in medio stat virtus

J’ai commencé la lecture de Paleo Diet for Athletes de Joe Friel et Loren Cordain. Joe Friel est un entraîneur de renommée mondiale dans le domaine des sports d’endurance (cyclisme et triathlon surtout) et Loren Cordain est un nutritionniste de l’université du Colorado très versé dans l’alimentation Paléo.

Je ne suis pas très avancé dans la lecture et pour le moment je n’ai pas lu de truc complètement abracadabrant, c’est même clair, concis et ça fait très sérieux. J’ai commencé à farfouiller de blogs en fora pour trouver des adeptes de ce type d’alimentation et comprendre ce qu’ils mangeaient en pratique. Ca m’a permis de lire le blog de PaléoPhil qui est passionné et passionnant.

PaléoPhil a une intelligence analytique poussée avec une bonne dose d’humour pour communiquer sur ses recherches et ses errances. C’est tout à fait sain et depuis quelques jours que je lis son blog j’apprends pleins de choses intéressantes.

Par contre je rencontre une forme de blocage vis à vis des changements de mode de vie proposés par les gourous nutritionnels dont ils rapportent les propos dans ses notes. Je suis à la fois fasciné et terrifié par les logiques extrêmes. Fasciné car j’aime sortir des sentiers battus et terrifié parce que je comprends mal les stratégies alambiquées de prise de contrôle d’un corps qui semble s’échapper perpétuellement.

Aujourd’hui on vit le paradoxe des pays riches de la surabondance de nourriture. On ne sait pas tous gérer ça et certains y voient une opportunité commerciale et essayent de créer du sens (néoreligion ?) pour canaliser les brebis égarés. Mais ça part dans tous les sens : végétalien, frugivores, régime riches en protéines, régimes pauvres en sucres, etc.

Tout ceci me rappelle la problématique du bruit et du signal évoqué par N Taleb dans Antifragile. Il y a aujourd’hui tellement d’information disponible que ça en devient toxique ! A lire les sites US de gourous de nutrition j’ai l’impression de lire des benchmarks de pécés qu’il faut toujours plus overclocker à coup de watercooling et de pâte de bidule… non, non et non la physiologie ne se laisse pas bricoler après la lecture de deux articles du JACN !

Je me souviens d’un prof de néphro qui enfonçait le clou du primum non nocere (ce post est vraiment pédant) en nous rappelant que le rein était suffisamment intelligent pour se gérer lui même et que le bon médecin était celui qui reconnaissait le moment où la maladie nécessitait une intervention thérapeutique. Notre corps se débrouille très bien dans la régulation de nos excès, il faut juste ne pas pousser le bouchon trop loin…

Au total je pense qu’il y a des grandes idées qui apportent de la fraîcheur dans la réflexion sur l’alimentation (le diktat du sucre) et je suis prêt à moduler et à diversifier mon alimentation dans ce sens.  En développant une culture sur la qualité nutritionnelle des aliments on peut faire des choix plus malins que d’autres. Par contre je crois que c’est une illusion de vouloir prendre le contrôle à 100% et de vivre avec une stratégie alimentaire utilitariste. En effet si on s’est gouré de stratégie, le résultat peut s’avérer désagréable… Par ailleurs je crois aussi aux vertus du hasard et de l’aléatoire, je crois qu’il faut aussi laisser un peu de place à la chance et à nos envies du moment pour ne pas sombrer dans la routine et des habitudes appauvrissantes.

Qu’en pensez-vous ?

24 réflexions sur “ in medio stat virtus ”

  1. « Ce sont donc l’expérience et la raison, et non les autorités qui me guideront lorsque je prouverai quelque chose. » Paracelse

    La diversité des flores digestives, des panels enzymatiques et de leur insuffisances ou excès individuels, relativisent énormément les préconisations d’un manger sain ou d’un autre.

    Il est intéressant d’entendre et de lire leurs positions argumentées si on garde en tête que c’est possiblement adapté à certains mais certainement pas à tous. Pour gérer des allergiques alimentaires tous les jours, je peux affirmer que dans l’alimentation il y a des guerres de chapelle avec des dogmes dignes des pires inquisitions sans fondement scientifique réel. :-)

  2. Hello !

    Je partage la même curiosité pour les approches extrêmes, et la même méfiance aussi. Je me suis déjà fait capturer par une approche qui semblait très bien ficelée (paléo, puis low carb, puis cétogénique) avant de découvrir les failles. J’ai énormément de mal à tolérer les justifications fallacieuses.

