L’allergie à l’iode

Un jeudi, l’interne de chirurgie me passe un coup de fil en fin d’après-midi :

 » – salut, on a une patiente qui est allergique à l’iode, qu’est-ce qu’on doit faire pour lui programmer un scanner rapidement

– euh ben (et là je me sens un peu con) j’sais pas trop, je ne m’occupe jamais de ça, vois avec les radiologues ils doivent avoir un protocole tout fait… »

Je me suis senti bête de ne pas connaitre une question si fréquente. Et puis ça m’est retombé sur le nez comme par magie le lundi d’après :

« – tiens Biloute, y’a une radiologue qui appelle pour une malade allergique, elle veut qu’il y ait un anesthésiste en bas pour l’injecter

– oO »

Là, devant l’impossibilité de détacher quelqu’un et surtout l’absence d’intelligence dans la gestion de cette histoire je me suis dit que je devais vraiment progresser dans le domaine. On a annulé le scanner, j’ai appelé cette patiente que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, et j’ai essayé de comprendre comment on devait procéder… Je vous passe les détails, voici ce que je retiens de mon aventure dans le monde fabuleux de l’allergie à l’iode.

Living-in-fear

  • Il n’y a pas d’hypersensibilité à la molécule d’iode.
  • Il existe des hypersensibilités à la povidone iodée (Bétadine). (Je rappelle aussi au passage que la povidone iodée alcoolique peut irriter la peau si elle est mal nettoyée…)
  • Les allergies aux crustacés sont associées à une protéine musculaire (tropomyosine)
  • Les allergie aux poissons sont associées à d’autres protéines musculaires (famille des parvalbumines)
  • je vous passe le chapitre sur les pathologies thyroïdiennes ou les néphropathies…

Ça c’est fait !

  • Les hypersensibilités (HS) aux produits de contrastes iodés (PCI) sont polymorphes
    • Les réactions immédiates (<1 heure) peuvent être banales (érythème) ou graves (choc anaphylactique)
    • Les réactions retardées (> 1 heure) couvrent aussi un spectre très large de manifestations (érythème,  angioedème, etc.).
  • Le timing de survenue ne permet pas de classer les manifestations entre hypersensibilité allergique et hypersensibilité non allergique : une réaction immédiate peut-être une HS allergique ou une HS non-allergique, une réaction retardée peut-être une HS allergique ou une HS non-allergique
  • L’hypersensibilité allergique grave à un PCI se prouve en faisant une visite chez l’allergologue avec un test cutané positif (et il sera bien aidé si vous avez des tests biologiques positifs -histamine-tryptase- faits au décours de l’accident)
  • L’hypersensiblité non allergique à un PCI (aka histamino-libération non spécifique) est fréquente.
  • L’hypersensibilité allergique est plus rare que l’hypersensibilité non allergique.
  • En cas d’hypersensibilité non allergique, la prémédication par un antihistaminique anti-H1 avant l’injection (48-72 h) et l’utilisation d’un produit de contraste à faible osmolarité (comme l’iodixanol -VISIPAQUE- mais attention la qualité des images qui peut être altérée) semble être une bonne stratégie
  • En cas d’hypersensibilité allergique, la prémédication n’a pas fait ses preuves. Il faut utiliser un autre PCI que celui qui a provoqué l’allergie (pas bête hein ?) d’où l’intérêt de la consultation d’allergologie pour tester d’autres PCIs.
  • Il n’y a pas d’allergie croisée rapportée entre les différents PCI

Conclusion

Il faut écouter le patient. S’il me dit qu’il est allergique ou qu’il a fait un truc je le crois. Je me permets juste de le rattraper sur le vocabulaire en essayant d’enrayer l’idée de l’allergie à l’iode (si si tous ensemble on va y arriver). Il faut alors batailler pour récupérer le compte-rendu qui indiquera le produit injecté.

S’il y a une notion de manifestations après une injection de PCI et que mon patient doit avoir une nouvelle injection de PCI je pense qu’il faut arbitrer les choses en fonction de l’urgence :

  • urgence absolue : technique alternative (rare mais pourquoi pas), injection en présence de personnel compétent en réa avec un produit de contraste faiblement osmolaire
  • urgence relative : technique alternative possible ? et décision au cas par cas. Le fait de savoir que les manifestations tardives sont statistiquement plutôt liées à des hypersensibilités non allergiques peut aider à la décision (mais ça ne doit pas être un raccourci pour injecter dans toutes les situations…)
  • pas urgent : consultation d’allergologie et pis c’est tout na! même si l’incidence des allergies vraies est faible pourquoi faire ce pari sur la tête du patient pour juste gagner du temps ?
1.
Kim, M.-H. et al. Anaphylaxis to iodinated contrast media: clinical characteristics related with development of anaphylactic shock. PLoS ONE 9, e100154 (2014).
1.
Dewachter, P., Mouton-Faivre, C., Laroche, D. & Clément, O. [Immediate allergy to iodinated contrast agents and prevention of reactions]. Rev Med Interne 30, 872–881 (2009).
1.
Dewachter, P., Tréchot, P. & Mouton-Faivre, C. ["Iodine allergy": point of view]. Ann Fr Anesth Reanim 24, 40–52 (2005).
1.
Kolbe, A. B. et al. Premedication of patients for prior urticarial reaction to iodinated contrast medium. Abdom Imaging 39, 432–437 (2014).
1.
Contrast Medium Reactions. (2014).
1.
Dewachter, P., Mouton-Faivre, C., Laroche, D. & Clément, O. Allergie immédiate aux produits de contraste iodés et prévention des réactions. La Revue de Médecine Interne 30, 872–881 (2009). Download

