La supercherie du « geste santé » avec votre yaourt.

Mangez des produits laitiers : des sensations pures ! La blancheur du lait évoque pureté et bien être. L’industrie agro-alimentaire surfe sur cette vague pour nous vendre du lait et ses dérivés. Quelle connerie !

Après la lecture de Lait, mensonges et propagande de Thierry Souccar je suis convaincu de l’influence de l’industrie sur la consommation de lait. Soucieux de ne pas être endoctriné par des propos journalistiques je suis allé à la recherche d’articles scientifiques. J’ai trouvé un numéro spécial sur ce thème polémique dans les Cahiers de Nutrition et de Diététique. Chouette ! Des médecins nutritionnistes vont répondre à mes interrogations, ils vont sans doute balayer les écrits d’un journalistes à la recherche de sujets vendeurs. Ce numéro est un panégyrique (oui oui, j’ai toujours aimé frimer avec ce mot, ne vous en plaise) pour la consommation de lait, tout est formidable, en somme c’est l’aliment idéal ! Ce recueil type publi-information m’a mis la puce à l’oreille, j’ai eu l’impression de lire de la pub : j’ai vérifié l’édito de ce numéro spécial, la direction scientifique remercie le CERIN d’avoir financé le numéro… Cet organisme n’est autre que LE lobby du lait. Même insupportable collusion qu’avec les médicaments, l’industrie est partout. Il est vraiment dommage que sous couvert de l’idée communément admise que le lait est bon, beaucoup de médecins ferment la porte à une réflexion scientifique pour faire la pub du lait. Même discours dans des congrès ou des formations médicales de nutrition : pfffff

Bref je ne sais pas quel équilibre trouver. D’un côté des individus qui -sans l’exclure- rejette la consommation de lait et de l’autre les médecins nutritionnistes qui ont l’air unanimes pour décrire son innocuité et le recommander via le Programme National Nutrition Santé à la dose de 3 à 4 produits laitiers par jour. Tout le monde le sait : il faut boire du lait pour avoir de bons os et éviter l’ostéoporose. Ostéoporose, ce cauchemar du monde moderne qui paralyse nos anciens et les enferme dans un cercle vicieux de perte d’autonomie.

Thierry Souccar, lui nous invite à regarder du côté des études scientifiques pour renforcer ses propos, et notamment des travaux de Walter Willet. M Willet est professeur de Santé Publique à Harvard. On imagine plutôt le personnage crédible du haut de sa chaire de Nutrition de l’Harvard Medical School avec une implication dans 1000+ publications… Sur l’un des sites reliés à Harvard, on trouve notamment des recommandations assez claires quant à la consommation de calcium et la santé osseuse. Certes le calcium est bénéfique pour notre santé mais le lait n’est probablement pas la solution à privilégier et ce d’autant plus qu’il peut être associé à certaines pathologies.

Ainsi il existe des méta-analyses qui nous expliquent clairement que l’apport de calcium -notamment grâce au lait- n’écarte pas le risque de fracture de hanche :

J Bone Miner Res. 2010 Oct 14. [Epub ahead of print]

Milk intake and risk of hip fracture in men and women: A meta-analysis of prospective cohort studies.

Bischoff-Ferrari HADawson-Hughes BBaron JAKanis JAOrav EJStaehelin HBKiel DPBurckhardt PHenschkowski JSpiegelman DLi RWong JB,Feskanich DWillett WC.

Centre on Aging and Mobility, University of Zurich, Switzerland.

Abstract

CONTEXT: Milk contains calcium, phosphorus, and protein, and is fortified with vitamin D in the US. All of these ingredients may improve bone health. However, the potential benefit of milk on hip fracture prevention is not well established.

OBJECTIVE: To assess the association of milk intake with risk of hip fracture based on a meta-analysis of cohort studies in middle aged or older men and women.

DATA SOURCES: English and non-English publications searching Medline (Ovid, Pubmed) and EMBASE up to June 2010; experts in the field; reference lists.

STUDY SELECTION: Prospective cohort studies. To compare studies on the same scale, we calculated the relative risk (RR) of hip fracture per glass of milk intake daily (approximately 300 mg calcium per glass of milk). Pooled analyses were based on random effects models.

DATA EXTRACTION: By two independent observers.

RESULTS: In women (6 studies, 195,102 women, 3574 hip fractures), there was no overall association between total milk intake and hip fracture risk (pooled RR per glass of milk per day = 0.99; 95% CI 0.96 – 1.02; Q-test p-value = 0.37). In men, (3 studies, 75149 men, 195 hip fractures), the pooled RR per daily glass of milk was 0.91 (95% CI 0.81 – 1.01).