    Cela vaut aussi pour l’approche low carb, bien distincte de l’approche paléo. Je suis bien copain avec cette approche, mais je ne supporte pas la (fausse) logique qui veut que si la restriction des glucides est favorable c’est que les glucides sont nuisibles ;-)

    Je vais même jusqu’à être convaincu que la diète cétogénique est un biohack fascinant, et certainement efficace lorsque fait correctement. Par contre ce n’est pas évident à pratiquer et à intégrer à une vie un minimum sociale, et on manque de recul et de compréhension sur ce qui se passe… donc je préfère suivre une autre voie pour le moment. Une voie plus médiane, et moins rigide aussi ;-)

    D’un point de vue purement logique et scientifique la justification de la diète paléo est absurde, même si le concept est séduisant et que les résultats sont (souvent) probants, à titre anecdotique ou dans des études sérieuses. Mais :
    – Les résultats probants dans les études sont obtenus avec des diètes très différente de ce qui est préconisé par les figures du domaine, et on manque de recul sur l’effet à long terme.
    – On voit autant de résultats anecdotique favorables avec des individus passant à une diète végane, ou autre, aux justifications absolument inverses. Le fait est que passer d’une diète occidentale de merde à n’importe quoi d’un peu moins raffiné apporte un bénéfice net indéniable. Au moins pour un temps.

    1. merci d’écrire ça, ça me tranquilise :)

      Pouvez vous nous dire pourquoi vous avez laissé tomber le low carb ? la dépendance au sucre est trop ancrée chez nous ? le pain trop tentant ?

      1. C’est une conjonction de raisons de raisons, en fait. Mais principalement :
        – ma glycémie à jeun tendait à grimper, ce qui est « normal » du fait de l’insulino-résistance « physiologique » induite par l’alimentation VLC, mais fait toutefois se poser des questions…
        – … particulièrement quant on réalise que d’autres modes d’alimentation moins extrêmes et plus validés scientifiquement existent…
        – … et surtout si ces autres alimentations n’impliquent pas l’élimination drastiques de familles entières d’aliments !

  3. Tu prêches une convaincue !
    Pas pour la course (qui néanmoins préfère les escaliers aux ascenseurs), mais pour le « bon sens » du respect de la physiologie dans l’alimentation.
    Je ne mange pas de viande depuis ma petite enfance non par conviction mais parce que j’en abhorre le goût. Rondelette pendant l’adolescence (enfin avec au max un BMI à 21,8), je n’ai jamais été aussi équilibrée qu’en m’écoutant : je mange ce que je veux quand je veux dans les proportions que je veux. BMI d’équilibre = 18,1… (Et d’ailleurs la trop grande socialisation de ces derniers mois m’a fait mettre du gras, ce qui importe peu puisqu’il me suffit de m’écouter, quitte à faire quelques repas pantagruéliques, pour que la machine se remette à son point de base).
    Alors on m’a dit « c’est parce que tu ne manges pas de viande ». Possible.
    « On » m’a aussi déclaré « ça sera fini après la première grossesse » ou encore « après 30 ans ».
    J’ai 33 piges et un enfant (pour laquelle j’ai arrêté de compter à + 25 kg pendant la grossesse, sans diabète monsieur ; kilos envolés sans effort ni régime après la fin d’un allaitement de 6 mois, genre signal « CATABOLISEZ !!! » envoyé très fort par l’hypothalamus ou que sais-je une fois l’anabolisme permanent devenu inutile…).
    Enfin bref : je crois que si autant de « régimes » divers et variés (pour maigrir, pour les sportifs, pour ceci ou cela) existent c’est parce que parfois tel ou tel trouve un écho dans l’organisme de tel ou tel de ses adeptes… Car si il est 1001 régimes, il est bien plus de physiologies… Grandes lignes communes à toute notre espèce, petits réglages fins probablement plus individuels.
    J’imagine que dès lors qu’on arrive à connaître à peu près son propre fonctionnement, y compris son point d’équilibre (pourquoi seraient-on tous gaulés pareil ???), ça devient plus facile.
    Simplicité, bon sens, [attention grand mot] sagesse.
    Belle journée à toi.

