J’ai couru mon premier marathon 2/2

Il est important pour moi de coucher par écrit mon vécu du marathon du Mont Saint Michel 2011. Ecrire clarifie souvent les pensées.

La semaine de la course nous avons réduit drastiquement l’entrainement mais maintenu une fréquence de 3 sorties. Ce tempo et cette diminution de l’intensité sont nécessaires pour remplir les objectifs d’accalmie physiologique tout en échappant au désentrainement. Sur le plan nutritionnel, j’ai réduit sans les écarter les glucides le lundi et le mardi pour me remplir la panse le mercredi. Les trois jours d’avant-course, j’ai mangé assez librement en évitant quand même les aliments les plus riches en fibres.  Je me suis par contre beaucoup reposé sur mes compléments alimentaires et sur les boissons avec beaucoup d’apports d’acides aminés ramifiés, de glutamine et des maltodextrines pour faire le plein de glycogène, optimiser l’intestin et mes muscles. J’ai conclu la préparation nutritionnelle par la réalisation d’un Gatosport pour le petit-déjeuner du dimanche.

Je suis parti la veille. Finalement c’était une bonne solution, 6 heures de voiture et hop sur les lieux de l’épreuve. Arriver dans l’après-midi n’était pas une mauvaise solution, je n’ai pas eu le temps de tourner en rond sur place, et ça c’est déjà important.

A l’arrivée sur place, on s’est tranquillement rendu à l’accueil de l’épreuve pour récupérer le paquetage. Bon, la France ça n’est pas les US, et un marathon de 4500 personnes ça n’est pas un marathon de 45 000, c’était plutôt ambiance décontract’ avec de bons franchouillards négociant 4 tailles de tshirt différentes… ceci dit l’accueil des bénévoles était très bon, et c’est toujours admirable que cet esprit persiste dans les grands évènements.

Ma femme adorée, Madame Koala, avait trouvé un super hôtel, pas trop loin du départ, super confortable, génial ! On ne s’était d’ailleurs pas rendu compte que le restaurant de l’hotel était réputé, et plutôt sur le mode gastronomique. Alcool exclu, je ne me suis pas privé la veille de la course, plutôt accès sur des poissons et je n’ai pas dévoré mes légumes mais l’excellence du repas préfigurait bien le reste du week-end.

Repus mais sans les dents du fond qui baignent, je m’embourgeoise et je suis bien content d’avoir échappé à des pâtes carbo dégueulasses. Je me suis glissé dans les bras de morphée non sans avoir pris soin de préparer mes affaires. Notez que je n’ai pas été très malin puisque je n’ai pas bien déballé le « welcome pack » de l’épreuve et je n’ai donc pas remarqué l’éponge qui y était nichée. J’ai compris ça après l’épreuve quand je me suis demandé où étaient les éponges sur les stands…

Sans avoir beaucoup de route à faire le lever n’a pas été inhabituel : 5h45. Hop sous la douche vite fait pour se réveiller et en route pour le petit déjeuner. Ma gourmandise étant trop forte (je me suis fait avoir aussi à Chicago) j’ai craqué pour des viennoiseries en plus du Gatosport et de mon classique Yunnan. C’était sympathique de croiser les deux trois coureurs venus se loger là aussi pour discuter cinq minutes et rentrer dans le thème de la journée. A la fin du repas, j’avais le bidon un peu chargé, je n’aime pas cette sensation, je me contenterai du Gatosport la prochaine fois. Retour dans la chambre. Je me crème les pieds avec du NOK, le baume du tigre est là pour me chauffer les cuisses. Je lace mes chaussures. Une fois. Je les laçerai en double pendant la course, quel clampin d’oublier un truc si simple que ça.

