Pensées magiques, fantasmes et réalité métabolique

Courir un nouveau marathon et papoter avec les copains, avec Paleophil, me redonne envie d’écrire un peu. Nous sommes tous pétris d’ambivalences, et moi-même je suis à la fois bon client du storytelling et j’aime tout autant débusquer le bullshit. (Remarquez que les anglais sont bons pour résumer ces concepts avec deux mots 😉 )

Ainsi, je trouve que toutes les histoires sur les cétones, le régimes low-carb et cie relèvent complètement de la pensée magique et j’ai un peu envie de répondre aux commentaires du billet de Paleophil sur ses explorations physiologiques.

D’après ce que je comprends, le sucre est diabolisé par les lowcarbers. Il devient l’ennemi numéro un car il est responsable de toutes les maladies de la civilisation occidentale : démence, diabète et cancer.

3 - Evil HFCS Empire

Je constate souvent que les adeptes de ce type de régime ne sont souvent pas malades, ils cherchent juste à biohacker leur métabolisme pour avoir un rendement optimal de leur corps. Moi, j’ai juste envie de leur dire que s’ils ne sont pas malades, leur corps fonctionne déjà de manière optimale !

Illustration marketing un peu capillotractée. Vive Google Image
Illustration marketing un peu capillotractée. Vive Google Image

Ensuite, certains prônent des régimes pauvres en glucides pour être plus performant dans les sports d’endurance et d’ultra-endurance. Leur crédo : les sucres ne peuvent nous aider que pour des efforts de courte durée (2h30 ?), il faut donc apprendre à s’en passer et développer des stratégies pour devenir des fat burning machines libérées du glucose. Ok. Et bien moi, sans même rentrer dans le métabolisme pointu, je trouve ça con. Explications. Nous faisons majoritairement des courses avec des ravitaillements et ou avec un sac à dos dans lequel on met ce qu’on veut. On peut donc emmener plein d’énergie en plus. Pourquoi s’en passer ? Les lowcarbers font des efforts incroyables au quotidien pour se priver de sucres et sur une course on ne pourrait pas faire l’effort de porter 3 gels à 30 g ? L’hypoglycémie pendant l’effort n’en est quasiment jamais une vraie au sens médical du terme, on ressent grâce à des systèmes complexes (autour de la leptine par exemple) une crise énergétique et notre gouverneur central nous impose de ralentir fortement le temps de mettre en place des contre-mesures. J’ai moi-même ressenti plusieurs fois ce genre d’écueils en trail. Et bien j’ai ralenti, j’ai marché, j’ai mangé et c’est reparti ! Et sinon, ils sont où les champions qui se dopent au low-carb ? Y’en a-t-il plus que cinq dans le monde ?

En plus, les adeptes des diètes cétogéniques doivent complètement déséquilibrer leur alimentation autour du gras et des protéines pour apporter l’énergie nécessaire.

Les protéines ne sont pas classiquement perçues comme une source d’énergie par l’organisme, c’est plutôt des briques pour se réparer ou grandir. Ainsi, je m’interroge beaucoup sur les conséquences sanitaires des régimes riches en protéines (cf le billet de Renaud) avec pour corollaire une interrogation chronique sur les conséquences à long terme de la prise de whey avec du lait avant ou après les entraînements intenses. Je ne suis pas un très grand consommateurs de laitages, juste un peu pour le plaisir (cf repas d’une semaine où je m’applique), mais il est clair qu’avec l’arrivée de la whey dans ma stratégie d’adaptation post-entrainement (je préfère ce terme à récupération d’ailleurs, je le trouve plus malin, cf Joe Friel) me turlupine. la whey avant/après l’effort, c’est Ok pour les muscles, mais quid de l’IGF-1 qui fait peur et tout le toutim. Est-ce que ça serait délétère pour d’autres systèmes ?

Entrelacs de Dürer
Entrelacs de Dürer

Ensuite, les lowcarbers vouent un culte au gras. Notamment à des TCM comme l’huile de coco. Ok. Le problème avec le gras c’est que c’est quand même pas très drôle à manger cru. Le verre d’huile d’olive au petit-déjeuner, c’est pas évident quand même. Alors, le gras est en fait souvent transformé, caché, hydrogéné ou cuit. Et là, franchement, on est en droit de s’interroger sur l’intérêt du bon gras lorsqu’il est ainsi manipulé…  Juste pour redire la spécificité des acides gras à chaîne moyenne : ils ne rentrent pas dans la mitochondrie par la L-carnitine. Ainsi, ceux qui en vendent ont trouvé le génial (mais débile) argument marketing de dire qu’il est plus facile à utiliser ! Moi je ne ressens pas de difficulté à métaboliser l’acide oléique pourtant plus long. Pensées magiques… fantasmes… raccourcis grossiers dans l’inextricable complexité du métabolisme.