  4. The Paleo Diet for athletes est un des premiers livres que j’ai lui et qui m’a orienté paléo. Loren Cordain est un des « papes » du mouvement paléo, même si à l’origine ce n’est pas un spécialiste de la nutrition. Il a évolué au fil du temps, notamment sur les laitages et les graisses saturées. et Joe Friel est un coach de triathlon qui à plus de 65 ans passés continue à s’entrainer et a fait une série de posts intéressants sur les effets du vieillissement.
    J’ai un peu suivi le même parcours que Renaud (qui traine souvent sur mon blog d’ailleurs, et a contribué à pointer les erreurs conceptuelles de l’approche paléo :-)). C’est une approche en grande partie intellectuelle en fait. Il y a quand même des points « durs » qu’il est intéressant de noter (et tous cas ce sont ceux qui moi m’ont fait tilter) : la dégradation de la force et de l’état de santé moyen de l’invention de l’agriculture à 1850 (jared diamond, daniel lieberman) qui indique que le mode de vie pré agricole produisait des humains plus robustes et forts. Mais il n’y a pas que l’alimentation là dedans bien sur : il y a aussi un mode de vie à l’extérieur, beaucoup de dépense physique, et une sélection à la naissance assez drastique. Il y a aussi l’absence de maladies dégénératives dans les tribus nomades, et tout ce que Weston A Price a pu écrire sur les problèmes dentaires qui n’existent que dans les civilisations sédentaires.
    Et puis tout simplement le fait que l’alimentation / le mode de vie actuel ne fonctionne pas bien pour les humains en général, ce qui a été mon premier déclic, personnellement.
    et puis il y a tout ce qu’on peut lire sur le diabète (qu’on peut stabiliser en changeant d’alimentation), l’athérosclérose (qui serait) liée à un état inflammatoire provoqué par l’excès de sucre, le cholestérol qui diminue drastiquement quand on arrête de manger beaucoup de glucides, etc …
    Quand on connecte cette analyse avec une consommation de sucre en croissance vertigineuse depuis 150 ans, ce n’est pas totalement illogique de penser qu’un retour à un mode de vie plus proche de nos « origines biologiques » et donc (à priori) moins riche en glucides « faciles à digérer » (pas sur que l’index glycérique de la racine de manioc aie grand chose à voir avec celle du plat de pâtes du marathonien), incluant l’alimentation, ne peut que nous faire du bien.
    Après, oui, nous sommes tous différents et au cours de l’histoire de l’humanité il y a du y avoir bien des régimes alimentaires différents, de l’Inuit à l’Indien d’Amazonie … alors qu’ils ont les mêmes ancêtres.
    Donc nous sommes omnivores, tous différents mais avec des points communs (essayez de vous faire une tartine au mercure ou de vous faire un demi de SP98 et vous verrez que ce n’est pas très facile à digérer).
    Moi je reste très intrigué par la cétose (mais comme mes camarades je n’ai pas le courage de me lancer là dedans, trop contraignant), je pratique de plus en plus le jeûne (un repas par jour en semaine et j’en suis à ma troisième étape de 48 heure au moment où j’écris ce post) – sur le constat simple que le problème de c’est l’excès d’énergie disponible. Nos tendances primales construites pour être efficaces dans des temps de pénurie, ou à tout le moins d’énergie disponible réduite, disons de maximisation de l’efficacité de l’énergie produite vs l’énergie ingérée, ce qui est pour le coup un critère de survie fondamental sont totalement inadaptées à notre nouveau mode de vie, aux frigos pleins, aux supermarchés avec 50 types de céréales, etc.
    En plus je crois aussi à la notion d’irrégularité, là aussi il y a 50.000 ans on ne faisait pas 3 repas par jour et on n’avait pas besoin d’un bon petit dej qui évite le coup de pompe de 11 heures pour aller courser une antilope ou faire 10 bornes pour aller déterrer des racines…. quand j’étais ado j’ai fait des courses en montagne et je m’étonnais de voir que le guide, un vieil espagnol buriné, tenait la journée sur un petit bout de fromage et quelques tranches de saucisson …
    Bref … cette longue réponse aussi pour te remercier :-) et en conclusion dire que je suis en train de lire « the diet cults », le nouveau livre de Matt Fizgerald … et que c’est très intéressant. Pour moi qui suis un athée convaincu voire militant c’est un peu désagréable de voir le régime paléo ramené au rang de « secte » et de me rendre compte qu’il y a effectivement un certain nombre de points communs entre les croyances alimentaires et religieuses, et la manière dont elles peuvent structurer des groupes humains et générer un sentiment d’appartenance. Et comme il le dit dans son intro, la religion et l’alimentation sont intimement liées, que ce soit dans le mythe d’Adam et Eve (c’est quand même à cause d’un truc qu’ils mangent que tout le bordel arrive) ou dans les 600 et quelques règles alimentaires de la torah (pour les musulmans je ne sais pas, mais je suppose qu’il doit y en avoir des wagons aussi, je ne connais que l’interdiction du porc). Aliment interdit, aliment maudit, glucide diabolique ou graisse luciférienne ? Voilà un peu de nourriture intellectuelle qu’il va me falloir digérér (pun intended).

