J’ai lu pour vous Nutrition de l’endurance

Avec mon optimisme hypomaniaque de ces derniers jours, j’ai acheté Nutrition de l’endurance

Ce livre de mes confrères les docteurs Hugues Daniel et Fabrice Kuhn est édité chez Thierry Souccar, édition qui verse dans la nutrition avec habituellement un focus important sur des sujets polémiques (intéressants mais controversés). Ici ça n’est pas le cas, l’ouvrage est conventionnel.

On est fait de ce que l’on mange, la nutrition c’est important, plongeons nous ensemble dans le bouquin !

Lorsque j’ai feuilleté le livre, je suis passé par plusieurs phases, tout d’abord j’ai trouvé agréable et clair. La présentation et le plan étaient séduisants. Ensuite j’ai été déçu qu’il y ait tant de « remplissage » avec des recettes (comme du remplissage avec les plans d’entrainements dans les bouquins de course à pied) et puis j’ai été rassuré en lisant l’introduction 🙂

L’introduction parle de plaisir. Elle parle de cuisine, c’est la première fois que je vois ça dans un livre de sport et ça m’a fait plaisir.  J’ai donc attaqué enthousiaste la lecture du chapitre de diététique qui fait le catalogue des macro- et des micronutriments. La deuxième partie, trop courte, traite de l’intégration des stratégies nutritionnelles dans l’entrainement et la compétition et enfin les recettes sont finalement bien plus sympas que mon a priori le laissait penser. Les recettes sont simples et tentantes, ça me plait !

Au final, je n’ai malheureusement appris qu’un ou deux détails pour ma culture. Je n’étais pas le public pour ce livre. Mais il peut sincèrement constituer un bon point de départ pour le sportif d’endurance débutant qui veut mieux comprendre ce qu’il mange.

Points faibles :

  • discours hasardeux sur plusieurs points :
    • j’ai relevé des termes magiques qui me déplaisent comme « détoxiquant hépatique », ça veut dire quoi ? magie magie…
    • raccourci angoissant sur le stress oxydant et la physiopathologie des maladies chroniques
    • dire que les aliments bios sont plus qualitatifs sur le plan de leur composition en nutriments relève du fantasme
    • je n’aime pas le discours sur « les besoins en micronutriments augmentés chez les sportifs ». C’est la porte ouverte aux compléments alimentaires de tout poil. La réalité est que le sportif amateur est loin de vivre des conséquences sanitaires en mangeant normalement. On peut commencer à réfléchir chez le triathlète qui fait dix heures de sport par semaine. Bref j’aimerais plus d’explication sur ce point, plus de données solides et des seuils de volume et d’intensité.
    • un prosélytisme sur les glucides à IG lent en précompétitif sans argument scientifique à ma connaissance (et le risque d’augmenter les fibres ingérées)
    • l’alcool est diabolisé sans explication
  • des passages complètements discordants avec mes connaissances « scientifiques »
    • n’importe quelle épreuve d’effort montrera un métabolisme complètement différent de ce qui est écrit dans ce livre. Non à 75% du VO2Max on ne consomme pas 50% de glucides et 50% de lipides pour faire tourner les pompes à protons…
    • le discours sur l’hydratation est bon pour la poubelle pour moi, pas à jour, incomplet, nul.
  • trop de quantitatif en matière de conseils de repas. Je pense qu’on sait majoritairement réguler son appétit et les portions que l’on prépare/mange. Le discours type « mangez 84g de riz comme ci, 23 g d’abricots sec » ça me gonfle

Points forts

  • Livre très clair, aéré et bien présenté. Il est vraiment facile à lire pour un novice.
  • Très bon chapitre sur les lipides +++ . Limpide.
  • Très bonnes explications sur les antioxydants dans la pratique sportive (le discours sur la mitohormesis de Ristow est intégré)
  • Recettes faciles qui font envie

3 réflexions sur « J’ai lu pour vous Nutrition de l’endurance »

  1. Hello

    « ■je n’aime pas le discours sur « les besoins en micronutriments augmentés chez les sportifs ». C’est la porte ouverte aux compléments alimentaires de tout poil. » – Je dirais plutôt que c’est la voie à suivre pour équilibrer ses repas.

