La neutralité #winckler

Cette semaine, j’ai assisté à un conférence de Martin Winckler dans un amphi de « la faculté catholique de médecine de Lille » (amusant non ?). Le thème était celui du choix du patient, comment présenter nos options thérapeutiques pour que le patient fasse son propre choix.

Complètement synchro avec les derniers billets de Jaddo et la Perruche Automnale qui m’ont touché.

J’étais un peu inquiet quant au fait que la conférence soit un peu plan-plan comme c’est trop souvent le cas lorsqu’un Grand Comité d’Ethique organise quelque chose (et je n’ai d’ailleurs strictement rien compris aux trois phrases d’introduction du comité invitant). Heureusement, le discours de Martin Winckler était facile à comprendre, pratique, et les choses se sont encore améliorées lorsque le jeu des questions/réponses a démarré.

Pardonnez moi de rester analytique avec un tel sujet mais pour ma pratique je retiens quelques grandes idées qui vont changer mon attitude :

  • plus de neutralité, je dois mettre mes valeurs de côté
  • lorsque le patient me dit qu’il ne sait pas ce qu’il veut, je dois surtout chercher à savoir ce qu’il ne veut pas ! (< le truc le plus malin que j’ai appris)
  • apprendre à décrypter les demandes sous-jacentes lorsqu’une demande nous surprend
  • laisser tomber les injonctions, les « il faut que », probablement préférer des phrases du style « j’aimerais que vous réfléchissiez au rôle du tabac dans votre état de santé »
  • cibler ma réponse sur la demande du patient, ne pas chercher à régler un autre problème qui me saute aux yeux, surtout si j’en profite pour étaler ma science
  • nos pratiques sont super variables et c’est sûr que certaines spécialités (comme la mienne !) laissent moins de place que d’autres au choix du patient (une AG c’est une AG quoi !)

10 réflexions sur « La neutralité #winckler »

  1. Je vois une injonction paradoxale à « apprendre à décrypter les demandes sous-jacentes lorsqu’une demande nous surprend »
    et
    « cibler ma réponse sur la demande du patient, ne pas chercher à régler un autre problème qui me saute aux yeux, surtout si j’en profite pour étaler ma science »
    Ensuite il faut parfois régler le problème qui n’est pas dans la demande directe pour traiter la demande du patient. Je trouve qu’il est difficile de s’arrêter à une dimension du patient, le symptome, j’aime bien le diagnostic.

    1. oui, bon, j’ai moi même tiqué en écrivant ces phrases côte à côte…

      Disons qu’il y a deux choses :
      – D’abord si on vient me voir pour une consultation d’anesthésie, on attend probablement de moi que j’explique le déroulement des choses et que je les rassure vis à vis de ce truc mystérieux. Pas que je leur raconte qu’ils sont trop gros ou de vilains fumeurs (ou un autre truc plus technique de bidouillage de médocs)
      – Ensuite, si je suis en salle et qu’on me dit « j’en ai ras le bol, je vais sortir contre-avis médical » il y a probablement un truc à creuser plutôt que de dire juste « Ok, au revoir » ou de se braquer.

      On a eu là dessus une discussion intéressante avec un collègue ORL qui rapportait des exemples où des symptômes un peu flous comme vertige/acouphène/obstruction nasale peuvent être des traductions psycho-somatiques…

      Après je ne sais pas comment trouver l’équilibre entre être effectivement très focalisé sur la plainte du patient et savoir faire tout notre cheminement médical pour essayer de régler le problème même si on doit faire de grands détours. Je comprends cet amour du diagnostic. Mais moi je suis dans un métier où ma fenêtre de temps passé avec le patient est courte, je dois souvent répondre du tac au tac avec des solutions symptomatiques. Ca ne me satisfait pas toujours mais ça c’est un problème perso…

  2. Moi aussi on me demande des réponses simples à des questions complexes au téléphone. Tu en aura un petit échantillon tout à l’heure.
    Je suis bien d’accord sur le fait que parfois se borner au discours sans chercher d’infra texte dans une discussion technique est bien.
    Je suis quand même surpris de l’injonction paradoxale et j’aimerai avoir une explication.