En route pour la course avec ma bouteille d’eau sucrée pré-course. Et oui, ça parait dingue mais le stress d’avant course augmente la dépense énergétique de repos alors autant éviter d’entamer la réserve. Le temps est beau sur la ligne de départ, il ne fait pas trop froid. C’est extrêmement impressionnant de voir le Mont Saint Michel depuis la ligne de départ. Il est tout petit là bas au fond de la baie… brrrr

Je finis par rejoindre le sas de départ après avoir balancé mon baluchon dans les camions qui nous amèneront nos affaires d’après-course. Comparaison facile, on ressemble tous à des petites sardines bien serrées sur le port de Cancale où la route de départ est un peu trop étroite à mon goût. Les pulsations montent inexorablement et j’essaye de mentaliser une petite bulle de sérénité avec deux trois exercices respiratoires que j’aime. Les cornemuses bretonnes lancent le départ, bon, je suis plutôt style Black Eyed Peas pour courir, mais je prends quand même 🙂 Et paf le départ est lancé, la clameur, le piétinement et la ligne de départ est franchie en trois minutes seulement.

La course est lancée, la route est étroite, j’ai la mauvaise habitude de remonter sur les côtés, ici c’est jonché d’obstacles, je me maitrise et je prends un rythme tout doux pour ne pas me griller avec l’euphorie collective. Ca commence direct avec une petite côte, avec l’adrénaline du départ elle est gobée en moins de deux. J’aperçois le fanion du meneur d’allure 3h45 qui me parait un peu loin. Je me dis que je vais aller le chercher tranquillement que ça n’est pas au bout de 750 m qu’il faut gamberger ! La descente est propice pour se décontracter et laisser aller les jambes. La cadence chute tout de suite 4’35 » au kilo et le meneur se rapproche. Je me modère dans la longue ligne longeant la mer et j’arrive tranquillement dans le groupetto du meneur d’allure. Avec tout ce que j’ai bu, l’envie de pisser arrive vite. Je me prends un peu d’avance et je me soulage. Pas du tout le même stress qu’à Chicago : la foule est bien plus clairsemée.

Je me sens vraiment bien. Le sixième kilomètre est là et je commence à manger en bon élève mon premier gel. Je pense avoir souffert d’un manque d’alimentation la fois précédente, ne tombons pas une deuxième fois dans le panneau ! Et on avance tranquillement mais surement. Je me cale dans un rythme à moins de 5’10 » au kilo. Je me modère parce que mes jambes vont très très bien et je ne veux pas me griller sur la deuxième partie. Je fantasme sur un « négative split » je voudrais faire la deuxième partie plus rapidement que la première. Et puis faut être lucide, la course est longue, je ne cesse de me répéter d’être patient comme me l’a conseillé Stéphane : « la course commence dès le semi franchi ». La vingtaine de km approche. J’essaye d’ores et déjà de prendre l’énergie de la foule en tapant dans toutes les mains de gamin qui dépassent, j’adore ! On peut vraiment dire que je me suis amusé sur la première partie de course.

On traverse un petit port. L’air iodé est vivifiant. On a vraiment du bol avec la météo, un petit zef nous rafraichit et nous porte vers le Mont. La météo peut être terrible dans cette course, là c’est le panard 🙂 Le semi est là. On arrive dans un village est la foule est moins clairsemée. C’est l’arrivée de la mi-course pour ceux qui font la course en deux étapes. J’aperçois Madame Koala, ça me fait très plaisir de la voir et je lui lance des bisous et un grand sourire pour lui montrer que tout va bien.

Le chrono du semi affiche 1 h 50 et le meneur d’allure 3h45 est derrière. Je me dis que je suis bien dans le rythme, un peu déçu et des sensations pas en phase avec ce chrono mais j’ai oublié le décalage du départ et je regarde très très peu ma montre. C’est un tort, je dois me servir un peu plus de cet outil. Les coureurs tout frais de la deuxième partie en duo nous dépassent régulièrement, c’est un peu difficile pour le moral mais je m’accroche. J’ai envie d’accélérer, je commence à gamberger. Je me dis de continuer à être modeste, je suis dans mes objectifs, je garde la même allure jusqu’au 25ème et après on verra.

Je continue d’avaler mes gels, je déteste tout ce collant sur mes doigts sans arrêt, à chaque point d’eau j’essaye de les rincer. La chaleur monte, j’en profite aussi pour mouiller abondamment la casquette. L’hyperthermie peut vous griller un marathonien dans l’effort.

On arrive ensuite dans la campagne des prés salés. On gagne un peu d’ombre avec des arbres et on perd la vue sur le Mont. Les chemins plus terreux font du bien aux jambes. Je croise un gladiateur déguisé, sont vraiment costauds les rigolos ! J’essaye de maintenir l’allure, avec l’arrivée du 25ème, je sens quand même que la course se corse. Surtout avec la chaleur. Je me dis alors que plutôt que d’accélérer ça serait déjà un objectif en soi de maintenir le rythme de 5’10 ».