CONCLUSION: In the meta-analysis of cohort studies, there was no overall association between milk intake and hip fracture in women but more data are needed in men.

Les solutions sont plutôt à aller chercher du côté de l’activité physique +++, de l’exposition solaire et de la vitamine D :

Arch Intern Med. 2009 Mar 23;169(6):551-61.

Prevention of nonvertebral fractures with oral vitamin D and dose dependency: a meta-analysis of randomized controlled trials.

Bischoff-Ferrari HAWillett WCWong JBStuck AEStaehelin HBOrav EJThoma AKiel DPHenschkowski J. Centre on Aging and Mobility, University of Zurich, University Hospital, Switzerland. heike.bischoff@usz.ch.

Comment in:

Abstract

BACKGROUND: Antifracture efficacy with supplemental vitamin D has been questioned by recent trials.

METHODS: We performed a meta-analysis on the efficacy of oral supplemental vitamin D in preventing nonvertebral and hip fractures among older individuals (> or =65 years). We included 12 double-blind randomized controlled trials (RCTs) for nonvertebral fractures (n = 42 279) and 8 RCTs for hip fractures (n = 40 886) comparing oral vitamin D, with or without calcium, with calcium or placebo. To incorporate adherence to treatment, we multiplied the dose by the percentage of adherence to estimate the mean received dose (dose x adherence) for each trial.

RESULTS: The pooled relative risk (RR) was 0.86 (95% confidence interval [CI], 0.77-0.96) for prevention of nonvertebral fractures and 0.91 (95% CI, 0.78-1.05) for the prevention of hip fractures, but with significant heterogeneity for both end points. Including all trials, antifracture efficacy increased significantly with a higher dose and higher achieved blood 25-hydroxyvitamin D levels for both end points. Consistently, pooling trials with a higher received dose of more than 400 IU/d resolved heterogeneity. For the higher dose, the pooled RR was 0.80 (95% CI, 0.72-0.89; n = 33 265 subjects from 9 trials) for nonvertebral fractures and 0.82 (95% CI, 0.69-0.97; n = 31 872 subjects from 5 trials) for hip fractures. The higher dose reduced nonvertebral fractures in community-dwelling individuals (-29%) and institutionalized older individuals (-15%), and its effect was independent of additional calcium supplementation.

CONCLUSION: Nonvertebral fracture prevention with vitamin D is dose dependent, and a higher dose should reduce fractures by at least 20% for individuals aged 65 years or older.

 

Je mange encore régulièrement des produits laitiers, en effet je les tolère bien, j’aime plutôt ça et ils apportent globalement des nutriments intéressants. Simplement, je ne crois plus du tout au lait comme recette miracle pour prévenir l’ostéoporose. Je crains que le marketing tout puissant rassure les foules (notamment le personnel hospitalier féminin qui ingurgitent des kilos de yaourts à tous les repas) en leur vendant l’espoir d’un bon capital osseux : #fail.

 

Des choses intéressantes par là aussi http://goo.gl/DGGEy

 

 

17 réflexions sur « La supercherie du « geste santé » avec votre yaourt. »

  1. On a décidément les mêmes questionnements!
    Depuis tout petite, je suis « en surpoids », c’est comme ça qu’on dit. Mon BMI est toujours limite, parfois juste dans les clous et souvent au dessus. Alors j’en ai écouté des discours sur ce qu’il faut ou non manger. Dans la liste, il y a ces 4 portions laitières par jour.
    Suite à un voyage aux USA où, contrairement à ce que je pensais en partant, j’ai maigri (au pays du McDo!). En fait, j’ai surtout réappris à écouter ma faim, nous avions choisi de ne pas gérer de stocks de bouffe hormis barres de céréales pour les efforts et quand nous rencontrions une ville, nous mangions à notre faim.
    Au retour, j’ai continué avec le même principe (c’est un peu l’idée du Dr Zermati : tu écoutes ton corps et tu manges ce qu’il te dit de manger) Je mangeais en quantité adaptée mais surtout en qualité. Je ne m’imposais plus des aliments qu’il « fallait manger » mais des aliments dont j’avais envie. Ca a profondément changé mon rapport à la nourriture.
    Entre autres, du point de vue laitages puisque c’est le sujet, le matin je ne fais qu’arroser avec un tout petit fond de lait mes céréales, je ne mange pratiquement plus de yaourts sauf quand j’en ressens le besoin, par contre, j’ai toujours besoin (ou envie?) de fromage. Les grands jours je suis à 4 portions laitières, les petits à 1.
    C’est pareil pour toutes les catégories d’aliments. Déjà c’est plus simple à gérer que de s’imposer des objectifs. Et en plus, je me sens en bien meilleur forme.
    (par contre au niveau quantités, j’ai rechuté car la nourriture reste un soutien dans les situations pénibles…)
    Dans 50 ans, je ferai le compte de mes fractures ostéoporotiques!