Voilà. Moi, je suis persuadé qu’encore une fois, la voie du milieu est plus sage et plus rentable même si elle n’est pas sexy. Le sucre est bon pour le muscle à l’effort, l’entraînement optimise d’ailleurs les flux énergétiques du glucose en augmentant les taux des enzymes transformant le glucose pour rentrer dans le cycle de Krebs. C’est un piège cognitif que de penser que parce que le sucre en excès peut rentrer dans la physiopath’ de certaines maladies qu’il faut le supprimer. Ca n’est pas parce que l’organisme sait gérer une dette importante en glucides en faisant des cétones que ce mécanisme est plus optimal. Que Phinney me montre les résultats en course de ses poulains !complot-et-medias Et enfin, piège subtil qui je pense joue aussi son rôle : ça n’est parce que vous avez l’impression de trouver un truc génial, caché aux yeux du grand public en découvrant le bla-bla des gourous lowcarbers que ce truc est caché car il est magique et marche tellement bien qu’il est gardé secret… non les Illuminatis ne détiennent pas le lobby du maïs… #thatshitcray

Illustration ésotérique pour quiconque ne sait pas pénétrer les circonvolutions du cerveau de l'auteur de ce billet. Un bon point à ceux que ça fera sourire.
Illustration ésotérique pour quiconque ne sait pas pénétrer les circonvolutions du cerveau de l’auteur de ce billet. Un bon point à ceux que ça fera sourire.

Je pourrais tenir sensiblement le même discours sur le jeune. Je trouve le sujet un plus pertinent mis je reste quand même prudent. Il y a ainsi des recherches sur l’impact du jeune dans certaines situations pathologiques. On est vraiment u stade de la recherche. Et pour voir vu un paquet de concepts médicaux passer du firmament à la poubelle en quelques années, je deviens sage… Et je rappelle quand même qu’à l’extrême la dénutrition tue.

Je trouve Ok de jeûner avec la notion de liberté que ça procure comme le dit Philippe sur son blog. Par contre, là encore, pour un individu sain, sportif, qui mange qualitativement bien et modérément en terme de quantité, je pense que sur le plan sanitaire un rôle positif est difficile à montrer… (et on n’est pas prêt d’avoir une réponse !). Mon opinion et ma pratique qui en découle est juste que sauter un repas de temps en temps ça n’est pas grave et c’est peut-être bon. Moi je trouve surtout du plaisir en retrouvant une authentique sensation de faim dénouée par le repas qui casse le jeune. Par contre, je me dis qu’avec quand même 1h de sport par jour en moyenne, mes capteurs de balance énergétique ne doivent pas allumer de couch potatoe warning… et puis je crains un peu de moins bien encaisser l’entrainement et la vie quotidienne si je jeûner plus régulièrement.

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Renaud a twitté ce lien récemment, je l’avais loupé mais je crois qu’il est intéressant à lire http://running.competitor.com/2015/04/nutrition/how-runners-can-overcome-carbophobia_127392

7 réflexions sur « Pensées magiques, fantasmes et réalité métabolique »

    1. Oui, comme le rappelle souvent Renaud (@essentiel_net) les blue zones regorgent d’exemple de peuples qui mangent des glucides qui s’en sortent très bien. Il y aussi le maïs et les haricots pour d’autres groupes.

      1. C’est fascinant les BZ, dans la variété des schémas alimentaires… il y a vraiment de quoi relativiser bien des délires nutritionnels. Surtout ceux qui prétendent détenir la seule, unique et universelle solution. Petit collage des aliments consommés dans chaque BZ (par poids), tiré du dernier bouquin de Buettner :

        https://pbs.twimg.com/media/CDhInFyWEAEEsiY.png:large

        Je trouve ça tout bonnement fascinant. Il m’en faut peu.

  1. Bonjour !

    Quand je suis en période où je veux tenter le jeûne intermittent, l’huile de noix de coco m’apporte un plus quand je la consomme au dernier repas (léger et pauvres en glucides) : sensation de faim diminuée pendant la période de jeûne.

    Tu vas me dire : effet placebo.

    Et je vais te répondre : sans doute ! Mais si ça marche, je ne change pas.

    Après c’est pas magique, y a jamais de magie dans le métabolisme. Que chacun trouve ce qu’il lui convienne pour réguler sa faim en revanche.

  2. Salut,

    J’aime bien ton article.

    J’interviendrais sur je cite « Moi, j’ai juste envie de leur dire que s’ils ne sont pas malades, leur corps fonctionne déjà de manière optimale ! ». Personne, je pense, ne peut me dire si mon coprs fonctionne de manière optimale. J’en suis même certain. Qui le pourrait ? Et sur quoi se baser de toute façon ?

    Et j’ajouterais à ça « la voie du milieu est plus sage et plus rentable « , TA voie du milieu est peut-être la plus sage …. car la voie de l’un n’est pas la voie de l’autre.
    Comme la séance de 3x(6×800 m) t’est peut être bénéfique comme elle peut m’être préjudiciable. Autrememt dit elle te ferait progresser et moi regresser.

    Enzo

  3. ….. et surtout tous ces régimes à la con ne concernent et n’intéressent que des sportifs qui le plus souvent sont en bonne santé, on aide donc des gens pas malades, bons résultats garantis, un boulevard pour les gourous et autres inventeurs du cercle carré et du carré rond….le lowcarb c’est le dissocié scandinave à vie ! bonjour les douleurs d’estomac.
    Didier

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