FAT : Pourquoi on grossit

Je viens de terminer la lecture de « Why we get fat : and what to do about it » de Gary Taubes.  C’était passionnant ! Le genre de bouquin qui stimule la réflexion pour un moment.

Bacon-And-Egg-Cupcakes

J’ai acheté ce livre parce que depuis quelques années la nutrition me passionne. Le déclic d’avoir compris que l’on est constitué de ce que l’on mange a été fort et depuis je dévore (ah ah ah) les bouquins sur le sujet. Il y a deux raisons plus précises qui m’ont poussé vers cette lecture : mon travail en chirurgie bariatrique et l’optimisation du métabolisme pour les sports d’endurance.

Le livre se découpe en deux grandes parties. La première démonte les recommandations des experts des « trentes-glorieuses » qui ont diabolisé le gras et stigmatisé les obèses en résumant le métabolisme à un problème entrées/sorties.  A titre personnel je n’avais jamais compris cette histoire de compter les calories que l’on mange, ça m’a toujours paru tordu. Il suffit d’avoir vu une fois une calorimétrie pour comprendre que la dépense énergétique fluctue énormément. Gary Taubes nous montre bien qu’il n’existe pas de régime diminuant les apports ou d’intervention augmentant la dépense énergétique qui soit utile à long terme pour une cohorte de patients obèses. La science devrait donc revoir ses recommandations, mais une sorte de biais cognitif puissant semble brouiller la compréhension des experts…

Gary Taubes a trouvé une démonstration élégante que la faim et la prise de poids dépendent de mécanismes plus compliqués qu’un problème d’entrées/sorties.  Je le cite :

If it were true that our adiposity is determined by calories-in/calories-out, then this is one implication: you only need to overeat, on average, by twenty calories a day to gain fifty extra pounds of fat in twenty years. You need only to rein yourself in by this amount—undereat by twenty calories a day—to undo it.

Ce raisonnement m’a plu.

Dans la deuxième partie, on attaque l’explication alternative : la dérégulation de la masse grasse. Le constat est le suivant : l’obésité et les maladies connexes explosent depuis 50 ans. C’est d’autant plus curieux que les recommandations depuis 50 ans préconisent de manger moins gras. Si l’on mange moins gras on trouve de l’énergie dans les sucres disponibles super facilement dans nos étagères et notre frigo. C’est même ce qui est « recommandé : 50 % de l’apport calorique quotidien doit venir des sucres ». Et si le problème ne venait-il pas précisément des sucres ingurgités massivement dans notre alimentation ?

L’absorption de sucres stimule notre sécrétion d’insuline. L’insuline va orienter le métabolisme global vers l’utilisation du sucre comme carburant énergétique, diminuant l’utilisation de nos réserves de gras. De plus, le sucre en excès sera transformé et stocké sous forme de  gras. Un cercle vicieux se dessine. On utilise de moins en moins de gras endogène comme source d’énergie et on réclame de plus en plus de sucres exogènes (on a très très peu de stock de sucre utilisable en nous). Le sucre absorbé en masse continuera de développer notre masse graisseuse.

Au fur et à mesure, le gras finit par détourner les apports énergétiques pour lui. Le métabolisme est dévié vers un stockage exacerbé du gras. Deux conséquences : moins d’énergie disponible pour l’activité physique et un appétit exacerbé puisque les autres tissus réclament cette énergie ! On ne grossit pas parce que l’on mange trop, on mange trop parce que l’on grossit !

La clé serait donc de diminuer drastiquement les apports glucidiques dans notre alimentation. Glucides qui ont pris une place de plus en plus grande dans notre alimentation depuis le néolithique et la culture céréalière. Le coup de grâce a été l’ère industrielle avec l’explosion des sucres raffinés et la diffusion tentaculaire des sucres dans les aliments industriels.

Voilà ce que je retiens de livre. Je vous en conseille fortement la lecture, c’est limpide, documenté et efficace.

P.S. un article d’opinion intéressant est paru quelques jours après la publication de ce billet dans le BMJ : c’est par ici.

Shannon-Ford-Bacon

29 réflexions sur « FAT : Pourquoi on grossit »

  1. Décidément, après Babaorun.com tout le monde veut me gaver de gras aujourd’hui !

    Bon article en tout cas. Lipide comme tu dis 😉
    Même si je ne suis vraiment pas sur de me plonger dans ce genre de bouquin. Je préfère piquer progressivement les bons principes…

  2. Oui merci pour ce court résumé.

    Je suis 100% d’accord avec ce que tu écris .
    Le problème de l’obésité c’est les glucides que nous consommons , le « gras » n’y est pour rien.