Avec la sortie de l’ombrage la course s’intensifie, le soleil cogne sur les jambes et la tête. On gamberge de plus en plus. Je ne bois pas assez. Je suis écoeuré du sucré. Je me retrouve entre coureur de la même allure et au gré des accélérations et des ravitos ; je m’accroche pour rattraper ou rester avec untel ou untel. Lors d’un épongeage je me mouille complètement, douché, j’ai l’impression d’avoir retenu 1 litre d’eau dans mes fringues et mon CamelBack, petite erreur, s’en souvenir.

Je raccourci ma foulée et accélère la fréquence pour m’économiser. J’aperçois Mme Koala vers le 36ème, ça fait du bien au moral. Les jambes commencent à être bien lourdes et je garde cet objectif d’allure kilométrique que je me fixe depuis le début. Une longue ligne droite qui nous fait à nouveau rentrer dans les terres et s’écarter du Mont Saint Michel est pénible, le soleil grille. Je devrais boire mais le champ de vision et la lucidité s’estompe.

J’arrive à l’enchainement de plusieurs petits virages, ça fait du bien pour relancer. La foule est là mais assez passive. Fort de l’enseignement de Chicago j’harrangue la foule pour retrouver de l’énergie et nous encourager, et ça marche… un peu 🙂 et oui seulement un peu, quelques instants où le cri libère et restimule le cerveau. La fatigue est là. Le cerveau relâche. C’est comme s’il était programmé pour nous freiner à la fin, sussurant de façon sournoise : « c’est bon vieux, tu vas le faire ton temps, lève le pied, relaxe, marche un peu ». C’est dur de lutter contre ce petit diable sur l’épaule quand les jambes sont comme deux piquets de béton. Je reprends des gels de fin, « gel coup de fouet » et cie, mon cul oui ! j’avance pas ! On est dans l’affreuse ligne droite de l’arrivée avec le Mont en point de mire. La route parait atrocement courte et longue à la fois. Le public est là sans être là. Je suis déçu par rapport à l’énorme ambiance de Chicago, foutu introversion française. On dirait qu’ils assistent à une mise à mort, s’amusant de nos tronches de cadavres ! je gueule : « aidez nous merde c’est dur ! » et les applaudissements redémarrent.  On arrive sur une portion mi cailloux, mi sable avec une petite chiquenaude, c’est horrible, je sens que je n’avance plus. La ligne parait proche mais je n’avance pas. Il y a beaucoup de malaises et de coureurs allongés, très mal en point au bord de la route. La chaleur encore. On me dépasse sans arrêt y compris des coureurs que j’ai boulotté tout au long de la course. C’est d’autant plus dur pour le moral que j’ai toujours été un finisher. La looze ! La largeur de la route se réduit de plus en plus. On ne voit pas d’indication kilométrique et ça n’est pas avec le peu de cerveau qui me reste que je me peux arriver à me servir de ma montre. Mais elle est où cette ligne bordel ?? Pas de flamme rouge ! eh merde j’aurais du tout donner avant… allez je mets les restes de mes forces dans la batailles, une gamine traverse et stagne au milieu de la route comme un lapin pris dans les phares d’une voiture, je gueule, je suis dopé à la hargne et je développe mes dernières forces pour l’éviter de justesse et m’étirer de toutes mes forces vers les derniers mètres de la course. Je vois 3h41 sur le chrono je donne tout pour faire moins d’une 3h42, je suis content ! je voulais moins de 3h45.

A l’arrivée je suis vidé, habituellement ému, je n’ai pas la force de craquer, c’est comme si un instinct de survie nous préservait. Je suis hagard. Faut faire quoi ? J’essaye de comprendre le cheminement de sortie… De l’eau, ouf ! je me mouille complètement, mon cerveau appréhende de nouveau un peu la réalité.

Les bénévoles sont présents et nous aident. C’est la cohue. Toute la foule est amassée dans le cul de sac de l’arrivée au Mont Saint Michel. Saint Michel, patron des paras. Prénom d’un grand-père que je n’ai pas connu . Des symboles.