    1. Ah Phil ! Tu soulèves de bons points, mais en les amalgamant uniquement dans le sens des explications offertes par les apôtres Paléo ça donne à mon goût un gloubi-boulga vachement louche ! Sous le regard de Mme Michu ce style assertif, assuré, semblant étayé, entraîne le lecteur à sauter allégrement à une conclusion trop facile… c’est aussi comme ça que procède la prose paléo en général. J’ai l’impression de voir comment j’autoconfirmais mes croyances à coup de raccourcis fallacieux, d’études judicieusement choisies et d’articles de blogs « délicatement » assertifs, histoire de couper court à toute dissonance cognitive.

      En passant, à propos de Loren Cordain…. c’est un pape, oui. Il a « évolué » dans le sens du message paléo grand public (suis tenté de dire paléo grand-guignol, mais ça serait trop « Carbsaneistique »), c’est-à-dire plus de gras, plus saturé… il suit le vent marketing.

      C’est d’ailleurs assez rigolo avec la gent paléo, parce que les apôtres ne prêchent pas le message des saints. Je m’explique. À ce jour, les études paléo qui exhibent des résultats positifs (dont celle de Cordain) sont principalement hautes protéines, modérées en gras (dont saturé), autour de 30-40% de glucides, et ultra-riches en minéraux et vitamines. Mais comme en général elles n’ont pas de groupe témoin et/ou elles se font avec perte de poids, difficile d’imputer les bénéfices métaboliques aux spécificités « paléo »… et lorsque c’est le cas, impossible de pondérer chaque facteur pour son rôle dans le résultat. Seule l’étude de Frassetto se fait à poids constant [http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19209185]. Mais regarde bien ça et dis-moi en quoi sa diète ressemble à l’évangile paléo : http://www.nature.com/ejcn/journal/v63/n8/fig_tab/ejcn20094t1.html ???

      Bon, une fois cela constaté, je demande aussi comment on peut me prouver que tout aliment néolithique (céréales, légumineuses, fromage et laitages) est par nature et dans tous les cas, pour tout le monde, diabolique. C’est tout bonnement absurde. Surtout quand on daigne considérer ce que consomment les populations vivant le plus longtemps et en meilleure santé qu’on ait pu réellement étudier. J’ai nommé celles des « Zones Bleues ». Logique de base, si A => B, alors nonB => nonA.

      Après tu évoques le diabète, qui indéniablement peut se contrôler avec une diète pauvre en glucides, mais peut aussi réagir de manière étonnante à une alimentation diamétralement opposée (par exemple, deux études sur une diète végétalienne riche en glucides : http://medicc.org/mediccreview/articles/mr_119.pdf et http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3477773/pdf/JNUME2012-856342.pdf).

      Mais au fond, je ne sais pas si tu te rends compte de ce qu’il y a de biaisé et manipulateur dans ta manière de tourner les choses (sans injure d’ailleurs, car je pense que c’est un reflet de ta pensée et non une volonté de manipuler) : « et puis il y a tout ce qu’on peut lire sur le diabète (qu’on peut stabiliser en changeant d’alimentation), l’athérosclérose (qui serait) liée à un état inflammatoire provoqué par l’excès de sucre, le cholestérol qui diminue drastiquement quand on arrête de manger beaucoup de glucides, etc … Quand on connecte cette analyse avec une consommation de sucre en croissance vertigineuse depuis 150 ans (…) »
      Décorticage logico-psychologique : tu assènes une responsabilité probable du sucre sur « tout ce qui va mal », bien qu’elle soit totalement hypothétique (voir factuellement fausse) pour ces trois éléments, puis tu exhibes la croissance de la conso de sucre concomitante à la hausse de « ce qui va mal »… et voilà la preuve est faite ! Désolé, mais non. C’est logiquement erroné. Et tu oublies aussi dans le même temps la hausse vertigineuse de la consommation de viande et produits animaux, la hausse globale de la consommation de calories, des PUFAs, la sédentarisation, la baisse des apports micronutritionnels, l’exposition à des polluants chimiques, et j’en passe !

      Et je dois dire que j’ai bien failli me pisser dessus en lisant que »le cholestérol (..)diminue drastiquement quand on arrête de manger beaucoup de glucides » ! Regarde Jimmy Moore ! Mais peut-être voulais-tu parler des triglycérides ? C’est probable, parce que sinon ta phrase impliquerait que le cholestérol pourrait avoir quelque chose de mauvais… inconcevable, n’est-ce pas ?