    Par ailleurs, j’ai toujours été suffoqué de la capacité du corps à maintenir un poids stable ( la majorité d’entre nous) . C’est une mécanique de haute précision car cela signifie que nous ne consommons pas 1 calorie de trop par rapport à nos besoins.

    Comprendre pourquoi chez certain cette mécanique de haute précision se dérègle est autrement plus problématique que de vendre des régimes ou de « mutiler » les individus ( chirurgie bariatrique)

    1. Je ne suis pas sûr de comprendre ton propos sur les calories. Après la lecture de ce livre, je comprends mieux que nos hormones régulent les flux énergétiques. Malgré tout certaines personnes prendront du poids facilement d’autres moins/pas. Hétérogénéité naturelle.

      Ensuite, pardon, mais je ne peux pas laisser écrire que la chirurgie bariatrique est une mutilation.

      Je suis un modeste acteur dans ce domaine, pas un expert. Néanmoins les patients qui viennent voir les chirurgiens pour demander ce type d’intervention ne sont pas « découpés » dans la semaine pour rabouter un bout d’intestin sur l’autre.

      Il y a une vraie évaluation de leurs demandes et on réfléchir pour leur proposer quelque chose de cohérent. Quand on fait 250 kg à 20 ans, il n’y a pas d’avenir. La chirurgie bariatrique permet parfois des petits miracles et des changements métaboliques et sociaux bénéfiques au patient.

      Ca reste tout de même une intervention médicale très lourde et c’est loin d’être magique ni dénué de risque. Mais « mutilation » est un mot à l’acception trop rude.

  3. Je t’accorde que le terme mutilation est rude .

    Juste les deux premières lignes de l’article sur wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mutilation
    « La mutilation est une perte partielle/totale d’un membre, d’un organe ou la destruction/dégradation partielle d’une ou plusieurs parties du corps sans cause intentionnelle de donner la mort. »

    Le terme est rude mais juste .
    Je ne conteste pas une utilité pour certain, mais malgré tout d’un point de vue sémantique , c’est bien une mutilation.

    1. Juste une référence sur une étude récente sur la chirurgie bariatrique:

      La chirurgie bariatrique est-elle coût-efficace dans le traitement de l’obésité ?
      Weiner J.P. et al. Impact of bariatric surgery on health care costs of obese persons : a 6-year follow-up of surgical and comparison cohorts using health plan data. JAMA SURG 2013 ; 148 : 555-562.
      http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23426865

      Peut être pas si utile que cela !

      1. j’avoue que la chirurgie bariatrique n’est pas ce que je préfère comme activité je n’y connais donc pas grand chose, néanmoins

        1) les coûts US ne sont pas les coûts français
        2) ici on (les chirs et les nutritionnistes) suit au long cours les patients opérés, sur leur qualité de vie, le diabète et les douleurs articulaires y’a pas photo

  4. Donc, on se résume :
    manger gras avec modération (genre « french paradox » pour le foie gras et les petits plaisir de la table) et éviter les sucres raffinés (bonbons, gâteaux industriels, et les sucres cachés dans les plats industriels … à moins que cela soit le sel ?!).
    En fait, il faut juste faire sa propre cuisine, non ? Avec des fruits, légumes, féculents etc achetés en vrac ou presque … à l’ancienne ?!
    Et se bouger un peu chaque jour …

    1. je ne sais pas s’il y a un régime idéal, on est tous différent et on encaisse plus ou moins bien certains aliments

      Mon opinion :
      – le gras a été diabolisé, probablement trop
      – les sucres cachés dans les boissons et/ou dans certains plats préparés pour compenser le gras chassé des plats n’est pas quelque chose de positif pour l’organisme
      – faire sa propre cuisine : oui, mille fois oui
      – on abuse parfois aussi des féculents, ils ont été mis en exerbe pour avoir de l’apport énergétique en diminuant la proportion de gras de l’alimentation

      1. Je grossi de suite d’un ou deux kilos rien avec une cuillère de nouilles! Je peux aisément m’en passer (ainsi du riz qui m’ouvre l’appétit, comme les pommes!, et la pommes de terres) mais point de ma viande et mes légumes vertes (actuellement une « razzia au choux de Bruxelles avec des oignons dans l’huile d’olive, j#en peux en manger tous les jours!).