  2. Tant mieux que ces données sortent de façon « scientifique », c’est une sorte d’arnaque permanente qui dure depuis longtemps.

    En + des articles et livres de Thierry Souccar, des études de Harvard, il y a eu d’autres approches.

    Soit, dans le champ des études en double aveugle, des études + ou – indirectes sur le rapport lait/santé : Darlington en 1986 pour la PR, qui faisait ressortir le lait parmi les aliments défavorables (j’écris de mémoire, je n’ai plus cette étude sous les yeux).

    Ou de façon + éloignée les études sur le régime méditerranéen (étude de Lyon par ex.). Le lait et autres produits laitiers n’y sont pas supprimés, mais limité par rapport à une alimentation française classique, ce qui semble participer à la meilleure survie à long terme.

    Ensuite, par des approches d’observation directe, plus sujettes à caution selon la logique de ma médecine par les preuves, mais avec des résultats reproductibles au moins dans le second cas :

    Dr Raphaël NOGIER, qui faisait surtout le lien entre produits laitiers et certains cancers, pour des profils particuliers de personnes.

    Dr SEIGNALET, avec exclusion totale de produits laitiers notamment (mais aussi gluten, maïs, produits trop cuits), qui fait le lien avec plusieurs familles de maladies et ces aliments. Quelques milliers de personnes en France qui l’effectuent (en + des traitements médicaux conventionnels), y compris pour des maladies, avec une grosse majorité de témoignages probants, sur quelques mois ou plusieurs années selon les cas.

  3. Il y autant de dogmatisme à vouloir supprimer tous les produits laitiers, ce que prônent certains ostéopathes, qu’a nier la participation potentielle, inexpliquée, de ces produits à la « physiopathologie » de certains troubles. C’est aussi une conséquence indirecte du dieu « études statistiques » porteur de la Vérité moderne mais qui oublie qu’un médecin soigne d’abord un patient mais pas un groupe. Par nature, la connaissance scientifique, les concepts, sont bornés…mais parfois un peu trop! L’attitude vis à vis des produits laitiers ressemble, pour certains, à la guerre des Rose, particulièrement chez les sportifs.

    1. Nous partageons donc le même avis 🙂 comme vous l’avez compris l’objet n’était pas de diaboliser le lait mais juste d’arrêter de manger des yaourts comme des alicaments.

      1. Le terme « Alicament » appartient au vocabulaire marketing mais pas au vocabulaire médical. Néanmoins, les alicaments ont tous une propriété forte, indéniable, indiscutable, reconnue par tous…à savoir d’augmenter la marge faite par le fabricant sur un produit alimentaire .
        Qu’il était bon le temps ou nous pouvions consommer, dans l’inconscience abyssale des innocents, uniquement pour le goût, un yaourt ou apparenté sans être parasité par l’idée que ça stimule l’ immunité (?) ou que ça va donner un cancer de la prostate (!).

  4. Quand on n’est pas médecin ou apprenti en médecine, c’est plus facile de critiquer : c’est pourquoi je ne m’en prive pas, mais faut avouer qu’il y a des boulevards où s’engouffrer !

    C’est très louable que vous luttiez contre les dogmatismes, et que choisissiez une voie du « juste milieu ».

    Dans ma famille, il y a plusieurs personnes qui consomment des produits laitiers (+ ou – modérément) sans soucis, d’autres qui n’en consomment plus du tout. Heureusement, pour moi par ex. ça m’a sorti d’un enchaînement de maladies en cascades, idem pr d’autres personnes.

    S’affranchir des positions dogmatiques ok, mais dans le cas des personnes que je connais, ça aurait été supprimer une part de ces aliments à des gens à qui ça ne cause pas de soucis, et surtout les maintenir chez des personnes que ça envoyait régulièrement à l’hopital, pour des maladies considérées non liées.

    Vous fuyez, me semble t il, une question où vos compétences professionnelles et votre esprit de décision doivent jouer à plein, plutôt que de rester dans un entredeux vague et confortable. A condition de connaître ces différentes approches, autres qu’épidémiologiques et standards.

