Le concept de dégénérescence

Après ma lecture du livre de Steven Laureys, je me suis remotivé pour lire un peu de neuro. J’ai notamment essayé de comprendre un peu mieux comment fonctionnent les drogues d’anesthésie. N’attendez rien de moi, je n’ai rien compris.

Par contre, de digression en digression, je suis arrivé à des lectures sur le concept de dégénérescence développé par Gerald Edelman.

La dégénérescence dans cette nouvelle acception c’est le fait que des structures différentes ont la même fonction. L’exemple le plus connu c’est le code génétique. Des codons différents codent pour le même acide aminé. Il existe 64 possibilités de codons pour 20 acides aminés à coder et quelques codons “spéciaux”. Par exemple la phénylalanine est codée par UUU ou UUC.

Le vivant a donc plusieurs outils pour aboutir au même résultat. On pourrait faire un parallèle avec la redondance mais Edelman insiste bien sur le fait que la redondance n’est pas la même chose, ce sont des structures identiques pour une même fonction. Avoir plusieurs sondes Pitot sur un avion est une redondance ; avoir plusieurs structures de mesure de la pression dynamique, ça c’est de la dégénérescence.

Edelman travaille sur une question fondamentale depuis des années : “comment avec un système fini (notre cerveau) peut-on s’adapter à une infinité de situations ?” Le vivant semble ainsi construit avec une certaine souplesse pour une meilleure adaptabilité. Plutôt que d’avoir un câblage fragile, univoque, dont le plan serait invariable, le vivant résulterait plutôt d’une part de hasard, d’imprécision. Finalement, l’organisation serait moins fragile et beaucoup plus complexe à appréhender. La dégénérescence résulterait de l’évolution mais elle serait aussi un mécanisme évolutif. Vertigineux non ?

Pour moi, tout ceci nous pousse à remettre une dose d’humilité dans notre compréhension du vivant. La recherche fondamentale décrypte la biologie avec une approche assez mécaniste : on traque une structure, on lui attribue une fonction et on essaye de modifier la structure ou la fonction et d’en mesurer les conséquences pour les cerner. Mais si il y a de la dégénérescence, un autre système prend le relais et la recherche se corse. J’avais un enseignant de néphro qui nous disait : “laissez faire le rein, il est plus malin que nous”. En Médecine, nous essayons de bricoler le vivant, je pense que nous le faisons avec la bonne intention (répondre à une plainte d’un patient) dans l’écrasante majorité des cas mais ce concept de dégénérescence nous remet à notre place non ?

Bonne semaine à tous

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P.S. pour ceux que ça intéresse, je conseille la lecture de cet article https://www.unamur.be/sciences/philosoc/revueqs/textes-en-ligne/NLaurent_RQS_2004_175_4.pdf

EDIT, un bon article à lire sur un sujet connexe : http://nautil.us/issue/20/creativity/the-strange-inevitability-of-evolution

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