Mon approche du tabac en péri-opératoire

Ce matin, discussion avec ma super interne sur le tabac en péri-opératoire. Deux remarques sur la feuille d’anesthésie du patient : ne pas zapper cette donnée car c’est utile pour calculer le score d’Apfel et une interrogation autour d’une prescription de Nicopatch par un autre collègue.

Mon approche comprend les points suivants :

  • je demande toujours la consommation de tabac en consultation
    • si le patient est sevré, je le félicite toujours
    • si le patient est consommateur, je lui demande s’il a envie d’arreter
      • si la réponse est évasive ou négative, je ne vais pas loin, je dis juste que la diminution du tabac (le mieux étant zéro cigarette) avant une intervention améliore plein de choses tant pour la sécurité du patient que pour la réussite de l’opération (cicatrisation)
      • si le patient a envie d’arreter, alors je lui parle des moyens dont nous avons à notre disposition : nicotine patches ou inhalée et consultation de tabacologie . J’essaye aussi de voir avec le patient avec une approche « communication thérapeutique/hypnose » ce qui lui déplait le plus dans le tabagisme et j’exagère sa réponse. De même, je lui rappelle qu’il y  a plein de moment où il ne fume pas, amoindrissant la notion de dépendance (sommeil, voyage en avion). L’oxygène, par contre on ne peut pas s’en passer plus de quelques minutes.
  • Je ne prescris pas de médicaments sur le thème du sevrage tabagique, je préfère que le spécialiste de tabacologie voit avec le patient ce qu’il préfère.
  • Si une ordonnance est utile, je vous rappelle qu’il est de bon ton d’en écrire une sur une ordonnance dédiée pour obtenir le forfait d’aide au sevrage tabagique de la sécurité sociale.
  • Je rappelle qu’il ne faut pas fumer juste avant l’intervention, là si besoin je vois avec le patient s’il ressent besoin d’un anxiolytique pour l’aider .
  • Je pense que la cigarette électronique est très utile pour diminuer la consommation de cigarettes. Ainsi, j’ai tendance à encourager les gens dans cette direction s’ils l’ont déjà prise.

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Courte réflexion sur l’a-nesthésie et le risque

Toute à l’heure, en prenant ma douche après être arrivé au travail en courant, m’est venue cette réflexion sur une problématique de mon travail d’anesthésiste-réanimateur. Je suis payé pour faire des choses mais la grosse valeur de notre métier c’est de faire que d’autres choses n’arrivent pas. La mort étant le plus gros obstacle à éviter.

En miroir, le chirurgien est surtout payé pour faire des choses pas tellement pour que des choses n’arrivent pas. Ils font des actes. Vraiment.

Le résultat de la chirurgie lui, est facile à valoriser car il se comprend mieux : je vois mieux, la tumeur est enlevée, mon os est réaligné, etc.

La différence avec l’anesthésie rend difficile la valorisation de notre métier. L’anesthésie, c’est le a- privatif devant la sensation. Mon métier est d’éviter les sensations pendant la chirurgie et par extension tous les dommages collatéraux.

En matière de risque, c’est compliqué d’imaginer tout ce qui a été évité. C’est pourtant le cœur de métier. C’est une grand part de nos responsabilités et j’imagine qu’on me paye en grande partie pour ça.

(mes réflexions sous la douche ne sont pas toujours bien organisées, je vous l’accorde)

Billy Mahoney est de retour !

Merci à Scancrit.com d’avoir causé de cette étude intéressante https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26174308 dans http://www.scancrit.com/2017/10/08/relax/

(Pour tester votre équipe de collègue, laissez vous curariser tout en étant réveillé par leur soin !!)

On y apprend que les curares seuls influencent grandement le BIS. Pendant une anesthésie, j’avais observé des variations et j’avais en tête que l’activité musculaire des muscles de la face pouvait influencer le résultat du BIS. Ici, les auteurs prennent ce travail comme plus d’eau à leur moulin d’anesthésistes déjà peu enclin à utiliser le BIS. En tout cas, je le comprends comme ça.

Covidien énonce l’influence des curares sur leur site

Moi j’aime d’autant plus utiliser le BIS, que je travaille dans un secteur chirurgical (l’ORL) où nous utilisons très rarement des curares. Et dans ce contexte, je trouve que le BIS m’apporte un plus. C’est loin d’etre parfait mais je trouve que ça m’aide à titrer les hypnotiques et/ou indirectement les vasopresseurs. Et vous ? (< astuce de blogueur désoeuvré)