        Ma mère remplace l’huile et l’oignon par le beurre irlandais, des lardons et du fromage rappé pour en manger.

        Mes chiens adorent les plats cuisinés par mes soins. La véto est satisfaite d’elles même si elles ont 2 kilos de trop (bon pour un labrador ça va encore et chacune marche entre 4 à 8 kms par jour – l’une d’un pas tranquillement, l’autre rapidement d’où séparément).

        Bonne journée

  5. petite question sur les sucres, et particulièrement ceux des fruits.

    On nous bassine pas mal avec les 5 fruits et légumes par jour, la petite pomme en collation plutôt que le gâteau… mais est-ce qu’il faut aussi faire attention aux sucres « naturels »

    C’est la saison du raisin en ce moment, et comme booster en fin de journée avant le repas, mon petit muscat hyper sucré, il est top !
    Bonne idée ou erreur ?

    1. yo,

      d’après l’auteur du livre, si on est du genre à prendre du poids facilement et qu’on veut suivre ses idées pour maigrir il faut aussi diminuer les fruits en début de régime. Régime à faire avec un nutritionniste qui connait cette problématique bien sûr

      ensuite les fruits apporte des sucres rapides mais avec un IG plus bas qu’un bonbec. L’insuline fait donc un peu moins le yoyo. Ensuite se pose le problème du fructose. Lui ne rentre pas dans les cellules via les GLUT et l’insuline. Il est plutôt métabolisé dans le foie pour fournir de l’énergie sous d’autres formes. Le fructose via une alimentation riche en fruits ne pose pas de problème majeur à ma connaissance. Par contre la supplémentation en fructose à droite à gauche (pour subsrituer d’autres sucres) est souvent problématique à long-terme pour le foie (trasnformation et accumulation de gras)

      à titre personnel je ne suis pas un gros mangeur de fruits, c’est une histoire de goût personnel. Au jour d’aujourd’hui avec cette idée de favoriser l’utilisation régulière du gras et les apports en protéines utiles pour encaisser l’entrainement je favorise les fruits secs pour le grignotage : cacahuètes +++ amandes, noix et noisettes

  6. Intéressant. Mais j’aurais tendance à penser que excès de graisses ou excès de sucres, c’est le même combat puisqu’au final, si le glucose n’est pas métabolisé en glycogène, il sera transformé en glycérol qui entrera dans la synthèse des acides gras et hop, direction l’adipocyte ! Et ce, sous l’action de l’insuline dans un cas comme dans l’autre.
    Après, j’aurais tendance à penser que l’usage du glucose et donc du glycogène en première intention par l’organisme est facilité pour des raisons métabolique donc qu’un excès de gras conduirait plus rapidement au stockage et finalement au surpoids.
    Mais j’ai peut-être une vision trop simpliste et réduite ^^. Bon conseil de lecture en tout cas.
    Merci.

    1. je ne suis pas sûr d’avoir compris votre raisonnement

      1° absorption de sucres ou de lipides ne déclenchent pas les mêmes sécrétions d’insuline
      2° on utilise le glucose OK mais ce qui est excessif est stocké sous forme de gras
      3° les stocks de glycogène sont faibles
      4° si il y a moins de glucose disponible on va brûler du gras (l’exemple de l’activité physique d’endurance de longue durée le montre bien)

      lisez le bouquin, ça vaut le coup

  7. Quel dommage que je ne maitrise pas suffisament bien la langue anglaise pour lire ce livre.

    En tout cas depuis que j’ai drastiquement réduit ma consommation de féculents (et supprimé le gluten, donc en gros pas de pates 🙂 ), j’ai constaté une bien plus grande disponibilité d’énergie et une récupération bien plus rapide.

    Je me posais exactement la même question que Julien…quid des fruits. Je me la pose toujours d’ailleurs.

    Ma prochaine étape, diminuer drastiquement 🙂 les sucres voire passer plusieurs semaines sans consommer de sucre (sauf quelques fruits vers 11h et 16h).

    Essayez, même une journée, de ne prendre aucune forme sucrée (avec le gout sucré). Vous verrez que nous sommes totalement dépendants. J’avais réussi il y a quelque temps; l’effet général était spectaculaire.

    Enzocandy

    1. Salut Enzo,

      si tu cliques sur la petite icone moche en bas du billet (qui ne me rapporte rien) tu auras le livre en **français** Tada !

