kétamine et épilepsie

Une note rapide pour répondre à la question de Didier le Rouge 🙂 Pourquoi la kétamine a-t-elle traîné cette réputation de favoriser l’épilepsie ? Une première explication pifométrique de ma part est que l’état dissociatif qu’elle engendre peut faire penser à certaines crises partielles et le raccourci est vite fait. Ensuite, beaucoup de travaux fondamentaux, sur le chat notamment, ont montré dans les années 1970 un abaissement du seuil épileptogène avec des EEG pathologiques.

Ensuite, dans les années 1980, d’autres protocoles de recherches ont battu en brêche ces hypothèses et la kétamine a même été utilisée avec succès pour traiter des états de mal épileptiques réfractaires.

Aujourd’hui, en dehors de l’épilepsie, on prête à la kétamine des propriétés de neuroprotection. En bloquant le canal NMDA, la kétamine coupe le cercle vicieux de mécanisme de mort neuronale liée à des décharges de glutamate dans des pathologies comme le traumatisme crânien et l’ischémie cérébrale.

Enfin, aujourd’hui on utilise de façon quasi-systématique une benzodiazépine ou du propofol avec la kétamine (à des posologies moindres qu’auparavant). Ceci protège peut-être aussi des individus qui seraient plus sensibles que d’autres sur un éventuel effet proconvulsivant.

Il faut acheter et lire l’ouvrage Kétamine coordonnée par Georges Mion, c’est une bible avec des tonnes de références bibliographiques dont je me suis servi pour écrire mes billets. C’est plus léger qu’un textbook, facile à lire, ça vaut vraiment le coup pour les anesthésistes-réanimateurs de se plonger dans ce bouquin.

 

 

 

2 réflexions sur « kétamine et épilepsie »

  1. Merci pour ta réponse toujours au top… Le bouquin de Georges Mion voudra sûrement le détour ….
    Ce jour, j’ai eu mon petit coup de gueule …. J’ai l’impression de faire chier tout le monde en demandant sans cesse de réchauffer le patient dès la mise sur table, d’arreter d’etrangler le patient avec les fils de l’électro, de faire systématiquement la manœuvre de Ford après l’intubation, d’arrêter de balancer des litres de Sufenta à l’induction, de demander de laisser la soufflante d’air chaud pendant la détersion etc … Chaque fois, la même rengaine. Pourtant, je peux m’empêcher de répéter ces choses, certes non déterminantes, mais qui peuvent parfois changer les choses ou le vécu du patient.
    Merci de me dire votre ressenti !

    1. Pour le réchauffement, il faudrait surtout débuter en préanesthésie pour réchauffer la périphérie avant que le sang périphérique ne vienne refroidir le noyau central après l’induction

      Ensuite, le personnel IADE/IBODE ne voit que des patients deshumanisés dans un local technique, c’est difficile de partager avec eux la relation médecin-malade que nous tissons dès la CA et en post-op. Je pense qu’il faudrait régulièrement les inviter en CA ou en post-op.

      Il faut que tu m’expliques la manoeuvre de Ford, je ne connais pas.

      Les morphiniques je tiens avec toi, tu le sais…

      Quant à la soufflante avant le démarrage de la chirurgie, il faut voir que les IBODE défendent aussi ce qu’on leur apprend sur la dispersion « des méchantes particules » mais sur ce thème on est vraiment loin d’être exemplaire… à tous les niveaux… ça fait partie des choses où je cède du terrain en espérant en gagner ailleurs. Tout comme le bruit pendant l’induction, j’ia fini par ne plus m’énerver et je préfère expliquer au patient que c’est NORMAL qu’il nous entende discuter entre nous ou des bruits de matériel.

      Bises

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