Je récupère mes affaires, grignotent un peu, je me change au milieu de la foule sur la petite plage du Mont. Je m’allonge au soleil quelques instants. L’impression du devoir accompli.  La foule est oppressante. C’est le bordel. Il faut rentrer. Je m’hydrate bien. Je continue mes petits cocktails de cosmonautes en pensant bien à la récup, à l’immunosuppression. Je suis content de moi.

A l’arrivée au parking, mes esprits sont plus clairs. Je retrouve Madame Koala qui me félicite, elle m’annonce mon temps officiel : 3h39 et 23 secondes ! je suis super content ! quelle connerie cette symbolique des chiffres ronds mais ça me tient à coeur ! youhou !! ! Victoire ! Coup de fil aux parents pour la fête des mères. Gros soutien de ma famille 🙂 des bisous échangés par les ondes ! Un petit SMS vivifiant du coach 🙂 Allez faut aller soigner les jambes maintenant 🙂

 

Une première analyse pointe déjà le bout de son nez. Beaucoup de choses me portent à penser que le cerveau nous inhibe, il peut être notre pire ennemi comme notre meilleur allié. On ne se connait pas assez, c’est le truc majeur à travailler.

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boire boire boire

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Sur la route je lis, beaucoup, j’aime bien lire en voiture.

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Finalement au bout de 4 jours, les jambes sont OK. J’ai fait un peu de vélo, faut aller doucement, un petit effort me l’a vite rappelé. Un amusant dosage des CPK est à 1000 à 50 heures de l’arrivée. Ma troponine à 0,01, ça veut bien dire que tout ça a bougé. Mon haptoglobine est à la limite inférieure de la norme. Je pensais que ça serait pire. Fait anecdotique ma vitamine D a chuté par rapport à avril. Malgré une belle météo et des étirements réguliers au soleil ! On est vraiment pas gâté questions latitude…

Ca fait du bien de ne plus avoir cet objectif perpétuellement en tête, de ne plus se tracasser pour des petits bobos. La rêverie reprend possession de mon esprit, stimulé par le post de PUautomne sur les nuages

P.S. : après une semaine de recul, faut que je vous dise, c’est le voyage qui est le plus intéressant, pas forcément la destination 🙂

10 réflexions sur « J’ai couru mon premier marathon 2/2 »

  1. C’est quoi ces trois gros trous dans ta FC ? des pauses pipi, des arrêts aux stands (bien trop longs), un biker qui te frappe, tu te tartines d’argile ?

    Enzo

  2. c’est décidèment toujours aussi intéressant de te lire!
    tu vois comme promis tout à l’heure je suis venue lire ton récit…
    bon en vérité j’ai fait quelques travers car mon nain attaque la face nord de ma table basse et je crains qu’il ne ma laisse pas tout le loisir de lire tranquillement.
    en tout cas félicitations, ça impose tant sur le plan sportif qu’intellectuel ou scientifique 😉

  3. Chapeau! Belle description de l’exploit, mais que veut dire « maintenir le rythme de 5’10″ »?

    Je viens de lire un livre en allemand sur une femme qui est devenu une « Ironlady » alors qu’elle a un défibrillateur implanté. Aussi un autre sur un homme (cancer incurable) qui a fait une randonnée sur plus de 3000 Kms, d’abord sous la pluie puis sous un soleil trop chaud. Je suis surpris ce que la volonté peut imposer au corps défaillant, car il faut avoir une volonté de fer pour arriver et surmonter les obstacles. Déjà quand on est sain c’est dur, mais malade…

    Bonne soirée

    1. Bonjour,

      Merci pour votre intérêt.

      Lorsqu’un coureur dit qu’il fait 5’10 » au kilo. Cela signifie qu’il faut un kilomètre en 5 minutes et 10 secondes. Quasiment 12 km/h

      A bientôt

  4. Bon temps, bravo à toi!

    Je tombe tardivement sur ton récit de course, très bon compte rendu de course, instructif.

    Je me suis enfin décidé cette année à y participer, ce qui est amusant, c’est que je me suis fixé a peu près le même objectif en terme de timing.

    A tout hasard pense tu y participer en 2014?

    Blog toujours actif????

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