Parler calmement

Micropost.

Je voulais juste partager cette pratique avec vous. Parler calmement permet d’apaiser bien des situations. Lors des inductions anesthésiques j’essaye de multiplier les attitudes rassurantes*. La parole est un outil puissant.

Lorsque j’endors un patient j’essaye de ne parler que le temps de son expiration. Je me concentre sur son thorax ou le ballon et je synchronise ma respiration sur la sienne. Je ne parle que pendant l’expiration du patient. Le débit de parole se fait beaucoup plus lent. Plus calme. On rentre en phase.

Si vous pratiquez des gestes sous locale ou l’Anesthésie essayez, c’est vraiment intéressant !

 

* Postscriptum :

1) On a tous nos moments où l’on est plus moins disponible hein… je ne revendique rien

2) Si Jaddo passe par là, spéciale casse-dédi.

9 réflexions sur « Parler calmement »

  1. Très bonne idée. C’est une forme de la synchronisation posturale que j’avais apprise avec un peu de PNL. De façon générale, la synchronisation posturale (attitude, mains, position) est un facilitateur majeur de communication.

    Au contraire, quand je veux signifier une fin de consultation, il me suffit parfois de me désynchroniser de mon patient pour qu’il comprenne de lui-même qu’il est temps de sortir sa carte vitale…

  2. Bien vu, cela fait parti de l’arsenal utilisé en hypnose il me semble.
    Tout est bon à prendre pour améliorer le confort du malade.
    On pense trop souvent molécule en anesthésie …

    Un interne d’anesth

  3. Parler calmement, certes mais par pitié, dites-moi que vous ne servez pas le petit discours habituel « pensez à quelque chose d’agréable, à un paysage, à vos proches, à ceux que vous aimez … » sans oublier la main qui parfois frôle la joue, prête à retenir vos doigts qui aimeraient arracher le tube nasal (oui, vous appelez cela sans doute autrement, ce truc qui vous fait des moustaches en plastique jusqu’aux oreilles, avec deux trous, chacun pour une narine) …

    Heu, oui, c’est un peu « violent » de ma part … désolée, rien de personnel.

    Tous les patients ne se ressemblent pas (heureusement, hein ! 😀 ).
    J’ai eu le droit à une anesthésie récemment, sans commune mesure avec le masque à éther d’antan. J’ai papauté avec tout le monde … C’était sympa jusqu’à ce que la gentille anesthésiste me sorte son petit discours.
    Insister sur les proches c’est anxiogène !
    A titre personnel, j’ai préféré dresser une liste à commission et un plan de table … histoire de bien rester ancrée dans la vie …

    Au plaisir de vous lire, ici ou ailleurs.
    Bon courage si vous devez vous occuper de « clients » dans mon genre …

    1. Ah ben en faites vous me faites plaisir avec votre commentaire !

      Les blablateries gnan gnan m’irritent, on n’est pas intime ave le patient alors on ne va pas commencer à lui caresser les cheveux comme avec nos proches. Il ne faut pas confondre attitude compatissante et tendresse.

      Le contact physique avec le patient, je l’ai. Je prends le pouls. Je préviens le patient que je vais prendre son pouls (ça fait « médecin ») mais en vrai j’en ai rien à faire du pouls, c’est juste une astuce pour établir un contact physique, une présence ferme que j’espère rassurante. Je n’ai aucune raison de caresser la peau d’un patient que je viens de découvrir il y a cinq minutes.

      Ensuite mon discours est un peu stéréotypé. J’explique surtout ce qui se passe. Typiquement je raconte des choses comme ça :
      – Tout est parfait pour bien s’occuper de vous
      – Tranquillisez vous, essayez de relâcher tous les petits muscles des épaules et du visage
      – Je commence à mettre les médicaments pour vous protéger pendant l’opération
      – Les sensations vont se modifier, c’est normal et attendu
      – Parfois ça fait drôle dans la main, parfois pas
      – Vous pouvez nous entendre parler et préparer du matériel, vous pouvez entendre des bip bips, c’est normal (le calme au bloc est toujours relatif)
      – Quand vous voulez vous fermerez les yeux pour faciliter l’endormissement

      Parfois je les invite à sourire pendant l’endormissement. Sourire fait du bien.