      Par contre tu évoques ensuite la notion d’aléatoire à propos de ta pratique de l’IF… certains sortent même des mots ronflants comme « fractals », qui n’ont aucun sens dans le contexte… et là on est sur la queue d’un truc vraiment important, je pense. Je ne suis pas convaincu que l’aléatoire est vraiment fondamental en soi, que la régularité est nuisible, mais l’alternance et la variété sont deux réellement deux éléments fondamentaux de l’alimentation comme de l’exercice. Exercice/repos, repas/repos, etc… très différent de comportements communs comme manger/snacker/grignoter/manger… ou dormir/glander/buller !

      Et puis finalement avec ton IF et ta modération on se rejoint sur la cause majeure et primaire de tous les maux (j’exagère un poil) : c’est globalement l’excès insidieux au point qu’il soit devenu la nouvelle norme. Alors que la norme dans toute l’histoire de l’évolution de toutes les espèces (en poussant à peine le bouchon) a été la lutte pour trouver assez pour survivre.

      1. et donc tu aurais pu conclure ta réponse par « in medio stats virtus » ;)

        En médecine, en nutrition on peut à peu près tout le temps trouver des articles qui vont dans un sens ou dans un autre. Comme j’ai coutume de dire : « il n’y a que la gravité et l’anesthésie générale qui fonctionnent toujours, le reste, bof. » ;-)
        Alors cultivons nous pour étancher notre curiosité, dégager des grandes lignes et progresser (?) mais faire une accumulation de détails pour reconstruire tout un système est un travail de Sisyphe qui nous perdra.

        En tout cas merci pour ces échanges super enrichissants.

        1. Oui, j’aurai presque pu conclure comme ça, sauf que si c’est souvent vrai… c’est aussi souvent faux !
          La modération est une vertu qui doit aussi être pratiquée avec modération ;-)

          Je tends à me méfier des messages à la « de tout avec modération » qui trop souvent ne visent qu’a évacuer le questionnement, et poussent la complexité sous le tapis. Souvent ce n’est guère mieux que « le gras c’est caca » ou « le glucide te trucide« .

          La science de la nutrition est complexe, et des vérités opposées semblent pouvoir cohabiter dans d’apparents paradoxes, car le contexte et de nombreuses interactions ont un rôle énorme. Mais en terme d’alimentation concrète au fond c’est très simple : tant qu’on mange principalement des aliments proches de leur état naturel, le moins transformé possible, avec une bonne proportion de végétaux on peut difficilement se planter.

          Accessoirement, l’étude des 900 souris (entre autres) montre que celles qui vivent le plus longtemps sont celles qui suivent des diètes extrêmes (5% de protéines 75% de lipides ou 75% de glucides).

  5. je partage ton avis sur « l’exclusivité » du mode de nutrition. Cela me semble tellement contraignant, excluant socialement, cher aussi parfois et surement pas parfait pour la santé à long terme.

    Bref, on trouve facilement des excuses. Mais j’accepte vraiment que l’on ai des périodes de vie de ce type.
    Un peu comme le sport finalement où la passion / addiction peu vite rendre les choses exclusives.

    Du coup, il faut manger de tout ? :)

  6. Bon Renaud me pourchasse même quand je ne suis pas sur mon propre blog, un comble :-)

    Sauf ton respect tu te méprends un peu sur mon propos, qui est sans doute maladroit. Mais c’est bien, ça m’oblige à être plus précis. Je vais essayer d’être concis :

    – Oui j’ai un biais intellectuel qui me fait pencher vers la pertinence de l’approche paléo « en tant qu’une instanciation de la théorie de l’évolution », à laquelle je crois profondément. Il ne me semble pas qu’elle soit remise en cause dans la biologie actuellement, plutôt le contraire. Si c’est une explication réaliste pour la structure du cerveau, l’adaptation à la marche et à la course, pourquoi cela ne le serait pas pour l’alimentation ? Tu pourras y voir un biais typique des physiciens qui cherchent la théorie du grand tout, mais bon.

    – Il y a un paquet de littérature scientifique, notamment liée au diabète, qui a mis en exergue, peut-être à tort, les méfaits de l’excès de glucose (ami médecin, aide moi :-)). Ou peut être que j’ai lu trop de livres paléo. Et l’accroissement de la consommation de sucre et les problèmes que cela pose n’est pas un délire paléo, il y a même un rapport de Goldman Sachs qui en parle (j’ai fait un post dessus). Bon OK Goldman Sachs n’est pas un laboratoire de recherche scientifique. Mais le papier sur l’intérêt de la cétose et l’activation de gènes « de longévité », ça interpelle quand même par rapport au low carb quand même non ?