    Grosso modo, au regard des maladies concernées et de leur fréquence dans la population, 20 % à 30 %de la population potentiellement concernée (avec d’autres aliments posant problème), parfois pour des maladies à forte mortalité. Et, pour les personnes qui se plient à ces régimes alimentaires d’exclusion, parfois drastiques mais pourtant maintenus sur du très long terme, un pourcentage d’amélioration (clinique, diminution à disparition du nombre de crises d’asthme, augmentation du périmètre de marche pour plsrs maladies articulaires, arrêt de l’assèchement pour Goujerot ……gen, récupération de la sensibilité pour des patients atteints de SEP, diminution d’exophtalmie et d’autres signe dans la maladie de Basedow, signes corrélés à des modifications favorables des analyses biologiques, récupération des fonctions hépatiques dans l’hépatite auto-immune, etc.) qui reste conforme à celui annoncé initialement, largement au dessus de 50%

    L’approche statistique et méthodologique de la médecine fondée sur les preuves ignore complètement ce fait. Complot ? Ignorance ? Paresse ?

    Inertie surtout : méthodologie d’ingénierie, qui permet d’affiner les découvertes antérieures (avec des gains appréciables en durée de vie en bonne santé dans certains domaines), mais qui ne permet nullement de reconsidérer les fondements scientifiques. Et donc de repenser le traitement de pathologies, ni même de pouvoir intégrer des résultats scientifiques = hypothèses vérifiées trouvées par ailleurs.

    Vous travaillez sur des bases scientifiques réelles, mais qui datent beaucoup, et comme pour toute science, qui sont noyées progressivement dans des méthodologies qui affinent mais ne peuvent remettre en cause.

    Si ce n’était que « philosophique » ou théorique, peu d’importance, mais non c’est très concret, et ça concerne grosso modo 20 à 30 % de vos patients actuels ou futurs.

    1. Bonjour,

      Tout d’abord en guise de préambule je voudrais rappeler que je ne m’occupe absolument pas de la gestion des pathologies chroniques de mes patients. Mon métier est de garder en vie des gens qui sont en train de bénéficier d’un traitement chirurgical qui les enverraient ad patres si l’anesthésie n’existait pas. Certes on a parfois quelques minutes pour discuter au milieu d’une consultation d’anesthésie mais croyez-moi c’est rare.

      Comme je vous l’avais déjà expliqué il est très difficile de modifier des habitudes alimentaires chez des patients qui ne se sont pas motivés par eux-mêmes. L’exemple du tabagisme est tout a fait criant : le tabac est nocif des la première cigarette et même les patients atteints de pathologies liées au tabac continuent leur intoxication malheureusement.

      Ensuite je ne suis pas formé à dépister et diagnostiquer les patients qui peuvent souffrir des produits laitiers. Et je ne sais pas non plus qui peut se prévaloir de faire ça autrement qu’empiriquement. Quand on est prêt a dépenser 50 euros chez un naturopathe alors peut être qu’on est prêt a écouter ses conseils ?!

      Bien à vous

  5. Je suis alors un mouton noir! Je mange quasiment pas de produit laitier, depuis tout petit. Je ne le supporte pas bien (lait, beurre, yaourt) ou alors je grossi (fromage).

    C’est fou ces modes de « santé par l’alimentation ». Je penche qu’il faut trouver ses aliments qu’on aime, supporte bien, se sent bien et maintiens son poids sont les clés d’une belle santé et une bonne vie.

    Bonne soirée

  6. Bonjour,

    expérience perso : j’avais supprimé les yaourts pour voir si cela avait un effet sur mon « SPM » et effectivement j’avais ressenti une amélioration (mais était-ce dû au sojasun que j’ai pris à la place ?).

    Ceci étant, j’adore les yaourts et le fromage (par contre je ne supporte pas le lait seul) donc j’étais contente de m’y remettre pendant la grossesse et l’allaitement … … une fois de plus bien difficile de s’y retrouver pour les justes quantités …

    1. de même je suis sensible à ce discours sur les produits laitiers et il est difficile à concilier avec celui de la diététique du sport qui y voit un concentré d’éléments intéressants !

      Personnellement je crois surtout
      1) que la pub pour les yaourts persuade en effet la population d’un bénéfice santé inexistant (en tout cas celui qui est vendu)
      2) qu’il faut continuer à laisser la place au plaisir dans l’alimentation
      3) qu’en matière de grossesse et d’allaitement on touche encore plus aux limites en terme de croyances/connaissances/légendes urbaines, sujet difficile, je ne m’y aventurerais pas.

  7. En gros on mange ce qu’on aime et on se fout de toutes ces études qui sont financées par l’industrie du lait ou pharmaceutique selon les cas.
    Mais on ne me fera pas boire du lait que je ne digère pas.

    La question du lait pour moi est juste importante en cas d’intolérance au lait, notamment dans la toute petite enfance, où les parents s’arrachent les cheveux à donner du correct à leurs nourrissons en cas d’intolérance au lactose.

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