Une expérience amusante

Récemment dans le service d’ORL on a décidé de mener une enquête de prévalence des nausées vomissements post-opératoires (NVPO) après chirurgie naso-sinusienne.

Ce travail a plusieurs raisons d’êtres :

  1. On utilise un packing (=une sorte d’éponge) pour limiter l’inhalation des sécrétions sanglantes. Ce packing est réputé pour être mal vécu tant sur le plan de la douleur pharyngée que des NVPO. D’un autre côté, le sang inhalé dans l’estomac a pour réputation d’être « irritant » pour l’estomac et source de vomissements.
  2. Une petite évaluation des pratiques professionnelles pour que les têtes pensantes de la qualité nous laissent tranquilles
  3. Ca permet aux internes de construire un travail avec une question claire.

On a donc construit notre petite fiche de recueil. J’ai milité pour que l’on inscrive le score d’Apfel sur les feuilles. Le score d’Apfel est la somme des facteurs de risque classiques de NVPO:

  • Sexe féminin
  • Absence de tabagisme
  • Antécédent de NVPO ou de mal des transports
  • Utilisation de mophiniques en post-opératoire

Comme il fallait l’écrire sur la feuille de recueil, le score d’Apfel a été calculé beaucoup plus régulièrement, notamment par les internes consciencieuses qui se sont appropriées le travail. Du coup, beaucoup plus de médicaments pour prévenir les NVPO (droperidol et dexaméthasone) ont été utilisés et on a vu l’incidence des NVPO chuter drastiquement.

Voilà comment en quelques semaines on a érodé un mythe local et fait un bel exemple de ce qui s’approche de l’effet Hawthorne.

10 réflexions sur « Une expérience amusante »

  1. Un grand classique, au delà de l’effet Hawthorne, j’y vois aussi une forme de gamification. Nous avons vécu ça dans le service. Nous avions des temps d’ischémie froide important. Il a été mis en place une fiche pour savoir ce qui ralentissait, où ça freinais et bien en 2 ans nous étions le service de france avec les temps d’ischémie froide les plus courts. Il y a l’effet observation mais aussi je vais faire plus vite que mon copain pour la gestion du truc et c’est mois qui vais avoir le temps le plus court. On sous estime beaucoup l’importance du jeu dans la motivation sur le lieu de travail en particulier en médecine et en France où le jeu est mal vu.
    Intéressante expérience en tout cas, qui fait du bien au patient en plus.

  2. Ça me fait penser à un gros raccourci que j’utilise depuis ma 1ère année de chimie générale. J’avais retenu du principe d’incertitude d’Heisenberg qu’en mécanique quantique la simple observation perturbe/ influe sur l’observation.
    Les effets placebo, hawthorne, etc ne sont-ils pas finalement la transposition dans les sciences humaines de ce principe ? L’observateur interagit avec les sujets, lesquels réagissent à l’observateur et perturbent l’observation …

  3. ptibonom : Attention au pipeau.
    « J’avais retenu du principe d’incertitude d’Heisenberg qu’en mécanique quantique la simple observation perturbe/ influe sur l’observation.
    Les effets placebo, hawthorne, etc ne sont-ils pas finalement la transposition dans les sciences humaines de ce principe ? »

    Non. Ca n’a rien à voir. Ce genre de rapprochement est pipeau et les sciences humaines n’en sortent pas grandies. De plus, le principe d’incertitude d’Heisenberg n’a pas grand chose à voir avec la réduction du paquet d’onde lors de la mesure.

    1. Pourquoi pipeau ?

      Pourquoi ne pas croire que dans la vie les influences mutuelles pourraient être valables a toutes les échelles ?

      Je vous conseille vivement d’écouter la conférence dont j’ai mis le lien au dessus

  4. Parce que ça n’a rien à voir et surtout parce que vous confondez le principe d’incertitude d’Heisenberg et la projection du paquet d’onde lors d’une mesure.
    De plus, jusqu’à nouvel ordre, l’homme a une taille macroscopique or, à cette échelle, la physique classique s’applique « grâce » à la décohérence.

    « Pourquoi ne pas croire que dans la vie les influences mutuelles pourraient être valables a toutes les échelles ». Vous pouvez *croire* tout ce qu’il vous plait. C’est une croyance. Ce n’est nullement de la science.

    Bien sûr, c’est « hype » de citer « principe d’incertitude d’Heisenberg » mais ce principe n’est pas une coquille vide affublée d’un nom germanique. C’est un principe de base de la meca Q et il a une importance car l’expérience montre qu’il tient la route.

    Merci du conseil mais non, je n’ai pas envie d’écouter ce que Matthieu Ricard car utiliser les concepts profondément contre intuitifs des la méca Q dans des analogies avec ce qu’on peut appeler une philosophie ben…c’est totalement pipeau. Que ça lui gratte le neurone de voir les résultats obtenus avec des photons intriqués, grand bien lui fasse car c’est le cas pour tout le monde mais ça ne m’intéresse pas du tout.
    « Matthieu Ricard fait ressortir l’analogie de ces paradigmes avec l’interdépendance des phénomènes enseignée par le bouddhisme, laquelle aboutit de manière logique au concept d’absence d’existence propre ou vacuité ». Mou ha ha. Donc on balance deux trois concept complexes et contre intuitifs et on mélange ça avec un poil de philo, un poil de religion, un poil de socio et on obtient quoi? On obtient n’importe quoi.
    Franchement, il devrait parler du paradoxe de Banach-Taski. Former une boule avec deux boules…dédoubler la matière. Ca devrait lui plaire.
    Ha oui au fait, Banach-Taski ne s’applique pas du tout à une boule de matière car Banach-Taski suppose une boule on va dire simplement « continue » cad qu’on peut découper selon des formes aussi complexe qu’on le souhaite. C’est simplement impossible avec de la matière.