    – La fin de mon commentaire était au contraire en mode « OK je peux être victime de ma propre belle histoire ». Ce n’est pas parce qu’une construction intellectuelle est séduisante qu’elle est vraie (j’ai cru à la psychanalyse pendant un paquet d’années, trop, donc je sais qu’un truc peut paraitre super vrai un jour et une totale connerie 10 ans plus tard). Et je reconnais avec regret que je peux être sensible à l’aspect grégaire, communautaire, vérité cachée (le refus du « conventional wisdom » cher à Mark Sisson) … au point de me comporter comme un croyant intégriste, ce qui n’est pas ma tasse de thé par ailleurs. mea culpa.

    – Sinon nous sommes effectivement d’accord sur l’importance de la modération (pour le coup je pense que le pire mal est l’abondance), la variété (fractal, loi de puissance, sont des manières un peu plus pédantes de dire la même chose :-)) et d’injecter un peu d’aléatoire dans nos existences; sur le fait de manger des aliments naturels et pas trop transformés; et le fait que la moyenne en tout n’est pas forcément une bonne idée (mais je la comprends complètement dans une posture de médecin).

    Voili voulou. Merci à nfkb d’héberger nos échanges, et avec tout ça je n’ai plus le temps d’écrire mes propre posts :-)

    1. Désolé @nfkb, mais je vais encore en mettre une tartine… promis, à l’avenir je garde ma langue dans ma poche.

      Le truc avec la théorie de l’évolution c’est que ce n’est en aucun cas une explication de la structure du cerveau, ni une explication de notre aptitude à la marche/course, ni une explication de notre capacité à digérer (ou non) les viennoiseries. C’est une théorie qui explique d’une manière très générale comment du hasard couplé à un élagage sélectif produit ce qu’on appelle une évolution… c’est-à-dire une diversification et une spécialisation graduelles des caractéristiques d’une espèce allant dans le sens d’une meilleure adaptation à un environnement donné.

      La théorie de l’évolution c’est COMMENT ça s’est passé, et non POURQUOI ça s’est passé ni comment ça doit continuer à se passer.

      Ce n’est pas non plus une finalité bloquante. Peut-être que j’ai évolué « pour » la bipédie, mais je peux tout de même ramper, marcher à quatre pattes, etc. Peut-être que mon espèce n’a jamais subi de pression sélective spécifique à la consommation de fromage (mange ton calendos, ou c’est la fin de l’espèce !) ou de lentilles, mais on ne manque pas d’éléments pour voir que l’humain est généralement tout à fait adaptés à leur consommation.

      Et il se trouve, très très très anecdotiquement que l’évolution sélectionne des caractéristiques pour la survie et la reproduction. Si le fromage et les flageolets étaient tout ce qui nous restait, on péterait peut-être un peu plus, on ne vivrait peut-être pas aussi vieux… mais l’humanité s’en sortirait. On serait qualifiés pour ces aliments après ça ?

      On est adaptés ou non à des tas de choses pas toujours en fonction de l’évolution. L’homme préhistorique était suffisamment apte à digérer la viande pour en tirer bénéfice avant même d’évoluer un peu pour en tirer meilleur parti, mais on produit toujours notre propre cholestérol sans avoir en manger pour survivre (on ne produit toujours plus de vitamine C, par contre). 98% des évolutions que nous avons adoptées face aux aliments sont des évolutions culturelles et techniques, pas physiologiques ni morphologiques.

      Autre incompréhension générale : que l’adaptation soit assimilée à l’optimalité. Une adaptation est sélectionnée, car elle a favorisé la survie, pas parce qu’elle prédispose à un usage déterminé. Exemple : un SUV est une berline qui a évolué la capacité à rouler hors bitume… sans doute à une époque où il n’y avait plus de route pour rallier la prochaine pompe à essence… bref, c’est cool. MAIS, si tu emploies ton SUV exclusivement sur les pistes du Paris-Dakar, crois-moi, il vivra vachement moins longtemps que s’il ne quittes jamais l’A6.

