L’hydratation pour le sport : encore une légende urbaine ?

Tada ! En quelques jours, retournement de veste. S’hydrater en faisant du sport serait-il une énorme arnaque ?

Tout d’abord je tiens à remercier @Babydoc qui m’a sorti de ma léthargie estivale en partageant un lien vers un article journalistique du British Medical Journal sur les boissons dédiées au sport.

Cet article bien construit nous raconte l’histoire de la création du concept d’hydratation du sportif : le moment où les premières boissons sont apparues, la création de « sociétés savantes » et enfin la dispensation par ces organismes de la bonne parole : « buvez, buvez amis sportifs ! vous ne vous en porterez que mieux ! »

Et les preuves dans tout ça ? peanuts !

Encore un remarquable travail de lobbying de l’industrie agro-alimentaire : en vingt ans une légende urbaine est née. L’histoire est (encore une fois) écrite à l’avance, le mal (la déshydratation) est mis sous les feux des projecteurs en même temps que son remède : la boisson.

La déshydratation est recherchée, les sportifs tombent sous le coup d’un désordre dont ils n’avaient pas conscience et l’explication à leur contre-performance est trouvée ! L’histoire s’aggrave quand la journaliste explique que la terrible déshydratation pourrait même frapper les enfants (ces créatures si fragiles !) qui jouent au foot dans la cour de l’école ! Il faut donc les encourager à s’arrêter régulièrement pour siroter un cocktail dégueu d’eau et de sucres ? God damn it.

Plus grave : les morts liés à des hyponatrémies sévères dans les grandes courses internationales… Ils étaient tellement persuadés de bien faire en ingurgitant des litres de fluides, le remède est devenu poison.

Alors que faire ?  L’ami nfkb retourne-t-il (encore) une fois sa veste pour brûler ce qu’il a adoré ? Je ne sais pas. Comme souvent je pense qu’il y a un juste milieu à trouver et en louvoyant d’un côté puis de l’autre on finit par trouver sa vérité. C’est d’ailleurs ce que prône les scientifiques qui ont relus les essais sur les effets des boissons dédiées au sport : « we have come to one conclusion : people should develop their own strategies for carbohydrate intake largely by trial and error ».

Je continue donc de boire surtout pendant et après l’effort. Pourquoi ?

  • S’entraîner plus de cinq heures par semaine n’est pas la même chose que de faire une activité ponctuelle hebdomadaire. Je pense qu’il existe une sorte de courbe en U pour l’état d’hydratation optimal (La loi de Starling nous montre bien que l’on a une réserve de précharge à l’état de base…) et je suis de ceux qui croient que bon nombres de « bobos » tendineux et articulaires pourraient être prévenus par une meilleure hydratation.
  • Je crois que la soif est un excellent signal d’alarme, mais (comme les industriels me l’ont fourré en tête ?) je crois que c’est un signal tardif. Je pense qu’il existe un état d’hydratation et une volémie optimaux que l’on vise en s’hydratant avec pour objectif de conserver une diurèse sur les épreuves longues.
  • Je vise actuellement une épreuve de 10 à 12 heures. Pour des efforts très longs, la boisson ne constituent pas seulement une source d’hydratation, c’est une source d’énergie avec une palatabilité et une absorption facilitées par rapport aux aliments solides.
  • Je ne consomme pas de boisson dédiée au sport en dehors de mon activité sportive. Le thé et l’eau restent mes boissons quotidiennes. (quel drame de voir la publicité faire croire aux gens qu’ils font un geste santé en buvant du Gatorade…)
  • En dehors d’évènements spécifiques je fais ma boisson moi-même et ça ne me coûte quasiment rien.

Amis médecins, scientifiques, allez lire cet article c’est un modèle de création d’une maladie.

Amis sportifs, allez lire ce document, vous relativiserez votre consommation et soulagerez votre porte-monnaie !

 

Le PDF de l’article du BMJ par Deborah Cohen

 

P.S. j’adore les citations de Tim Noakes dans l’article… c’est l’auteur dont je vous avez déjà un peu parlé là

P.P.S. j’ai déjà cité ce lien dans le billet précédent, mais j’essayais de débattre avec le dirigeant d’Effinov (qui fait de la boisson de l’effort que j’estime de qualité) par là :

http://www.kikourou.net/forum/viewtopic.php?f=21&t=21890

 

13 réflexions sur « L’hydratation pour le sport : encore une légende urbaine ? »

  1. Interessant l’article! Par contre, la soif est bien un meca tardif, puisque declancher par une augmentation significative de la qtt d’adh lui meme stimule par l’osmolarite si je me souviens bien de mes cours de physio! (Happy de m’en rapeller donc je le dit, ce genre de mecanisme « m’emmerde » tellement… )
    Petite question! tu nous fais pas un jooli post sur tes impression de cet ecn 2012? Message de consolation/avis sur les dossiers de merde! (dossier 1 de la nonne est extraordinaire je trouve, si le pmz est en effet compte!)