    « ■dire que les aliments bios sont plus qualitatifs sur le plan de leur composition en nutriments relève du fantasme ». peut être, peut être…rien n’est encore sûr. Par contre, tu enlèves nutriment de ta phrase et là oui je peux dire qu’un aliment bio est plus qualitatif qu’un conventionnel.

    Enzo

    1. Pour le coup on est un peu décalé dans nos opinions.

      * Concernant l’augmentation des besoins. Oui si tu t’entraines tu augmentes la dépense énergétique, et oui tu vas manger plus. L’appétit nous guide correctement je pense. Donc à moins de faire plus d’une heure de sport par jour en moyenne, je pense que l’on génère aucune carence en mangeant correctement. Par exemple ici http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15469649 ce sont des athlètes d’élite. Leurs apports alimentaires semblent prédire qu’ils ne mangent pas assez s’antioxydants selon les apports recommandés. Pourtant leurs taux sanguins sont corrects. Mon raisonnement (simpliste) est que pour le coup l’amateur que je suis qui fait au max 5h de sport par semaine ne risque pas de carence.

      Après tu as toute la littérature de Ristow http://www.nfkb0.com/2012/02/07/les-complements-nutritionels-utopie-sportive/ qui explique bien que le stress oxydant est nécessaire pour stimuler les adaptations physiologiques. Et qu’il n’y a donc pas lieu de psychoter sur les antioxydants et encore moins d’en apporter sous forme de suppléments de façon systématique

      * Pour ta deuxième remarque je voudrais des preuves. J’achète régulièrement des produits bio et il y a plein de raisons à ça mais je n’ai pas aujourd’hui un semblant de début de preuve que manger bio est un geste positif sur le plan sanitaire cf :

      1.Smith-Spangler, C. et al. Are organic foods safer or healthier than conventional alternatives?: a systematic review. Ann. Intern. Med. 157, 348–366 (2012).
      2.Hoefkens, C. et al. Consuming organic versus conventional vegetables: the effect on nutrient and contaminant intakes. Food Chem. Toxicol. 48, 3058–3066 (2010).
      3.Raigón, M. D., Rodríguez-Burruezo, A. & Prohens, J. Effects of organic and conventional cultivation methods on composition of eggplant fruits. J. Agric. Food Chem. 58, 6833–6840 (2010).
      4.Juroszek, P., Lumpkin, H. M., Yang, R.-Y., Ledesma, D. R. & Ma, C.-H. Fruit quality and bioactive compounds with antioxidant activity of tomatoes grown on-farm: comparison of organic and conventional management systems. J. Agric. Food Chem. 57, 1188–1194 (2009).
      5.Stracke, B. A., Rüfer, C. E., Weibel, F. P., Bub, A. & Watzl, B. Three-year comparison of the polyphenol contents and antioxidant capacities in organically and conventionally produced apples ( Malus domestica Bork. Cultivar ‘Golden Delicious’). J. Agric. Food Chem. 57, 4598–4605 (2009).

  2. Je suis d’accord l’appétit nous guide et l’écouter semble évident. Mais de nombreux facteurs viennet perturber cette lecture en premier lieu desquels on trouve, le sucre, le sel, les facteurs psychologiques et la pression de masse.

    Mais qu’est ce que manger correctement ??? si cela se résume à couvrir des chiffres calculés dans des boites hermétiques sur des bipèdes représentant la moyenne humaine, je reste dubitatif 😉
    Et comment être sûr que x mg de vitamine truc/j couvre les besoins de Mme Chose.

    L’écoute et l’observation de soi restent les maitres mot.

    Je suis d’accord, le stress, oxydant ou autre est nécessaire et vital même. Pas de stress en CAP, pas de progrès. Et je suis d’accord avec toi pour les suppléments.

    « mais je n’ai pas aujourd’hui un semblant de début de preuve que manger bio est un geste positif sur le plan sanitaire : » Manger un aliment rempli de cocktails chimiques biocodes vs un aliment non chargé :)…euh comment dire, le plan sanitaire tu dis 🙂 🙂 🙂

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