ans.
150 gammas de clonidine tu feras moins la maligne. (30 kg)
Je vais voir une autre gamine en attendant qu’elle se calme.
J’appelle notre IADE qui par chance ce soir là est rompu aux techniques de relaxation et d’hypnose.
Je prends les parents à part pour faire la consultation (médisant, je pense que la maman-hyper-apprêtée a de grandes chances d’être colopathe) et je laisse la gamine se calmer seule en attendant l’IADE qui va réussir à la calmer. (+God bless clonidine)
Au bloc, bim 3 min de proto, bim voie veineuse, bim ketamine, bim bloc axillaire sous écho, bim réduction, bim plâtre.
2 heures de parlotte pour 15 min de prise en charge médico-technique. Au suivant.

Loi des séries

aie aie aie

parfois la loi des séries nous en met plein la tronche, hier :

- premier bloc de viscérale : ventilation compliquée + intubation vraiment difficile, technique appropriée -> patient OK

- deuxième bloc d’uro : bronchospasme majeur au réveil, jeune, roux, hyperstressé, pourtant la légende (BMJ) nous dit bien de nous méfier ;) -> réendormi et reextubé sous halogénés

- énième colo : la vache, elle veut pas remonter cette tension, c’est quoi ce bazar !? tiens, regardes le scope :

choc cardiogénique sur thrombose de l’IVA prox (je vous passe la voie centrale à l’arrache qui monte en jug histoire de nous simplifier la vie)

- reprise programmée de chir ortho chez un jeune pour une infection de matériel, je lui mets sa voie centrale en sus-clav comme on aime bien faire maintenant, tout se passe bien… rachianesthésie, ok, démarrage des antibios après prélèvements osseux : réaction anaphylactique sévère -> adré 200 gammas ! Chaud, mais OK.

- la petite dernière de la soirée, Mme pas-de-bol, 49 ans, mort subite sur IDM le matin, récupérée, stent sur diag + kissing balloon sur IVA, refroidie aux USIC… évolution vers un état de choc… discrète errance diagnostique (sic) pour finir au bloc dans la nuit :

merci clopi, merci abcixi, merci Angioseal. (bloc ok, patiente en réa med désormais)

et oui, c’était bien la même journée ;)

Mon premier rempla dans le privé

Un jour à l’internat miteux du CHU, je vois mes collègues en effervescence autour d’un gars que je ne connais pas. C’est un anesthésiste libéral. Il vient au CHU pour un DU et se replonge le temps d’un repas dans l’ambiance de la grande maison. Il nous raconte son activité et très optimiste (ou drogué) il nous propose de venir le remplacer. WTF !? euh ? nous ? les péquenots d’internes ? Bon d’accord. Ca fait peur mais d’accord. L’attrait de la nouveauté (et des revenus) est trop fort : on fonce !

Non sans avoir vérifié que nous étions aptes sur le plan administratif on se répartit sa semaine de vacances du printemps. Me vl’a donc embarqué pour quelques jours de boulot dans la “grosse clinique locale”. #fear. Continue reading