    1. mizot’ j’adore la physiopath ! à chaque fois que je fais pipi à cause du froid, je pense à l’ADH 😉

      La question de fond sur la soif c’est de savoir si la performance du sportif baisse lorsque la soif est apparue. Le marketing vend l’idée qu’il ne faut pas attendre la soif et qu’il faut boire leurs trucs pour rester performant… mais je ne connais pas de science dure qui aille dans ce sens
      à propos de l’ECN, à vrai dire j’ai écrit tous les billets de mon site lorsque j’ai arrêté les confs parce que je me rendais compte que je n’étais plus en phase avec les capacités théoriques pour répondre aux dossiers… je peux juste te dire qu’en 2004 avec les mêmes dossiers j’aurais flippé avec les premiers dossiers et j’aurais bien aimé les derniers

      ciao

      1. Oki dac! 🙂 enjoy ton pipi! moi je sais qu’avec la quantitee de cafe que je bois, c’est plutot le « number two » que j’aime!
        Au final, je nse suis pas sportif…. (c’est peu dire)! Mais je pense que le facteur psy (notemment pour le temps parcouru ) est important. Ne pas ressentir la soif ne peut pas etre « malefique » ou meme sur une etude montrais le contraire, avoir soif pendant deux heure de course doit un peu spoiler le plaisir que l’on a a courir non?

      2. Si vous admettez que la soif est une marque de déshydratation (!)…un certain Armstrong (excusez ma vieille mémoire!) avait montré que 2% de déshydratation, se soldait par une baisse de 10% de la vo2 max, 4% par 27%, ce qui est facilement compréhensible.
        Fidèle au concept d’homéostasie, un simple pèse personne, à l’arrivée me prouve que je n’ai pas maintenu mon capital hydrique lors de mon effort car je n’ai pas compensé mes pertes hydriques. Je peux faire cette constatation sans l’aide de Gatorade, ni Glaxo et la relier à une carence d’apport.
        Quant à l’apport glucidique lors de l’effort, c’est une autre question mais cela ne peut compenser une mauvaise préparation. Inutile d’être médecin pour le savoir.
        En gros, les boissons sucrées me gênent beaucoup plus, mais vraiment beaucoup plus, en dehors du contexte sportif mais on ne les appelle plus « boissons énergétiques » mais « énergisantes » ou de façon plus « vulgaire » : coca-cola, pepsi-cola,..etc
        Malgré la collusion, entre industrie et certains auteurs, je continuerai à recommander de boire pendant l’effort.

    1. oui surtout en nous faisant fantasmer une utilité du fructose… l’insuline bla bla… moi ce que je remarque avec la boisson d’attente c’est que ça me fait perdre une minute en pissant au cinquième kilo !

      par contre oui à la boisson de récup pour les sportifs ayant un entrainement lourd (tri ?) ou les épreuves s’échelonnant sur une semaine par exemple. Là on peut envisager un intérêt à apporter quelques acides aminés pour aider l’intestin et les muscles à récupérer

    2. Salut,

      Plus je m’entraine et plus je me rends compte que les boissonsd’effort servent surtout ……à vider mon porte-monnaie…..la seule « boisson » qui me convient et qui me semble efficace c’est le 640 de chez Overstims. Avec ça je tiens 10 h sans problème. Par contre le reste, je suis très très dubitatif.

      Comme le dit très bien Philippe, les boissons d’attente, les boissons pendant et les boissons après…..c’est quoi la suite.

      Par contre, je trouve ton titre un tout petit peu racoleur 🙂 …une ENORME légende urbaine, il ne faut pas trop exagérer :)). Courir 2 heures sous le soleil sans boire et l’efficacité chutera inévitablement ou alors je suis fou 🙂

      Le reste je suis d’accord MARKETING MARKETING MARKETING 🙂 et le pire c’est ceux avec des édulcorants non naturels :).

      Enzo

  2. Bon, j’en étais aux mêmes conclusions que toi après réflexions sur la physio humaine et après lecture de l’article sur l’hyperhydratation que je t’avais envoyé.
    Merci pour cet article 🙂

  3. Merci pour la citation mais je ne suis qu’un humble lecteur un peu curieux.
    Ce domaine étant hors de mon champ de compétence (suis plutôt gériatre), je ne pourrai me prononcer sur l’intérêt réel de ces boissons bien qu’il me semble assez léger en terme de bénéfices cliniques. Cela me rappelle un peu la création de pathologies avec ensuite le traitement qui apparait miraculeusement!
    Mon seul regret est que ce type d’article ne se trouve plus dans la presse généraliste (Le monde, libé..) alors qu’il aurait tout à fait sa place dans le champ du journalisme d’investigation.

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