      J’ai surtout diminué le pain blanc que je consommais à tort et à travers pour favoriser des produits gras le matin et je tiens mieux le coup au boulot.

      Sinon je n’arrive pas à drastiquement diminuer les sucres et je n’y vois pas d’intérêt aujourd’hui puisque je le vis très bien (59 kg, 6,5% de masse grasse) et ça me manque trop quand j’allège trop ma consommation de pain (oui oui on est addict, je suis complètement d’accord) et je n’apprécie pas trop le fromage blanc nature (donc hop un peu de miel)

      Sinon je n’ai jamais beaucoup consommé de boissons sucrées et encore moins de bonbons, je suis tranquille de ce côté là

  8. Merci pour le magiktada 🙂 🙂 je vais potasser tout ça.

     » je n’y vois pas d’intérêt aujourd’hui puisque je le vis très bien (59 kg, 6,5% de masse grasse) » – tu ne peux en être certain puisque tu n’as jamais essayé 🙂 🙂 Heureusement qu’un bien être et une disponiblité d’énergie ne se résument pas à une masse 😉

  9. @enzo récemment j’ai fortement diminué le sucre et ça s’est accumulé avec un enchaînement de gardes et astreintes et je me trouvais quand même pas très bien

    Quand je parle de masse il existe des coureurs et à fortiori certains de nos contemporains qui prennent facilement du poids. Moi je n’ai pas bougé depuis ma première impédancemetrie il y a 3 ans malgré une alimentation plus riche et l’augmentation de l’entraînement. Jusqu’à présent je fais parti de ceux qui encaissent bien les sucres et qui naturellement brûlent facilement des graisses

  10. Bonjour,
    je viens de dévorer le bouquin avec intérêt et c’est un sacré pavé dans la marre!
    j’avoue qu’il est tentant d’essayer de diminuer les glucides mais après une diabolisation pareille depuis dans années il est effrayant de se dire je vais manger gras et quasiment pas de fruits.
    De plus j’ai deux questions qui restent en suspend:
    -quel impact sur l’activité physique d’endurance d’un tel régime?ne faut-il pas maintenir des glucides complexes?
    -la charcuterie préconisée me parait riche en sel et donc potentiellement néfaste (néphropathies…)
    merci

    1. pour l’acitivté physique ça ne semble pas poser de pb cf billet précédent avec Tim Noakes qui a adopté ce régime, au contraire les bons sportifs d’endurance savent utiliser mieux que les autres les graisses

      la charcuterie n’est pas préconisée, le sel reste IMHO un grand pb de société (perso le jambon reste un péché mignon dont il est difficile de se défaire)

  11. Bonsoir,

    votre conclusion, sur le stockage du sucre, le gras et l’insuline je viens de l’entendre chez le cardiologue d’un de mes proches. Le médecin lui a « fait » un peu la morale de manger le moins que possible en Pommes de terre, nouilles et ris, ainsi du pain que le matin; mais beaucoup de légumes, de la viande, du fromage et de temps en temps un morceau de chocolat noir (si besoin en sucrerie).

    Je trouve aussi très bizarre que les Américains deviennent de plus en plus obèses alors que leur alimentation devient est de moins en moins gras.

    Je pense que cela échappe de moins en moins de gens, mais les « experts » de l#alimentation ne peuvent point revenir sur une théorie qui les faire vivre (eux et l’industrie agro -alimentaire) depuis des décennies. revenir à manger comme dans les années 1950, 1960 vaut à cuisiner plus soi-même et donc moins de CA pour l#industrie et moins de vente pour les produits de régime (et leur dérive).

    Un endocrinologue diabétologue (pourquoi en médecine certains ont des mots si long?) m’a dit que chaque organisme a son poids de confort contre lequel on ne peut rien faire et que le calcul IBM n’est pas une valeur absolue . J’avoue que le monde animalier est bien pus simple, lui ne se pose point de question ni sur quoi et combien peut-on-manger, encore moins le poids est un case tête.

    Bonne continuation pour vos exploits sportifs et bon week end

  12. Après la lecture du livre, j’ai donc entrepris cette méthode alimentaire.

    Cela doit faire 3 grosses semaines même 4. Au début, c’est vrai que le goût sucré manque mais passe assez vite; l’absence de riz passe plutôt bien. Le plus dur était vraiment de se passer du sucré. La désintoxication a été assez rapide quand même et très très bénéfique.

