Le Tour des Cirques #GRP2015

Je rêvais de faire la CCC®*. C’était pour moi un objectif ambitieux mais pas fou. Seulement, le système des points qualificatifs pour les courses de l’UTMB® associé au tirage au sort m’ont lassé. Au détour d’une conversation, mon copain Manu me conseille de regarder les courses du Grand Raid des Pyrénées. Ça me parait dingue mais ça fait tilt, c’est le Tour des Cirques qui va être mon objectif de l’année 2015.

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Cette course m’attire par son environnement sauvage, de « vraie » montagne et son côté humain. Comme elle se déroule juste avant l’UTMB® et n’adhère pas aux cotisations ITRA, la course attire moins de foule. C’est parfait : c’est tout à fait ce que je recherche. Je m’inscris en décembre 2014. Je vais avoir bien le temps de gamberger…

Les mois passent. J’ai la chance de vivre une année sportive intéressante. Avec des découvertes et des progrès en cyclisme, le volume d’entrainement monte petit à petit. J’ai la chance de ne pas blesser. Tout se met en place pour arriver tranquillement à cet été 2015.

Après mon « half » en Allemagne, je me repose un peu et le GRP prend de plus en plus de place dans ma tête. Je bascule vers plus d’entraînement à pied. La reco de la TDS se passe bien, j’ai moins d’appréhension que l’année dernière pour la reco de la CCC. J’apprends à monter et à descendre plus sagement pour m’éviter les mésaventures des Templiers 2014.

La course arrive vite. J’ai l’impression de ne pas avoir fait un gros entraînement spécifique. Et j’essaye de ne pas trop tenir compte des gadgets VO2max Firstbeat/Garmin parce que ça n’est pas bien réjouissant…

Les vacances sont là. C’est la coupure. Je diminue drastiquement le volume (-50%) la première semaine et je conserve un peu d’intensité à travers la chasse à quelques segments Strava (meilleur score Veloviewer acquis du coup !). La semaine de la course, une seule sortie de 45 minutes avec une accélération de 800m.

Allez, faut y aller ! La route se passe bien. Je découvre un chouette endroit : Vielle-Aure est nichée au coeur d’une vallée. La belle montagne pyrénéenne nous entoure, il fait beau, c’est très bien organisé, tout va bien.

Au départ, je suis un peu crispé. J’ai peur de ce qui m’attend. Heureusement, je ne vais pas poireauter très longtemps et le départ fait retomber cette pression. Tout devient plus simple : il n’y a qu’à avancer. Il n’y rien à comprendre, pas de réflexion, je fais le vide : il n’y a qu’à avancer.

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Il n’est que 9h, mais le soleil tape très fort dans cette première montée. Mon alimentation est quasi-automatisée. Je serais vigilant. Le tour de la station de Piau-Engaly étire le peloton. On enchaîne avec la très jolie montée vers le Port de Campbiel. Plus personne ne fait le malin. On passe au-dessus d’un névé à 2 596m. La bascule à travers cette petite brèche est vertigineuse.

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La descente se passe bien. C’est plaisant, les estives sont belles. À la toute fin, les cuisses chauffent un peu. Arrivée vers 13h au ravito de Gèdre. Il faut très très chaud sous la tente. Je m’en extirpe vite. Je m’allonge un peu, un petit sandwich et ça repart. Là, le road book fait peur, nous allons manger un gros morceau de dénivelé…

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Et là la chance s’appelle Grégory. Je fais connaissance avec un chouette coureur local. Nous faisons la montée en rythme. Je reste attentif à ma consigne : ne pas s’essouffler. Beaucoup de coureurs sont accablés par la chaleur. Après la montée, un plateau désertique. Je fais l’erreur de ne pas refaire le plein de mes gourdes. Je suis enthousiasmé par la progression de notre binôme et je ne m’arrête pas à la Hount de Clouzet. Heureusement, fort de mon expérience en reco, je m’arrête au barrage des Gloriettes pour engloutir un Coca frais. L’odeur du tabac de la patronne aidant, je file vite et je retrouve mon acolyte quelques hectomètres plus loin.

Pause coca-clope au barrage des Gloriettes. Photo Paul Vilcot.
Pause coca-clope au barrage des Gloriettes. Photo Paul Vilcot.

