Le frisson post-opératoire

Le frisson post-opératoire est un phénomène curieux. Il peut être lié à l’anesthésie, quelles que soient ses modalités, ou à la chirurgie.

La première cause qui vient  l’esprit est l’hypothermie. Durant une intervention le patient peut se refroidir facilement. Les principaux facteurs qui viennent à l’esprit sont les apports de fluides, la perte du frisson musculaire, la vasodilatation liée aux médicaments d’anesthésie (avec redistribution du sang périphérique vers le noyau central)

Les bons moyens de prévenir l’hypothermie sont de réchauffer les patients avant de les endormir (en salle de préanesthésie) et pendant l’intervention. Réchauffer les fluides est important si l’intervention est longue.

Le patient hypotherme est difficile à réchauffer endormi. Réchauffer à la fin *avant* de réveiller c’est un peu couillon parce c’est surtout l’arrêt de l’anesthésie et l’augmentation du métabolisme musculaire qui va favoriser le retour à une température normale.

Parfois un patient frissonne en salle de réveil alors qu’il est normotherme. La première cause facile à comprendre est la réaction inflammatoire liée à une chirurgie lourde. Ca se voit surtout en chirurgie cardiaque avec circulation extra-corporelle. Les autres causes sont plus complexes.

Les médicaments d’anesthésie pourraient interférer sur la régulation hypothalamique de la température corporelle en créant un décalage dans le seuil du frisson. Ensuite il existe des phénomènes encore plus compliqués de blocage de certaines voies inhibitrices sur la moelle pouvant entrainer des mouvements anormaux d’une autre nature que le frisson lié à l’hypothermie.

Toujours est-il que ce phénomène ne met pas en danger le patient. On dispose de moyen médicamenteux très efficace (clonidine, nefopam, magnésium) pour prévenir et traiter le frisson post-opératoire. Ces traitements agissent beaucoup plus vite que le réchauffement externe.

En conclusion, je pense qu’il est bon de dépister les antécédents de frissons post-op en consultation d’anesthésie et de prévenir leur apparition. Les médicaments sont peu coûteux et efficaces, ne vous en privez pas.

1.
Park, S. M., Mangat, H. S., Berger, K. & Rosengart, A. J. Efficacy spectrum of antishivering medications. Critical Care Medicine 40, 3070–3082 (2012).

4 réflexions sur « Le frisson post-opératoire »

  1. Bonjour et merci pour vos différents posts sur l anesthésie. L élève iade que je suis trouve un grand intérêt a vos diverses réflexions qui me permettent d élaborer une petite
    critique des enseignements plutôt » traditionnels » qui me sont donnes (gestion de la douleur entre autres choses)

    1. Bonjour Christophe,

      merci pour ton commentaire. Je crois à ce que j’écris et j’essaye de l’étayer par des lectures scientifiques et de la mise en pratique.

      Après les données et les pratiques évoluent très vite et ce qu’on dit un jour peut être vite décrié le lendemain… Toujours est-il que j’essaye de faire avec l’intention de faire du mieux que l’on peut. Parfois ça change les choses parfois pas, il ne faut pas l’oublier.

  2. C’est important de parler du rechauffement preop! On l’oublie souvent.
    La perte de chaleur se fait principalement pendant la 1ere heure, puis la temperature remonte tres doucement malgré le rechauffement externe. C’est pourquoi il est important de rechauffer les patients avant, comme ca une fois anesthesiés, suite a la vasodilatation, la redistribution de chaleur du compartiment central va se faire vers un compartiment peripherique moins froid que si on avait pas rechauffer le patient avant, limitant ainsi l’hypothermie.
    En effet les seuils de reponse a l’hypothermie sont decalés vers le bas sous AG (frisson à 34 °) et peut classiquement et anciennement meme se voir chez un patient anesthesié NON curarisé ( detection de l’hypothermie à l’ancienne!!)

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