160 bornes en pignon fixe

25 août, 8h04, mon réveil sonne pour la troisième fois. Je suis dans la moiteur d’une chambre de garde défraîchie. Je me lève pour faire les transmissions. J’aimerais vraiment pouvoir y aller en calbut pour marquer ma lassitude mais la convention veut que je remettre mon pyjama de bloc pour traverser le service. Bla bla bla, ils savent ce qui faut savoir. Retour dans la chambre et je me rendors comme un con pour 40 minutes.

lit

Affamé, sec et déglingué je mets le cap vers chez moi. J’ai du mal à tourner les jambes sur le vélo. Je rumine l’idée d’aller à la mer en vélo mais mon biofeedback interne refuse cette idée.

J’arrive chez moi. C’est décidé, entre la torpeur et le 48×17, j’ai fait mon choix, j’irai rouler. Ne pas s’asseoir. Ne pas ouvrir les réseaux sociaux. Ne pas faire quoi que ce soit qui m’écarterait de ma mission. Continuer la lecture de « 160 bornes en pignon fixe »

Gérer la batterie de sa Garmin Fenix 3

Récemment, j’ai vécu de désagréable problèmes de batterie avec ma Fenix 3. Je n’ai pas encore compris l’origine du problème. Néanmoins, la situation semble rentrer dans l’ordre. J’espère que le dernier firmware stable, le 7.5 viendra consolider tout ça. Continuer la lecture de « Gérer la batterie de sa Garmin Fenix 3 »

patterns come through repetition

Tout a commencé en septembre 2013, à la gare TGV de l’aéroport Charles de Gaulle, alors que je lisais un article de Sport & Vie sur la polarisation. Je venais de battre mon record sur marathon avec 3h08, mes jambes refusaient de descendre les escaliers mais j’étais heureux. L’article parlait des travaux sur la polarisation de l’entraînement. Le thème a excité mes neurones et j’ai commencé à lire des papiers de sciences du sport et à réfléchir sur le sujet.

J’ai découvert des dizaines de scientifiques actifs sur Twitter, des articles à gogo et des façons de faire qui semblaient moins empirique qu’à l’accoutumée. Mon esprit analytique était séduit par la rationalisation des modalités d’entraînement et l’implication que ça peut avoir en pratique lors de la compétition. L’exemple type est l’utilisation de la puissance en vélo (surtout lors d’un contre-la-montre). Joe Friel, Inigo Mujika et Stefan Seiler étaient mes nouvelles idoles.

Comme je n’ai pas un gros moteur de base (ma VO2max tourne entre 52 et 58 je pense), j’ai toujours aimé l’idée de peaufiner la stratégie d’entraînement et l’équipement pour grignoter un peu de performance (je n’ai pas osé écrire « secondes », me rendant compte du ridicule en tapant sur le clavier). Ce genre de calculs s’est révélé être assez pertinent pour le Grand Raid des Pyrénées version Tour des Cirques (120 km) où la cylindrée a finalement peu d’importance pour terminer (à côté de la stratégie et de la chance) mais a contrario tout ce micmac n’a pas tellement d’impact sur des courses rapides type semi.

Avec mon démarrage dans le triathlon, j’ai découvert des athlètes amateurs capables de réaliser des volumes d’entraînement ahurissant (20+ heures) avec du qualitatif en plus. Dur-dur de rivaliser avec ces stakhanovistes qui sont nés avec les bons gènes. Mes premiers triathlons me plaisent beaucoup mais mon égo (piège mental dont il est difficile de se défaire) est égratigné par ma plongée dans les profondeurs du classement… L’affichage des chronos comme des lignes sur un C.V. sportif devient un peu délicat devant la banalité des résultats en comparaison des autres.

Les mois passant, je gagne en aisance à vélo. Y’a pas à tortiller, il faut un volume minimal (2000 bornes ?) pour se faire à la position sur le vélo et pour que le métabolisme se règle. Alors que dans mes premières semaines de cycliste, je me focalisais sur la mécanique, l’habillement et les réglages, j’ai bien fini par comprendre qu’il fallait faire le métier avant tout.

Même topo avec la natation. Mais là, autre élément : l’importance d’avoir un regard extérieur. Par deux fois, j’ai passé des étapes grâce au conseil d’un coach. D’abord avec Chris, de Total Immersion puis surtout avec Julian Nagi.

Je suis allé voir Julian pour vérifier les ajustements qu’il m’avait prodigué après mon premier passage en janvier. J’étais alors en train de lire Triathlete training bible de Joe Friel et je suis arrivé avec pleins de questions sur des détails technique concernant mon crawl.