La transition vers la Hourquettes d’Alans parait longue. Et la montée le sera encore plus ! En fin de montée, je suis cuit, le palpitant gère mal l’hypoxie, je suis un peu sec, ma précharge dégringole, je ne suis pas efficace. J’aurais du m’arrêter dans la montée. J’arrive tout de même au sommet. Pause. Quelques SMS débiles de mon pote Biloute me lave la tête et je fais une bonne descente vers le refuge des Espuguettes. Là, je reprends mon temps, la grosse montée précédente a sévèrement entamé mon capital énergétique. Je regarde quelques minutes des vidéos pour me booster. Ca fait déjà 10 heures de course. Je repars ragaillardi vers Gavarnie.

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La descente est très belle. Pas compliquée, ça fait du bien. Gavarnie est un point tournant psychologique. Passage dans le cirque, c’est très beau. Épingle à cheveux dans le parcours un peu dure mentalement, mais il fallait passer là. Je suis content d’arriver au ravito. Je suis bien dans les temps prévus. J’ai déjà presque l’impression d’avoir réussi une Mission.

Cirque de Gavarnie. Photo Paul Vilcot
Cirque de Gavarnie. Photo Paul Vilcot

A Gavarnie, je me change, j’essaye de me reposer, mais au final, je suis un peu désorganisé… il faut que j’avance… L’obscurité nous embrasse et je repars assez content parce que je sens de bonnes jambes et surtout, je suis tout heureux de tester ma nouvelle lampe frontale Tiho de Stoots Concept #geek.

La nuit est douce. Je me change très rapidement pour m’alléger. Je suis seul sur le chemin. Je comprends que la chasse aux balises change la donne. Il faut être vigilant. Les éclairs d’un orage sec achèvent de me faire sentir tout petit, seul dans la montagne… Je perçois des lampes derrière moi. Je ralentis un peu pour me faire rattraper.

Un solide basque s’accroche à mes chaussures #sic. Nous papotons dans le noir, l’un derrière l’autre, aucun dénouement psychanalytique. Nous avançons bien. Un autre groupe, la progression nocturne se consolide. Finalement, je retrouve l’ami Grégory et un solide gruppetto de quatre se forme pour passer la nuit.

Nous crapahutons. La descente vers Trimbareilles est longue. Une comptine tourne en boucle dans ma tête pour m’occuper l’esprit. Je suis très content de ma lampe Tiho, ça booste ma confiance. Je baille un peu, mais je ne ressens pas de grande fatigue. C’est peu approprié, mais je pense à ces pauvres gens qui ont subi un exode de par le monde. Ce que nous faisons est bien facile à côté de ça…

Trimbareilles. Poche paradoxale de réconfort et d’amertume. Les dossards se décrochent à la pelle et pas mal de coureurs tirent une sale tronche, mais moi, je suis plutôt content, je me sens bien. J’ai vite envie d’arriver, car j’ai envie de voir Luz-Saint-Sauveur, deuxième point tournant psychologique pour moi. J’ai envie me dépêcher pour aller me reposer 😉

C’est long, mais nous avançons. Notre presque-cordée est solide. Nous sommes calmes. Il n’y a pas de bla-bla. Néanmoins, la présence de l’autre rassure.

Et voilà la station thermale ! Soulagement psychologique ! Pas mal de fantômes errent. Il n’y a guère que les bénévoles qui ont une apparence humaine ! Il fait beau, je ne vais finalement pas avoir besoin de toutes les fringues que j’avais prévues. Je mange un peu. Je n’ai pas très faim. J’ai hâte de m’allonger, mais finalement, je n’arriverais pas à trouver le microsommeil que j’espérais. Je m’étais pourtant entraîné à ça… Une force me pousse à y retourner : « j’ai un truc à finir » que je me dis.

Coup de pot, je retrouve l’ami Grégory pile au moment de partir. Nous revoilà en route. Nous causons un peu plus, la route est facile au départ. Mon estomac est un peu fatigué, mais j’essaye de mettre ça de côté. J’ai l’impression que le ravito de Tournaboup arrive assez vite. Les bénévoles sont toujours aussi sympas, ils font vraiment du bien.

Tout comme le hasard nous a rapprochés, il nous a défaits. Je repars seul pour cette grosse montée. Une des dernières grosses difficultés. Je monte bien. Je surveille l’altimètre. Je reste autour de mes 600 m/h. La montée est longue. La météo se dégrade. Une pluie me perce un peu le moral au sommet du col de Tracens mais le physique reste bon, il n’y a donc aucune raison de ne pas progresser.