    Une fois de plus les « sciences humaines » (whatever that is) n’en sortent pas grandies 🙁

    1. J’ai bien parlé de croyance, je ne revendiquais pas plus. Je pense que dans son propos Mathieu Ricard explique qu’il s’agit d’*analogies* intéressantes. Sur la dualité, l’interdépendance, etc. Je ne crois pas qu’il explique qu’un « grand horloger » est basé l’univers entier sur des principes communs.

      Si vous ne voulez pas écouter le propos de MAthieu Ricard, vous pouvez peut être jeter un coup d’oeil aux participants du Mind & Life Institute, vous verrez qu’il y a des scientifiques à la formation plutôt académique (Anton Zeillinger par exemple)

      Au final, je comprends votre point de vue. Et je n’y connais tellement rien en physique que je n’aurais probablement pas du répondre au premier commentaire 🙂

      Simplement, si on sort du contexte précis des derniers commentaires, je crois beaucoup aux croisements des réflexions entre des univers de pensée. Même s’ils sont tout à fait différents je pense que la Pensée en sort plus grande et plus belle. A une moindre échelle, pour parler de ce que je connais mieux, en médecine les meilleurs équipes de réanimation que je connais sont multidisciplinaire et le croisement des connaissances des uns et des autres est enrichissant et bénéfique pour le patient.

  5. Etant encore interne et sans grande expérience, j’ai tout de même remarqué que lors de mon stage en chirurgie digestive, la prévention anti NVPO était largement utilisée même sans considérer le score d’Apfel en tant quel tel, avec un raisonnement simple qui est que la chirurige digestive est le premier facteur de NVPO. De plus pour réduire les NVPO, il y a tout le cortège des molécules et techniques (ALR…) qui réduisent la consommation de morphiniques, n’étant pas passé en ORL je ne sais pas si l’attention est aussi porté sur cet aspect.
    En ce qui concerne l’effet Hawthorne, il est clair que le concept d’inclure les internes dans le travail d’un service ne peut que être prolifique, cependant cette attitude est plutôt rare que ce soit dans les services d’anesthésie ou de réanimation.

    1. Merci étienne pour ton commentaire, je crois beaucoup au faut que l’on puisse échanger ici entre anesthésistes mais la sauce ne prend malheureusement pas beaucoup…

      Il est clair que le score d’Apfel est probablement trop fourre-tout pour être optimal. Il n’est probablement pas universel. Exemple : la chirurgie courte ou le propofol et la petite quantité de morphiniques protègent probablement des NVPO. Par contre le fait que la chirurgie digestive soit une grande pourvoyeuse de nausées vomissements n’est pas connu/démontré pour ce que j’en sais.

      Si tu parles du service de chirurgie digestive que je connais, il est vrai qu’il y a une tendance « large » à la prescription de la prophylaxie anti-émétique. Moi je préfère une tendance dans ce sens là qu’à l’inverse mais ça peut se débattre.

      Concernant l’ORL, je trouve que la chirurgie rhino-sinusienne colle très bien pour une application d’Apfel, et ce que l’on fait actuellement le prouve. En effet l’ALR de la face pour ce type de chirurgie n’est pas pratique et les analgésiques per os contrôlent vraiment bien la douleur et permettent un patient ambulatoire dans la journée ou le lendemain.

      Enfin, quant à ta dernière ligne les torts sont partagés. Depuis que la Faculté m’a donné mon diplôme et que j’ai l’étiquette « senior » j’ai malheureusement constaté que la très grande majorité des internes étaient la tête dans le guidon. J’entends par là que les deux-trois premiers semestres passés, la curiosité s’effondre. Ainsi le mimétisme parfois bête (sic) prend le dessus et les préoccupations ne sont plus que les gardes, si possibles les gardes de senior et les remplas. Ca m’attriste. Ceci dit, je continue de croire en l’avenir pour optimiser nos pratiques grâce à vous tous qui arriveront pour nous bousculer. C’est surtout pour ça que je passe tant de temps à écrire tout ce que tu peux trouver ici.

      A bientôt j’espère.

  6. nfkb : On est en partie d’accord. Oui pour la pluridisciplinarité mais à condition qu’on reste dans le cadre des gens qui savent de quoi ils parlent. J’occupe un poste d’ingé généraliste et j’ai envie de mordre quand on me répond « ça c’est pas moi qui m’en occupe ». Par contre, une réponse du style : « ça je n’y connais rien, demande à Machin qui devrait » est parfaitement valable.

    Je pense que les analogies de Mathieu Ricard n’ont aucun intérêt car n’importe qui peut faire des analogies entre des choses qui n’ont rien à voir (jour de la semaine, note dans la gamme (occidentale) et on part sur la relation au temps en musique et pourquoi pas au fait qu’on dise qu’un an pour un chien == 7 ans pour un homme? et j’en passe et des pires :)). C’est un petit jeu intellectuel marrant que de trouver de telles analogie mais je suppose qu’un néphrologue dirait que ça ne pisse pas loin.

    « The Mission of the Mind & Life Institute is to promote and support rigorous, multi-disciplinary scientific investigation of the mind which will lead to the development and dissemination of practices that cultivate the mental qualities of attention, emotional balance, kindness, compassion, confidence and happiness. »
    mouais…ils ne se concentrent donc que sur une facette de l’esprit humain. Si ça leur plait pourquoi pas. Ils publient des papiers? je ne peux m’empêcher de sourire quand je vois « love » et « science » dans la même phrase.

    Franchement, on devrait leur parler de Banach-Taski, je suis certain que c’est une mine à « analogies » foireuses.

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