    1. Martin Winckler avait des exemples personnels plus clairs.
      Un petit exemple ce matin pour illustrer peut-être différemment :
      une patiente semblait très angoissée à l’idée d’être perfusée. Elle a des veines correctes.

      D’habitude, j’aurais juste dit Ok et fait un peu d’équivalent d’Entonox.

      Là j’ai demandé ce qui l’embêtait avec les perfs, elle m’a dit que la dernière fois qu’elle a eu une perf, elle a fait un oedème de Quincke, situation plutôt angoissante n’est-ce pas.
      Bon, et bien ça m’a permis (j’espère) de mieux la rassurer.
      (et puis j’ai même carrément fait l’induction au masque comme pour les enfants, mieux conscient que la perf l’embetait vraiment beaucoup et sachant que l’Entonox n’est pas toujours suffisant)

  3. Moi j’aime bien ta phrase « lorsque le patient ne sait pas ce qu’il veut, je dois chercher ce qu’il ne veut pas ». En effet très malin comme mode de réflexion!
    Exemple un peu basique et bête, mais quand je vois un patient pour une intervention du membre inférieur et que je lui propose AG ou Rachi et qu’il me dit « je ne sais pas, dites moi ce qui est le mieux » je suis toujours un peu gêné (en excluant les situations ou l’une ou l’autre des 2 techniques est indiquée/contre-indiquée pour des raisons médicales ».
    Je ne veux pas les influencer dans leur choix (pour éviter d’être paternaliste et que si la rachi se passe mal, je vais m’en vouloir de les avoir poussé vers cette technique). Alors comment faire?

  4.  » nos options thérapeutiques pour que le patient fasse son propre choix. » Notre confrère, le Dr.Winckler, a une vision très « self-service » de la profession.
    Personnellement, je ne partage pas cette vision car il ne s’agit pas d’avoir une vision commerciale mais médicale. Il est vrai que cette approche commerciale, est particulièrement présente en médecine générale, objectivée par tous les excès connus depuis le conventionnement, il y a 40 ans (excès de prescriptions, d’arrêts de travail, faux certificats,…).
    J’ai le sentiment que la fonction d’un médecin, n’est pas de « faire plaisir au patient » mais de faire ce qu’il doit. Et cela peut parfois générer des divergences.

    1. oui mais ce que nous pensons être le bon choix n’est peut être pas celui que le patient estime être le bon choix pour lui

      Il y a des situations où il est difficile de transiger, néanmoins pour pleins de choses, et notamment pour la contraception sa façon de juste présenter les avantages et les inconvénients et de laisser les patient(e)s choisir me parait bien. De même, pour l’anesthésie, lorsque j’ai l’impression que c’est kif kif de faire AG ou ALR j’explique les deux de la façon la plus neutre possible et le patient me dit ce qu’il préfère lui.

  5. Le problème principal que je rencontre dans ma pratique, c’est que souvent les patients « veulent » quelque chose dont je suis convaincu qu’il est impossible de le leur donner, genre un comprimé pour faire disparaître 20 ans d’excès en tout genre, ou bien « n’importe quel médicament pourvu que je sois guéri demain ». Et je ne sais pas s’il s’agit d’une évolution de la société ou seulement de mon propre vieillissement personnel, mais j’ai l’impression que ça ne va pas en s’arrangeant avec le temps. Du coup, les médecins qui reprennent le discours des laboratoires pharmaceutiques ont plus de chance d’être entendus (genre « oui oui, vous allez prendre ce médicament, et vous ne ferez plus jamais d’embolie pulmonaire, et vous n’avez même pas besoin de faire une prise de sang »)

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