Les choix des patients

Je viens de vivre une nouvelle expérience de dialogue médecin-patient.

Je débute ma garde dans notre secteur de soins intensifs post-opératoire avec les transmissions. Un collègue anesthésiste m’explique la situation difficile d’une patiente tétraplégique qui vient de bénéficier d’une chirurgie abdominale complexe. L’évolution est malheureusement compliquée d’un sepsis et une candidémie est mise en évidence dans les dernières heures. Pas (encore) d’endocardite vue en écho.

Au pas de la chambre, mon collègue et moi jugeons bon de changer  la voie veineuse centrale qui est en place depuis une semaine environ.

On conclue les transmissions et je retourne voir le patient pour lui expliquer ça.

« Non, je ne veux pas, j’ai déjà eu ça fait mal. »

Je ne suis qu’à moitié surpris par cette réaction. Très médicalisé veut souvent dire trop.

J’explique alors que je sais que les chirurgiens  les soignants attendent peu avant de faire des soins qui nécessitent des antalgiques (ce que j’appelle « le syndrome du feu rouge ») Comme j’en suis bien conscient je promets d’attendre. De plus, truc pour la frime, je précise que j’ajoute « du produit » (du bicar) dans l’anesthésique local pour éviter qu’il ne donne une sensation désagréable sous la peau (je pense alors tenir le truc de monsieur plus).

« non je ne veux pas

– je vous laisse réfléchir (j’ai expliqué le tableau clinique) A toute à l’heure ».

Les infirmières n’ont pas été étonnées : « tout est compliquée avec elle, c’est impossible de la soigner »

Voilà encore une patiente qui sera affublée d’une myriade d’étiquettes désagréables.

Au delà de ma révolte bon chic-bon genre de mec gentil, je pense qu’il faut vraiment changer ce cathéter. Des dizaines d’idées rebondissent dans ma petite tête : elle connait les soins, elle sait ce qu’elle veut, c’est bien ; elle ne comprend pas la gravité ; elle en a marre de souffrir ; s’opposer dans le dialogue est l’un des derniers trucs qu’elle peut faire toute seule ; elle veut mourir ; elle n’a pas plus confiance ; j’ai mal expliqué ; etc.

Toujours est-il que je ne sens pas les soignants tout à fait prêt à accepter une médecine de dialogue récurrent avec les patients tout comme je ne sais pas comment les patients trouveront une information sincère par eux-mêmes.

Je retourne la voir.

3 réflexions sur « Les choix des patients »

  1. Vous avez surement très bien expliqué, mais cette patiente n’a peut être tout simplement plus envie de se battre, ou seulement qu’on l’écoute, qu’on prenne en compte son point de vue. Quelque soit ce qu’elle veut notre rôle n’est pas de juger mais d’accompagner, d’écouter. Ca ne la sauvera peut être pas mais ça lui fera toujours du bien.

  2. Pfiu, j’en ai une avec un carcinome de l’estomac en ce moment. Refus de chirurgie. Refus de tout. Putain, je rame. Mais en même temps, je la comprends, à son âge je crois que j’aimerais qu’on me foute la paix. Et vu que c’est moi qui lui ai annoncé comme une fleur alors qu’en hospit on ne lui a rien dit et qu’on m’a gentiment envoyé un courrier pour me dire « on va lui faire une chir et de la chimio, envoyer la nous, bisous »… Très bof, très très bof

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