      Le comble de l’incompréhension de la théorie de l’évolution c’est de citer le Ténia (Hymenolepis nana) comme preuve qu’on a évolué pour manger de la viande parce qu’il est parasite strict (exclusif) de l’homme. C’est un contresens : il s’agit d’une évolution opportuniste d’une espèce de vers, possible parce qu’on mangeait de la viande, mais indicative de la pression évolutive sur le Ténia, pas sur l’homme !

      On fait dire n’importe quoi à la théorie de l’évolution, parce que globalement elle est au fond très très mal comprise par le grand public.

      Alors après tout ça quand tu me parles « d’instanciation de la théorie de l’évolution », avec toute l’estime que j’ai pour toi, désolé mais je ne peux pas m’empêcher de soupirer tellement c’est vague et simplement porteur de vœux pieux sans explication ni justification réelle.

      Pour le reste, je ne te dis pas que le sucre (surtout en quantité) c’est bien. On est bien d’accord là dessus. Mais le sucre ce n’est pas les glucides en général. Et même si les glucides en général peuvent provoquer des problèmes en cas d’abus, c’est le cas d’à peu près tout. Je suis un convaincu de l’efficacité et de l’intérêt des diètes low carb, mais ça ne veut pas dire que je considère que les glucides sont mauvais… c’est la nuance que j’ai du mal à faire comprendre. Je n’ai vraiment rien contre cette approche. Mais je ne supporte pas que la plupart, pour en justifier la validité, racontent tout en n’importe quoi pour diaboliser les glucides : ce qu’ils disent est archi-faux, et ils sont donc soit idiots, soit malhonnêtes, ce qui me rend totalement méfiant à leur encontre.

      C’est comme le discours quantiquo-relativiste des partisans des soins énergétiques de type Reiki et similaire… il est tellement absurde dans sa tentative de sembler scientifique qu’il dissuade tout vrai scientifique de prendre au sérieux la possibilité qu’il puisse se passer quelque chose de réel et d’intéressant à étudier. Les partisans, vu du scientifique, ne peuvent être que des farfelus illuminés ou de malhonnêtes manipulateurs profitant de la crédulité des naïfs.

      On est exactement dans le même cas de figure. Voilà qui me chagrine profondément.

      Selon le contexte, la personne, et le choix des aliments, une diète low carb comme une high carb peut parfaitement fonctionner. Le gras saturé n’est pas un poison violent, le sucre non plus, le cholestérol non plus.

    2. Il y a un paquet de littérature scientifique, notamment liée au diabète, qui a mis en exergue, peut-être à tort, les méfaits de l’excès de glucose
      Que l’abus de A soit néfaste ne signifie pas que A soit mauvais en soi, voir la rubrique Alcool pour confirmation.
      Le sucrose (glucose+fructose) est techniquement plus incriminé que le glucose lui-même. Le diabète est une « intolérance » au glucose, mais n’est pas causé par le glucose. Bizarrement la surcharge de sucre pose problème en présence de trop de gras, et chaque bon locarbeur te dira que le gras n’a aucun effet néfaste… sauf en présence de trop de sucre. Les deux sont assez vrais. Je reviens pour le coup sur l’étude des 900 souris : les meilleures sont celles qui mangent 75% de gras ou 75% de sucre ! Mais dans le même temps notre organisme (qui n’est pas que con) se démerde vachement bien avec des mélanges des deux, tant qu’on ne s’installe pas durablement dans l’hypercalorique.

      Et l’accroissement de la consommation de sucre et les problèmes que cela pose n’est pas un délire paléo, il y a même un rapport de Goldman Sachs qui en parle (j’ai fait un post dessus).
      Oui, ben je ne vais pas te lister tous les rapports qui ont pointé l’abus de gras avant ça, avec autant de (dé)raison si tu veux mon avis ! L’abus nuit, voilà qui est certain. La chasse au bouc émissaire n’aide pas vraiment à y voir clair.

      Mais le papier sur l’intérêt de la cétose et l’activation de gènes « de longévité », ça interpelle quand même par rapport au low carb quand même non ?
      C’est une des nombreuses raisons pour lesquelles je considère le low carb et même le VLC, le cétogénique, comme des pratiques prometteuses… virant nettement sur le biohack pour VLC/céto, mais intéressantes. Tellement que j’ai pratiqué ça plusieurs mois. Je ne sais pas si un jour ça va va percuter que je ne suis pas contre ces trucs là, mais contre l’idée que pour leur reconnaître un intérêt il faut accepter tout le reste comme pratique satanique.