    A ce jour, je ressens des douleurs que je n’ai jamais trop connues. Mal au genou, mal dans le bas du dos. Par contre au début j’ai eu un très net regain d’énergie. Par la suite ces douleurs donc et une poussé d’Herpes labial avec des jours où il est latent. Ce phénomène est assez rare chez moi est dénote un déséquilibre et une fatigue.

    Difficile d’expliquer ces douleurs anormales. Je pense que j’ai mal pratiqué le FAT repas :)…pas assez de légumes. Il faut une très très grosse quantité de « verdure » pour équilibrer le PRAL moyen car le carné y’a pas à dire ça acidifie une organisme.

    Rajouter par dessus tout ça le sport et ses protons relargués ça donne vite une idée du pH….

    Je recadre donc tout cela avec un max de légumes

    La suite bientôt

    Enzo

  13. C’est amusant, j’avais passé « Good calories, bad calories » à une copine en fin d’étude de médecine il y a quelques années, et elle l’avait à peine effleuré tellement Taubes prend toute la médecine et les médecins pour un ramassis d’abrutis décérébrés (et vendus aux lobbys pharmaceutiques). Il y a du vrai dans les critiques du corps médical, mais il y a aussi des bornes aux limites, comme dirait l’autre.

    Je dois dire que moi j’avais trouvé ça hyper révélateur, à l’époque… c’était assez bien ficelé, et tellement tentant de penser avoir tout compris mieux que ces fichus prétentieux docteurs 😉 Mais à force de prendre du recul, les choses me sont apparues plus nuancées.

    La focalisation sur l’obésité qui gagne alors que le gras reculerait… c’est se focaliser sur un arbre qui cache la forêt. Au final, la hausse de la consommation calorique globale suffit à expliquer les choses. Voir par exemple ces articles récents et très clairs de Stephan Guyenet :
    Calorie Intake and the US Obesity Epidemic
    More Graphs of Calorie Intake vs. BMI
    Fat vs. Carbohydrate Overeating: Which Causes More Fat Gain?

    L’explication de Taubes, que vous résumez bien, comporte aussi une faille logique. Si le sucre oriente effectivement le métabolisme vers son utilisation et bloque (partiellement, en fait) l’utilisation du gras via l’insuline, cela cesse dès que l’insuline baisse… l’organisme n’est pas que con. Et même si on se « perfuse » en continu au glucose, il faut un apport supérieur à ce qui est brûlé pour finir par stoker du gras (oui, le flux calorique compte, même s’il est plus complexe que le brut calcul in/out). Et pas super efficacement, car la conversion du sucre en lipide est relativement coûteuse. Bref, cette partie de l’explication est insuffisante.

    Pour que « ça marche » l’idée de Taubes nécessite d’incorporer deux éléments à la recette : 1 / que ce fonctionnement physiologiquement normal déraille vers la résistance à l’insuline (how & why ?) et 2 / que la résistance à l’insuline rende globalement l’énergie du gras et du sucre inaccessible aux cellules, forçant in fine à toujours manger plus dans le fameux cercle vicieux. Ces deux points ne sont pas du tout aussi évidents que Taubes le laisse supposer dans ses explications simplifiées. Si ?

    1. hello,

      je ne suis pas assez calé en métabolisme pour répondre ou défendre Taubes. En tout cas en travaillant parfois dans un service qui fait de la chirurgie bariatrique je mesure bien que l’alimentation, le mode de vie global et l’élan vital déraillent souvent de concert. Cotoyer les nutritionnistes spécialistes de l’obésité me fait aussi constater qu’ils ne sont pas très enclin à se pencher sur ces lectures alternatives…

      Pour répondre plus dans le vif du sujet, je constate quand même régulièrement à cause de la nutrition artificielle parentérale au long cours que les apports d’énergie non utile/non utilisée vient rapidement surchargé le foie… (notez d’ailleurs pour vous plaire que les oméga 3 semblent protéger ou ralentir ce phénomène, notamment en pédiatrie)

        1. Merci pour le lien, il est en effet intéressant de noter que Gary Taubes, tout comme les autres chercheurs en nutrition, tend à vouloir faire un raccourci sur le fait que l’effet « low carb » est toujours efficace, telle la panacée. Mais ça ne marche pas pour tout le monde.