      Et après selon les patients je les invite à se concentrer sur l’air qui rentre et qui sort ou je les invite à penser à s’imaginer dans une situation confortable. Si je sens les gens particulièrement stressés j’ai le sentiment que le mieux pour eux c’est une induction rapide, je limite alors le discours à quelques mots rassurants et je les endors vite pour les sortir d’une situation désagréable pour eux.

      1. Je suis bien contente de ne vous avoir pas choqué.
        Cela m’ennuyait mais il fallait absolument faire passer le message.
        J’observe que nous partageons la même analyse sur ce sujet.
        En parlant de votre maîtrise technique, vous êtes rassurant et en plus on apprend des choses !..
        Il faut également subir le même « bla-bla nunuche » lors de la préparation à l’accouchement ( entre sophrologie, et autres méthodes douces, truc et machin …).
        C’est exaspérant !

  4. J’aime beaucoup ce post! J’ai l’impression de ne plus être seul!
    Je trouve impressionnant ce que tu arrives à faire, arriver à faire de la suggestion tout en s’occupant des aspects techniques de l’anesthésie. En hypnose médicale, c’est souvent dissocié, l’un fait l’anesthésie et l’IADE gère le reste. Faire les deux en même temps demande une grande compétence technique, une grande confiance et une belle gymnastique cerebrale!
    J’aime aussi beaucoup la remarque de fultrix, la phrase « pensez à un endroit agreable » est souvent sortie par l’IADE toute seule au milieu des bavardages des IBODE et ne sert absolument à rien.
    Ce qui est efficace comme tu l’as dit c’est le discours positif, au lieu de dire  » je vais injecter un produit ca peut faire mal ou bruler un peu  » dire  » vous allez peut être avoir une sensation de chaleur qui va remonter dans le bras puis dans le corps… »
    Moi ce que j’aime bien faire pour les gestes douloureux c’est les questions « non sens ». par exemple pour une ALR ou une perfusion chez un patient tres stressé je lui demande de se focaliser sur sa respiration, sur l’air qui entre ou qui sort, sur les molécules d’02 dans l’air etc…. » puis quand je suis prêt à le piquer je pose une question qui n’a pas de sens  » est ce que votre mère a eu des enfants? » ou « vous venez à l’hopital pour quoi? » et la tout d’un coup le patient se fige ( j’imagine ca comme une sorte de court-circuit ) et je pique. Ca marche très bien , les patients ne se rendent même pas compte que je les ai piqué tellement ils sont perturbés par la question.
    Bref on a beaucoup à apprendre de l’hypnose et de la suggestion et rien que le fait, comme tu le dis, de calmer sa voix, de parler de maniere monotone, d’utiliser un discours positif, de faire du mimétisme aide beaucoup et est en quelque sorte une prémédication avant l’anesthésie.
    Et puis si le patient est pas réceptif, surtout les jeunes et qu’il est stressé c’est Pentho direct!! ca évite de mettre des caisses de propofol!! ( marche aussi très bien chez l’alcoolisé!!)

    1. hello,

      moi aussi je pose une question débile quand je pique : je demande s’ils sont venus à cheval ou à pied. Avant je demandais s’ils avaient des cousins, et un jour une dame m’a répondu qu’il était mort la semaine dernière !

      Pour la causette pendant le geste, je pense que l’environnement bruyant c’est pas idéal mais faut arrêter de s’énerver pour ça, on a mieux à faire. J’explique donc au patient qu’il y a du bruit dans le bloc, c’est l’environnement normal et je lui demande d’en faire fi. Pour la suggestion, je leur suggère un truc agréable mais juste après je dis surtout qu’ils pensent à ce qu’ils veulent, je leur répète qu’ils sont libres et à *chaque fois* je pense à ce commentaire de blog 🙂

      Sinon on n’a plus trop de pentho depuis les récentes rupture de Nesdonal, c’était réservé à la neurochir.

      Enfin, je mets systématiquement de la xylo dans mon propofol, l’incidence des sensations de brulures est très fortement diminuée.

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