      1. Il y a un paquet de littérature scientifique, notamment liée au diabète, qui a mis en exergue, peut-être à tort, les méfaits de l’excès de glucose

        Le diabète a une physiopathologie complexe. Un argument indirect de ça est qu’un intervention chirurgicale modifiant le circuit digestif a des implications (neuro-humorales et morphologique) telles que le diabète peut diminuer rapidement. C’est un phénomène tout à fait curieux.

        Que l’abus de A soit néfaste ne signifie pas que A soit mauvais en soi, voir la rubrique Alcool pour confirmation.

        il me semble que les données sont assez ambivalentes pour l’alcool non ? soi disant intéressant pour les pathologies cardio-vasculaires on constate quand même que la prise d’alcool augmente la pression artérielle… et quid du risque néoplasique

        Et l’accroissement de la consommation de sucre et les problèmes que cela pose n’est pas un délire paléo, il y a même un rapport de Goldman Sachs qui en parle (j’ai fait un post dessus).
        Oui, ben je ne vais pas te lister tous les rapports qui ont pointé l’abus de gras avant ça, avec autant de (dé)raison si tu veux mon avis ! L’abus nuit, voilà qui est certain. La chasse au bouc émissaire n’aide pas vraiment à y voir clair.

        http://imgs.xkcd.com/comics/correlation.png

        Mais le papier sur l’intérêt de la cétose et l’activation de gènes « de longévité », ça interpelle quand même par rapport au low carb quand même non ?
        C’est une des nombreuses raisons pour lesquelles je considère le low carb et même le VLC, le cétogénique, comme des pratiques prometteuses… virant nettement sur le biohack pour VLC/céto, mais intéressantes. Tellement que j’ai pratiqué ça plusieurs mois. Je ne sais pas si un jour ça va va percuter que je ne suis pas contre ces trucs là, mais contre l’idée que pour leur reconnaître un intérêt il faut accepter tout le reste comme pratique satanique.

        Le terme de biohack est terriblement ambivalent à mes yeux. A la fois super sexy et complètement débile. Dans la même série on a fantasmé sur le resvératrol et d’autres composés… pour vendre des compléments/des bouquins.
        Quand on voit ce que font les illuminés des fora sur la longévité c’est juste complètement dingue… moi j’ai vraiment envie d’échapper à cette recherche de longévité pour essayer de donner de la vie aux années et pas juste des années à la vie ;-)

        1. Pour l’alcool les données sur la longévité ou sur des end point « durs » de santé cardiovasculaire sont globalement unanimes et positifs. A petite dose. Il y a pas mal de choses dont l’effet jugé sud les « proxy » comme la tension ou le taux de cholestérol est contradictoire avec l’effet observé sur la longévité ou l’incidence d’une pathologie. Je trouve cela fascinant, d’ailleurs.

          Pour le terme de biohack, c’est aussi pour marquer une certaine ambivalence que je l’utilise. Dans le cas de la diète cétogénique on sait qu’historiquement « personne » n’a jamais vécu ainsi, au aucun peuple ni même (je crois) aucune espèce animale. On sait aussi que ce n’est pas « naturel » parce qu’il est difficile d’atteindre cet état et d’y rester constamment : l’organisme semble s’évertuer à nous en sortir. Pas mal d’arguments « médicaux » militent pour suggérer d’éviter la chose… mais pourtant de nombreux autres éléments pointent vers la possibilité que ce soit un mode de vie sain et même plein de bénéfices, si pratiqué correctement (et pas seulement pour un épileptique). Voir le blog de Peter pour un aperçu « couillu » de l’approche, ou les livres de Phinney/Volek, ou Pubmed ;-)

          1. Bien possible… pas trop creusé la chose, ne buvant moi même que rarement. De mémoire la consommation de 2 verres de vin par jour n’élevait pas significativement le risque de cancer, mais mes lectures là dessus remontent à très loin.
            Je suis preneur de références récentes et fiables si tu as ça sous le coude.

          2. J’en étais resté aux recommandations de l’INCa, ça vaut ce que ça vaut… (on a peur des experts de nos jours ;) )

            Un rapide PubMed donne des résultats hétérogènes. Mais pour le tube digestif il semble que mêmes les faibles doses puissent être liées à des petits effets.

            Tout ça ne m’empêchera pas de boire du vin et de la bière de temps en temps !

    3. Je précise aussi que l’abus de sucre (tout comme de gras, et particulièrement ensemble) pose problème principalement car :
      1 / il déplace de la diète des aliments nutritifs dont on a grand besoin
      2 / il conduit à un excès insidieux de consommation calorique

      Ce n’est pas parce que le sucre est toxique en lui-même. Et ce n’est pas parce que le gras est toxique en lui-même.

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