Coup de bol, je retrouve mon acolyte qui a fait une super montée et qui m’a rattrapé dans la descente vers la cabane d’Aygues Cluses. Malgré la pluie qui continue, la pause nous fait du bien. Chaque ravito requinque le moral et les jambes. Il faut bien comprendre que sur ce genre d’épreuves, les points tournants sont espacés de 10 km, soit 3 heures de progression !

À ce stade, nous devrions finir. J’ai plus de mal à monter qu’auparavant. Je laisse filer Grégory. Les premiers du 80 km, partis le matin, nous doublent à fond la caisse. Je me refais petit à petit dans la descente. C’est long. Les orteils ramassent, mais c’est le jeu !

Dernière montée en vue. J’accélère. Les randonneurs croisés sont sympas, ils nous encouragent : « allez plus que 15 km ! ». Les cons, moi, j’ai 12 sur mon tableau de marche ! Ils ne se rendent pas compte qu’à ce stade chaque caillou franchi compte ! Le ravito du restaurant Merlans est là. Je retrouve Grégory. Sa jolie famille est là pour l’encourager. Nous nous émerveillons des marmottes. Grégory s’arrête un peu pour profiter des siens. Moi, j’ai envie d’en finir pour me libérer de mes douleurs.

Je commence la descente. Les premiers mètres sont arides : une piste de ski. De la caillasse, c’est très pentu. Je suis sur les freins et la douleur est exacerbée… Un premier coureur me dépasse en me rappelant de mettre le cerveau sur off ! Puis c’est au tour une momie d’Elastoplast de me laisser sur place ! C’est le déclic : ce gars a l’air détruit et il court. Je m’en fous : j’y vais ! Je le rattrape, je descends bien. De mieux en mieux. Une mini-euphorie m’envahit. Les hormones étouffent mon cortex préfrontal.

Il faut quand même s’enfiler plus de 1500 de dénivelé négatif… Enfin, les contreforts de la ville. Des spectateurs nous encouragent. J’ai la pêche et je pleure en même temps. Il pleut de plus en plus fort. Puis c’est l’arrivée. Sentiment d’achèvement et de vide classique.

Je crois que j’ai eu de la chance de rencontrer de solides compagnons de route et c’est ça qui m’a véritablement amené au bout. Encore une fois les Belges ont raison : »L’union fait la force« .

Pour vite me remettre les idées en place, un orage terrible s’abat sur nous. Je suis déçu de ne pas réussir à retrouver mon pote Grégory du coup… déçu aussi pour l’orga et Vielle-Aure qui voient les coureurs et les familles s’éparpiller.

Avec une pensée pour Philippe, j’essaye de monter sur ma balance impédancemètre sous la pluie dans le champ qui nous sert de parking. À poil sous l’orage, j’assume mon statut d’illuminé.

Merci.

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P.S. j’essaye d’écrire le canevas de ce qui m’a aidé à terminer. N’y voyez surtout pas de la prétention mal placée… j’écris tout ça comme un cahier personnel… Sauf que je le partage avec vous… Et puis aussi un peu pour mes copains analytiques oO 😉

P.P.S un grand bravo à mon pote Manu qui a bravé l’orage pour finir debout face à la Montagne.

6 réflexions sur « Le Tour des Cirques #GRP2015 »

  1. des centaines de posts remplis de chiffres, de courbes de puissance, de bpm.
    tout ça pour ça. Rien. Même pas un bout ce chrono 🙂
    Bon, bravo quand même. Cela semble être encore différent de mon expérience en terme de logistique (drop bag, sieste)
    ça à l’air presque facile aussi. Tu n’as jamais (trop) souffert ?
    (j’ai un peu discuté avec mon tendon de l’aine gauche. avec mes pieds aussi. ça marche bien pour calmer les douleurs…)

    1. C’est ça qui est bon aussi. Se libérer des chiffres 🙂

      Je n’ai pas souffert. Juste le premier kilomètre de la dernière descente avant que j’éteigne mon cerveau. Je m’étais entraîné sur la reco TDS à me la jouer cool tant en montée qu’en descente et j’avais constaté que mes cuisses ne souffraient pas… Je voulais surtout finir.

      Lorsqu’il y a une douleur à un point précis on peut aussi faire du déplacement mental, focaliser très fort l’attention sur le coude quand tu as mal au pied… Je commence ma formation d’hypnose médicale vendredi, ça va me faire progresser en sport ça !

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