My 2 cents sur l’affaire de la fresque

Depuis ce week-end, je suis l’affaire de la fresque de l’internat de Clermont-Ferrand.  En quelques mots, il s’agit d’un dessin peint sur un mur de l’internat de l’hôpital de Clermont-Ferrand. L’internat est le lieu de vie des internes, là où ils dorment, mangent et vivent lorsqu’ils ne sont pas affairés dans les services. Le dessin représente une partouze de super-héros. Il a été dessiné il y a quinze ans à l’occasion d’une grève. La légende du dessin semblait assimiler les super-héros aux internes de l’époque, symbolisant peut-être une sorte d’agape après la bataille… La fresque est clairement explicite (dans son acception très anglo-saxonne)

Pour une fois, je vais sortir (un peu) de l’image bien lisse (construite) dans ce monde virtuel pour donner mon avis.

Tout d’abord, je dois bien dire que j’ai eu une vie estudiantine assez colorée. J’ai adhéré au concept du folklore carabin, j’ai été président de ma corpo et j’ai porté une faluche aka chapeau à pin’s. Je me suis bien marré et je me suis fait des amis pour la vie, des vrais, sensibles et intelligents avec qui il est bon de refaire le monde… (et je n’ai pas été torturé et je n’ai torturé personne…)

Et puis, j’ai eu envie de bosser, de passer à autre chose, la médecine devenait de plus en plus passionnante et j’adorais lire encore et encore sur la physiologie, la physiopath’ la séméio, etc. J’étais un pilier bistrot dans un costume de pimpin, ou l’inverse.

Aujourd’hui, j’essaye de soigner des patients du mieux que je peux (et chaque jour qui passe, je trouve la médecine de plus en plus compliquée, mais ça, ça doit être lié à mon terrain anxieux qui ne s’arrange pas avec les années.)

Voilà le tableau.

Et cette semaine, j’ai l’impression que ces facettes de ma personnalité se réflètent les unes dans les autres. Cette histoire de fresque déboule dans les médias et très lourdement sur mon mur Facebook (que je fréquente peu, mais là c’était immanquable). Here are my 2 cents :

  1. Je trouve globalement cette histoire globalement exagérée. Dans ma vie, j’ai appris à me méfier des discours qui jouent sur les grands principes. Oui aux valeurs et aux actes qui les traduisent, attention au bla-bla qui masque la réalité.
  2. Je pense qu’il existe tout un spectre de sensibilités et de comportement du machiste décérébré à la féministe ultra-stigmatisée. Et entre deux il y a une infinités de façon de voir et de vivre le monde. On peut être un pimpin faluché et pas tortionnaire de bizuth, on peut être une femme et déplorer la destruction de la fresque, on peut être médecin et être choqué par cette fresque. La mise dans des boîtes et des catégories est un piège classique. Evitons le manichéisme systématique !
  3. Je constate aussi qu’il y a dans l’univers médical une sorte de paternalisme et de hiérarchie condescendante dont on ferait mieux de se défaire. Je pense donc que nous avons du chemin à faire pour se débarrasser des reliquats du mandarinat et des tours de passe-passe manipulateurs. Il y a donc une partie de moi qui est sensible au discours de Martin Winckler sur le blog « Ecoles des soignants ». Je trouve ainsi complètement bête l’argument d’un pop-art cathartique face à la mort.
  4. Par contre, je trouve tout aussi inquiétant cette censure imposée par l’appareil d’état face à un dessin. Tout le monde fait le rapprochement avec l’affaire Charlie Hebdo ! La Ministre de la Santé aurait mieux fait de passer au dessus de ce dessin et se concentrer sur des dossiers plus importants. Lorsqu’on a une personnalité publique, on est exposé, si l’on accepte pas ça faut faire autre chose ! Pour moi, tout ça est à rapprocher d’une sorte de nouvelle religion du tout lisse, du tout laïc, du tout le monde pareil. C’est con. Je pense que la tolérance c’est accepter les autres comme ils sont. Point barre. Après la loi et la justice fixent les règles du jeu (et rien n’interdit d’avoir un peu de morale et d’éthique non plus hein). Faire du néo-Robespierre cheap, c’est nul.