Julian m’a pris à contrepied en m’annonçant d’emblée que je nageais bien. J’étais sur le cul. J’ai bien essayé de glisser une ou deux questions mais il m’a enjoint à débrancher mon cerveau.

Je sors de l’eau après mon test de 400 mètres et s’en suit une conversation dans son booth on the deck. Il me demande si j’ai trouvé un coach pour la préparation de mes courses à venir. Je lui réponds que non, et que c’est difficile pour moi d’adhérer au plan d’un coach parce que j’ai tellement lu sur le sujet ces derniers temps que j’ai besoin de trouver quelqu’un qui aille dans le sens des sciences du sport et que c’est assez rare. Sinon, ceux que j’ai vu qui pourrait séduire mon amour de l’analyse, pratiquent des tarifs exorbitant de l’ordre de 500 US $ par mois, oui oui !!

Alors Julian m’explique sa vision de coach de la vraie vie, il me conseille d’écouter le podcast de Joel Filliol qui s’appelle Real Coaching. Dans ce podcast , ils discutent des pratiques de la vraie vie parmi les gens qui entraînent les champions. Le podcast est vraiment passionnant et j’ai compris en l’écoutant l’importance des années d’expérience, ces coaches constataient que la simplicité était souvent une clé de la performance. J’étais particulièrement intéressé par leur discussion sur la natation où tous les gadgets et exercices plus tordus les uns que les autres se faisaient gentiment descendre : patterns comes through repetition. Certes, un amateur ne peut pas vraiment baser son entraînement sur la façon de faire des pros. Le mimétisme pur et dur me parait inapproprié, mais si je ne vais pas faire 4 x 1500 m à l’entrainement de nat’ comme leurs athlètes, je serais peut-être enclin à faire 6×500 m plutôt que des séries de 100 ou 200 découpés en éducatifs sur 25 m, vous voyez ce que je veux dire ?

Bref, dans cette première partie de l’année 2016 où ma forme s’amuse à faire le yoyo à haute fréquence je me suis apaisé quant à ma boulimie de sciences du sport. J’ai fait le parallèle avec ma petite carrière de médecin. J’ai cette déformation éducative de commencer par le particulier pour arriver au général. Je me suis nourri d’articles sur le transport de l’oxygène avant de voir le patient plus globalement. Dans le sport, c’est le même truc. Maintenant, je sais mieux où je veux aller. Je sais que la régularité sera ma meilleure amie pour avancer vers mes objectifs. L’illusion de faire beaucoup mieux en me focalisant sur des détails est démasquée. A mon niveau, je dois rester patient, le temps est mon allié.

Ne rien faire c’est bien faire

J’aurais pu donner un autre titre pompeux genre « primum non nocere » mais comme j’ai fait espagnol en deuxième langue je vais éviter le latin.

Il y a un sacré paquets de truc en médecine qui sont réalisés dont on pourrait se passer. Le dépistage est un exemple connexe complexe mais très pertinent. Merci à Jaddo d’avoir fait sa dernière note avec son talent habituel.

Moi, je veux juste parler de ce que je rencontre dans mon métier d’anesthésiste-réanimateur. Il y a un paquet de trucs que je vois souvent et je m’interroge quant à notre tendance à intervenir en excès. Nous avons un métier où la physiologie se vit « en live », avec des médicaments puissants aux effets immédiats, nous sommes donc imprégnés d’une culture de l’action. De plus, y’a quand même un paquet de littérature qui nous enjoint à agir vite dans bon nombre de situations médicales comme les urgences vasculaires, les infections, etc.

A côté de ça, je vois bon nombre de fois où nous dégainons, vite, trop vite ? certains outils :

  • l’eau et le sel (pourquoi cette obsession des 2 litres de diurèse ? méfiez-vous des excès de chlorure)
  • les macromolécules (encore ? seriously ?)
  • l’amiodarone (le poumon, la thyroïde, le contrôle douteux de la FC en situation très aigüe : saignement latent, sepsis larvé ?)
  • l’atenolol (cf les béta-bloquants c’est pas tout le temps)
  • le fer en intraveineux (je n’arrive pas à l’aimer celui-là, c’est un peu irrationnel mais il me crispe)
  • les morphiniques en per-opératoire (par crainte de la douleur…)
  • les cocktails tramadol-nefopam (les EI valent-ils le coup vis à vis d’une éventuelle diminution de morphine ?)
  • l’insuline trop agressivement
  • la dialyse en réa quand le patient va planter son rein (cf TBL sur ELAIN vs AKIKI)
  • l’hydroxyzine comme une tisane au tilleul
  • les anti-épileptiques dès que le patient a une douleur sous morphine
  • la nutrition parentérale sans contexte clairement en faveur
  • les vitamines, les oligo-éléments dans un glucosé pendant 3 jours
  • les vitamines autre que B1 dans la prévention du DT
  • de l’IPP prescrit comme un réflexe dans 1000 situations où les patients n’en ont pas besoin
  • les aminosides dès qu’une infection pointe le bout de son nez à l’hôpital

et la biologie, parlons en !