 

P.S. merci à mon pote radiologue et à Philippe Auriol, médecin allergologue (Twitter / Webmaster d’allergique.org) pour les discussions sur le sujet

15 réflexions sur « L’allergie à l’iode »

  1. Et oui des années que je me bats (suite a un choc anaphilactique sur PCI) pour dire que c’est pas l’iode mais le PCI le hic est quand il a pas été noté quel pci avait été utilisé lors du choc anaphilactique…. Du coup a chaque scan injecté j’ai le droit au bolus de polaramine +/- solumédrol

    1. Le produit de contraste doit être noté sur le compte-rendu de l’examen (mais il n’y a peut être pas eu de compte rendu à cause du choc…)

      Mais pourquoi ne pas faire de tests cutanés et une consultation allergo pour savoir quel PCI est utilisable ou pas ???

  2. Merci, c’est sympa et clair ce post ! Et puis ça fait plaisir de voir que je suis pas la seule AR à patauger sur ce sujet… plus d’excuses !

  3. Note sympa sur un sujet pouvant empoisonner le quotidien ! la balle est malheureusement dans le camp radio 1 précision sur la sèmèio 2 produit utlisé dose…

  4. merci Remy de ce post limpide et clair. On pourrait faire les mêmes remarques pour le Latex. Entre les hypersensibilités cutanées dues le plus souvent au traitement industriel du latex : la vulcanisation (fréquentes) et l’allergie aux protéines du Latex vecteur de choc anaphylactique (rare), que de palabres et de discussion dans les blocs opératoires (« premier tour », « mais non simplement chirurgie sans latex, point »). Amitiés

      1. Donc ne pas injecter un PCI a tout patient ayant eu une reaction etiquetée « allergie a l’iode » est une erreur alors?
        Si reaction -> cs allergo pr tester les PCI et la -> scanner injecte possible ?
        Cest bien ça. Je prefere etre sure davoir compris
        Parce que ça change 1 monde la!

        1. Bonjour,

          si la Médecine pouvait être si simple…

          Ce que je dis c’est qu’il faut bien comprendre comment cette étiquette est tombée sur le dos du patient, ensuite lutter contre cette expression. Enfin, il faut jauger le degré d’urgence et le rapport bénéfice/risque.

          Dans un monde idéal, il est de bon ton d’avoir un avis allergo si les examens qui nécessite une injection de PCI ne sont pas urgents.

          1. Merci pour ces precisions. J’avais bien compris alors.
            Je m’étais un peu laissée emporter par mon enthousiasme en posant ma question mais j’avais saisi l’essentiel.
            On est souvent ennuyé par cette étiquette dans le dossier, sans que le patient ne sache plus trop parfois pourquoi on le dit allergique à l’iode..
            Je me souviens m’etre posé ces questions mais contrairement à toi, je n’ai pas cherché.
            Merci pour toutes ces infos.

          2. Je viens de voir qu’il y a un article là dessus dans la revue du praticien de médecine générale. Le numero de janvier 2015.
            Si ça interesse quelqu’un:)

  5. bonjour il y a 4 ans l ors d une coronographie on m a injecter un produit de contraste apres 15 minutes heureusement l examen terminé j était remplis de plaques rouge sur tout le corp ma gorge enflai et j avais du mal a respirer le medecin qui me parlais a ce moment comme c est un confrere mon fils a commencer a hausser le ton envers l equipe medicale attention il fait une reaction et ils m on injecter de suite une super dose genre pulmicord ou je ne sait quoi mais j ai eu quand meme peur par la suite le medecin m a dit de bien preciser si je devait me faire hospitaliser un jour de bien relater l incident donc fini les produits de contraste en plus il y a quelques jours je bois du jus de citron en sirop mange 3 tartines salade de thon j ai les meme reactions mais en moins fortalors c est quoi au juste merci de vos reponses

    1. Bonjour,

      Vous avez probablement fait une réaction au produit de contraste de la coronarographie. Il faut éviter d’utiliser ce produit mais il existe plusieurs produits de contraste différents, ainsi il existe des alternatives si vous avez besoin d’un nouvel examen avec produit de contraste. Il serait très utile que vous regardiez sur le compte-rendu de la coronarographie quel produit a été utilisé.
      par ailleurs, Internet n’est pas le lieu de l’évaluation et de la discussion médicale avancée sur des cas précis. Je n’irai donc pas plus loin dans la discussion.
      Je ne peux que vous inviter à en causer avec votre médecin traitant.
      Bonne journée

  6. Je suis aussi très allergique aux pci je fais des œdème de Quint , gorge qui gonfle impossible de respirer démangeaison urticaire choc anaphatique même préparer avé polaramine et solumedrol injecter pendant 1 semaine

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