En guise de conclusion pompeuse, je dirais qu’il faut savoir se défocaliser de problèmes qui n’en sont pas pour développer un état d’esprit plus large percevant mieux les nuances (et les pièges…).

 

 

Voici une liste de liens intéressants sur le sujet :

Sur le blog Ecole des Soignants, la position de MartinWinckler. Lisez bien les commentaires aussi.

Sur le mur Facebook d’un Clermontois (?)

Sur le site web Vice.com !

Michel Cymès à la radio

L’article de Libération

La page officielle (Facebook !) du CHU de Clermont-Ferrand

Une neurologue triste de perdre la fresque

L’ISNI, acrobatique entre et

5 réflexions sur « My 2 cents sur l’affaire de la fresque »

  1. Au début, j’ai RT cette fresque parce qu’il y avait les bulles, et que ces bulles me mettaient clairement mal à l’aise.
    Je déplore le foin qui est fait aujourd’hui autour de cette seule fresque et pense aussi ce que tu as écrit.
    Je crois que ça permet de ne pas parler de la grève qui continue, de montrer les médecins sous un mauvais angle et de noyer le poisson.

  2. Je découvre ça alors j’ajoute ma pierre à l’édifice conceptuel.
    C’est du grand n’importe quoi de politically correct, sans doute le même qui veut « ne pas faire d’amalgame » dans l’affaire Charlie Hebdo mais là c’est le contraire : c’est du super amalgame ! Ca doit bien faire marrer les intégristes, qui pourront s’en régaler ensuite, comme ils le font à propos de Dieudonné : « si le gouvernement français censure une image de gang bang dans un lieu privé, pourquoi nous on ne pourrait pas censurer les images du prophète dans un journal ? »
    C’est donc totalement incohérent. Oui c’est une image de gang bang (pas de viol, attention aux amalgames :-)) sauce pop art : Jeff Koons fait la même chose, c’est dans des musées et ça coute une fortune. On ne parlera pas de Paul Mac Carthy et des ses godes géants qui pour le coup sont de l’art exposé en place publique. Personnellement je ne mettrais pas ça dans mon salon, mais si les habitants de ce lieu de vie privée trouvent ça OK, pourquoi le gouvernement s’en mêle ? Sans doute pour noyer le poisson et faire se focaliser le petit peuple sur des sujets sur lesquels on peut facilement avoir une opinion tranchée. En tous cas, dans le contexte actuel, c’est dommage et très con. La liberté d’expression est décidément un art difficile.
    La sexualité reste un domaine où l’hypocrisie règne. N’importe quel môme de 11 ans peut aller sur Internet et voir des scènes de gang bang avec des vraies personnes (même pas des acteurs puisque le reality show existe aussi dans la pornographie, ça coute moins cher). Les habitants des pays musulmans qui sont les apôtres du nikab envoient des menaces de mort aux actrices porno qui tournent des scènes avec voile mais sont les premiers consommateurs de ce type de films. Et cette image est tellement « stylisée » qu’elle est « allégorique » dans le sens où personnellement je ne me vois pas participer à ce type de jeux sexuels, je n’en ai pas envie et m’en porte très bien, et elle me m’y incite en aucune manière.
    L’espèce humaine est décidément étrange et pas très rationnelle …

  3. Cette fresque est aux carabins ce que le « mur des cons » est aux magistrats.
    Pour les juges, l’affaire se poursuit. La présidente du syndicat de la magistrature n’a pas pu faire admettre le caractère privé de « l’œuvre ». (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/10/08/97001-20141008FILWWW00241-info-le-figaro-mur-des-cons-la-presidente-du-syndicat-de-la-magistrature-deboutee.php)
    L’avantage pour la fresque est qu’elle daterait de quelques années et donc la ministre ne pourrait pas s’en prévaloir comme preuve de sa diffamation. Il faudrait y regarder de plus prêt tout de même.

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