  • pourquoi faire NFS/TP-TCA a un patient qui a déjà été opéré sans soucis sans manifestations hémorragiques ?
  • que faite vous d’une coag post-op chez quelqu’un qui n’a pas fait de catastrophe hémorragique ?
  • pourquoi faire une carte de groupe pour une chirurgie où vous transfusez un patient tous les 5 ans ?

Je m’arrête là, vous saisissez l’idée… Je pense qu’il y a un bon paquet de fois où il faut se retenir de dégainer son stylo, surtout pendant le tour de minuit où la réflexion n’est pas toujours au top. Il y a plein de situations où ne rien faire, c’est bien faire. Il y a plein de symptômes qui méritent notre attention mais qu’il ne faut pas confondre avec une maladie (c)celui-qui-sait. Il y a plein de fois où juste attendre à côté du patient est suffisant. Et il y a plein de fois où nous faisons peut-être pire que mieux en prescrivant.

Ainsi, il me parait vraiment important de vous arrêter 30 secondes lorsque vous êtes devant un dilemme de prescription. Interrogez-vous sur votre « impulsion » : habitude ou besoin de donner une réponse (facile) à une question difficile (« je fais quoi ? »).

Bon. Je perçois que ce billet prend un ton moralisateur-à-la-con et je ne m’étendrai pas plus mais je crois vraiment très fort à cette idée que les patients font souvent très bien sans nos prescriptions et qu’il suffit de se laisser un peu de temps et de recul.

Du pinard, des bédés et du pognon

Non, ce billet n’est pas un panégyrique pour une alliance franco-benelux ou une demande de revival de Licence IV (qu’on aurait vraiment dû envoyer à l’Eurovision), cet article est une petite transposition de réflexions récentes sur la thématique des histoires. Et c’est drôlement important les histoires, la preuve : vous passez votre temps à vous en raconter non ?

Tout a commencé par une belle soirée d’avril 2016 où la température était agréable, le football loin de nous et l’hygrométrie plus favorable qu’en ce putain de mois de juin chti. À 19h15, je reçois un SMS : « T’es arrivé ? » qui me rappelle immédiatement que je me suis gouré dans mon agenda. Je me suis trompé d’heure. Bon, ça arrive. Pas d’interprétation inutile SVP. Continuer la lecture de « Du pinard, des bédés et du pognon »

Prévention des complications du sevrage alcoolique, pratique et myth-busting

Je travaille dans un service qui fait beaucoup de carcinologie en ORL. De fait, je m’occupe souvent de patients qui consomment beaucoup d’alcool régulièrement. Ainsi, lors d’une hospitalisation courte pour des examens complémentaires ou autour d’une opération, ces patients sont à risque de faire des symptômes liés au sevrage alcoolique.

Tout le monde connait le tryptique hydratation-benzo-vitaminothérapie. C’est plus qu’un réflexe ou un tiroir de réponse d’examen, j’ai presque l’impression que c’est un meme car ce truc s’écrit partout et qu’on ne sait plus trop démêler l’attitude rationnelle de l’habitude. Continuer la lecture de « Prévention des complications du sevrage alcoolique, pratique et myth-busting »

J’ai peur de l’anesthésie

« Je n’ai pas peur de l’opération mais j’ai peur de l’anesthésie, j’ai peur de ne pas me réveiller ! »

Eh bien, je vous félicite ! Vous allez faire face à un truc inhabituel et votre corps se met en alerte, voilà qui est rassurant  pour vous : votre corps marche bien !

Je suis médecin anesthésiste-réanimateur depuis 2009 et j’ai souvent entendu les patients avoir peur de ne pas se réveiller. J’essaye alors en consultation d’aider le patient à s’apaiser. Alors, un billet de blog n’est pas une consultation médicale, mais je voudrais juste partager ici quelques éléments qui aident à faire face à cette épreuve pour vous, patient. Continuer la lecture de « J’ai peur de l’anesthésie »

La connerie ne se soigne (malheureusement) pas à coup de baffes… – David Manise : instructeur de survie

Source : La connerie ne se soigne (malheureusement) pas à coup de baffes… – David Manise : instructeur de survie

Il est balaise ce David Manise. Il construit quelque chose de superbe (le CEETS) méthodiquement, petit à petit. Lorsqu’il écrit, je trouve qu’il met souvent dans le mille. Quelqu’un à découvrir si vous ne le connaissez pas déjà…