          En effet tous les types de régimes ont eu leurs vedettes qui ont réussi à perdre du poids. Après rester en forme sur le long terme au niveau physique et mental c’est une autre histoire…

          Si on fait une rapide comparaison avec l’écologie c’est comme si on disait que les panneaux solaires photovoltaïques étaient LA solution écologique alors que la plupart des gens oublient que l’énergie que vont apporter ces derniers seront à peu près équivalentes, à l’énergie dépensée à leur création. C’est le fait d’associer différentes solutions complémentaires qui vont être efficaces d’un point de vue écologique (orientation maison, puits de lumière, consommation des équipements ménagers, mentalités de consommation des occupants etc…)

          L’auteur du blog donne des conseils issus du bon sens qui sont différentes stratégies qui vont finir par amener la perte de poids.

          Tout régime est à individualiser, certains sont des gros mangeurs, d’autres non, certains adorent le sucre, d’autres c’est le sel ou encore le gras…

          La vérité c’est que la plupart du temps nous ne savons pas écouter notre corps sur ses véritables besoins et que ça demande un changement de conscience et des expérimentations. Après c’est vrai que la recherche de la solution miracle est compréhensible mais elle n’existe finalement dans aucun domaine.

  14. Ouias ouais…
    J’ai lu GCBD ainsi que Why we get fat de Taubes.
    J’ai testé le cadre alimentaire « LCHF » pendant près de 6 mois.
    Je n’ai jamais eu de problème de poids, rien à perdre avant de changer mon cadre alimentaire (Body fat de 6%).
    J’ai lu des tonnes de livres sur le cadre alimentaire « paléolithique ». Ca c’est pour vous vous donner mon background et mon intérêt pour « la chose » qui me passionne.
    Maintenant qu’ai je retiré de tout ça?

    1/ A titre perso (donc N=1) le fait de changer mon cadre alimentaire en low carb =>> Grosse fatigue, des performances en course à pied qui ont décliné.
    Mais le pire : J’ai été victime du « behavioral eating disorder » =>> de grosses fringales, crises de boulimies. Le cercle vicieux : je craque, je culpabilise, je mange encore plus et m’explose l’estomac. Un truc qui ne m’étais pas arrivé depuis 20 ans.
    Je vous rassure je suis revenu à mon cadre alimentaire d’avant (je ne contrôle plus rien, je suis libre et je ne culpabilise pas, le plaisir de manger est revenu), soit un cadre non contraint. Résultat ? Tout est rentré dans l’ordre.

    2/ Le résultat de mes lectures sur le « low carb ». Well well….
    Absolument pas convaincu par la démonstration de Gary Taubes sur la « thermodynamique » qui veut jeter aux orties le concept de « Calorie In – Calorie Out ». Désolé de dire qu’il y a trop d’étude non encore falsifiées (non remises en question) qui valident le concept selon lequel tout peut se synthétiser au simple concept de déséquilibre entre calories ingurgitées et calories dépensées. La perte ou prise de poids ce n’est qu’une question de balance entre calories qui entrent et qui sortent : désolé. C’est la loi d’airain non remise en cause.
    Maintenant l’impact métabolique des trois macronutriments : OK on s’est complètement planté en vilipendant le gras. Non il n’est pas du tout responsable des marqueurs de cholestérol et encore moins des maladies cardiovasculaires : au moins ça c’est bien ancré dans les papiers scientifiques…beaucoup moins dans la tête des médecins en pleine dissonance cognitive quand on leur met le nez sur lesdits papiers scientifiques (le mien entre autres)…
    Quant à vilipender le hydrates de carbones : et bien là également à isocalorie près les preuves manquent pour dire que « ce n’est pas bien pour le métabolisme ». J’ai bien dit à ISOCALORIE près.
    Le vrai problème des hydrates de carbones c’est qu’elle sont « très accessibles » et très chargées en calories. On est susceptible de dépasser « facilement » sa consommation de calorie quotidienne nécessaire pour être à l’équilibre. Et le problème de l’obésité aux USA vient de là tout simplement. On mange trop. Trop simple. Mais pourquoi faire compliqué?

    1. j’aime bien votre analyse avec vécu personnel qui ancre la réflexion.

      pour moi un argument pour manger un peu moins de sucres (plâtrée de pâte, riz ou baguette à gogo) c’est surtout de laisser plus de place pour d’autres aliments plus nutritifs comme les légumes ou les fruits en fin de repas

      à bientôt 🙂

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