Péché de gourmandise #NY2015

Le marathon de New-York est le Marathon. It is iconic. Lorsque j’ai décidé de courir un marathon, c’est celui-là que je voulais courir, c’est celui-là qui me faisait rêver.

Mais cette aventure se mérite. L’inscription au marathon de New-York est un parcours du combattant (friqué) ce qui est un amusant paradoxe dans notre monde de l’immédiateté, surtout dans la capitale mondiale de la consommation !

Après l’annulation de 2012, j’avais choisi de reporter mon droit au dossard à 2015 et j’ai vite fait un trait sur l’éventualité d’une bataille juridique avec mon tour operator. J’espérais alors fortement pouvoir récupérer directement via la NYRR mon dossard pour organiser moi-même mon voyage, mais Thomas Cook a fait tous les blocages possibles (contrairement à d’autres voyagistes) et j’ai été contraint à une nouvelle saignée à leur profit pour courir ce marathon. Tout ça n’était pas pour plaire à mon caractère d’indécrottable électron libre. Bon, je mords ma chique, c’est Nouillorque quand même !

Automne 2015. Je commence à vraiment y penser après le GRP. J’essaye d’aller fractionner de temps en temps, mais je ne suis pas vraiment au taquet et les aléas de la vie me fatiguent pas mal. Je commence à préparer le voyage. Comme d’hab, j’achète des bouquins (c’est comme un doudou pour moi) que je lirai finalement avant de partir… et puis d’autres… pour l’avion (que je n’ouvrirai pas). Ce sont les prémisses de la fièvre acheteuse newyorkaise. Maladie très sévère, mais facile à soigner, car elle guérit spontanément par la mise à zéro du compte bancaire.

Derniers préparatifs. Je fais mes check-lists de geek. J’oublie quand même des trucs. Je prends en photos les bagages, je prépare ma petite fiche « En cas d’urgences » de pseudo-routard, je retrouve les récépissés de passeport utiles en cas de perte, etc.

Let’s go.

Arrivée sous la pluie battante. Largage des bagages vite fait. Manhattan. Je suis excité comme un gamin la veille de Noël : good food, Paragon Sports, Rapha. Bim, je frôle le virage maniaque, rattrapé par le décalage horaire et je m’effondre en découvrant le concept de surmatelas #sincier.

L’expo. Organisation américaine, c’est fluide. ASICS domine l’expo avec des fringues moches. Je file vite à la recherche de gels GU et de baskets que j’avais envie de tester : Altra Instinct et Skechers GoMeb. GoMeb trop étroites pour moi, j’opterais pour des GoRun4 basiques. Passage rapide au stand Saucony : des Kinvara édition spéciale me tapent dans l’œil.

Métro à gogo pour visiter (je recommande la carte d’une semaine). Les km de promenade s’accumulent vite. On s’en met plein les yeux et les papilles.

Le samedi, warm-up avec le 5k qui part devant les Nations-Unies, très sympa, je recommande. Le marathon approche. Carbo-loading lors de Smorgas(m)burg recommandé par Grégo, the first quartile runner.

Dimanche. Here we are. L’attente est longue, mais se passe bien. Il fait doux. Miracle : je retrouve Greg et Sophie dans le sas de départ, ça fait plaisir 🙂 et tout doucement, nous finissons par avancer vers l’aire de départ. On chemine dans un couloir de bus. Les milliers de coureurs bariolés forment un drôle de troupeau.

Franck Sinatra nous encourage. Ce démarrage sur le mythique pont Verrazano est émouvant.

La course démarre et je redeviens coureur. Ce marathon, je l’ai déjà envisagé mille fois. Je voulais en faire un truc. Je voulais le sublimer. J’aurais adoré qu’il neige par exemple ! En 2012, j’étais entraîné pour scorer. Là, bof. Il y a quelque temps, j’avais envisagé de le faire en Five Fingers, et puis mon attrait pour le minimalisme s’est érodé. J’ai quand même fini par décider de mon plan de bataille : je jouerai le jeu du sport en tentant un négative split avec 3:29 en ligne de mire, mais je profiterai de la fête sur le premier semi.

On ne se refait pas : dès le premier kilo, je cherche mon allure de 4:55 pour tenir l’objectif. Et là, c’est le drame, il y a vraiment E N O R M E M E N T de monde ! C’est un truc de dingue ! Et l’allure est lente, vraiment lente. Pause photo par ci, marathon en marchant pour d’autre, je suis perdu et je stresse au bout d’un km. Bravo le veau. (Clairement, j’ai merdé en inscrivant un temps « modeste » lors de l’inscription au lieu d’écrire 3:29)

Ça y, ça descend, j’essaye de dérouler, j’aime de plus en plus les descentes depuis quelques déclics dans les Alpes cet été, mais c’est impossible. Je crois que je mettrais entre 5 et 10 kilos à trouver mon allure. Je serais mieux loin de ligne bleue, sur le côté, à la chasse aux high five.

Brooklyn est géant. L’ambiance est superbe. Ma vessie me fait des blagues histoire d’augmenter un peu le défi en me pénalisant d’une petite minute. Bon, je philosophe. J’ai des petits tiraillements articulaires qui m’embêtent aussi. Ils essayent de me faire ralentir, mais je reprends un peu de dopamine à chaque claquement de main !

Le semi est là. Le troupeau commence à souffrir. La course commence là pour moi et je force un peu l’allure. Ça passe bien. Je zigzague, je me faufile, ça se rétrécit pas mal sur certains ponts. Je suis coincé. Ca repart et à la descente du pont de Queensboro, je sens que la vraie bataille est là. Je double plein de monde, ça me met la frite. Les looooongues lignes droites sont de vrais défis psychologiques, mais je mets ça de côté pour m’accrocher à mon allure.

Pas de vrai mur. J’ai l’impression d’avoir bien géré, peut-être juste pas assez bu. Quoi qu’il en soit, Central Park se profile. Au passage au 40ème, les crampes pointent le bout de leur nez. Chaque mouvement atypique, évitement ou changement de direction un peu brusque me crispe. D’après le chrono, j’ai l’impression que je peux faire moins de 3h30, je m’accroche, mais je n’arrive plus à accélérer. Après, toutes ces lignes droites, ils ont réussi à nous cacher l’arrivée dans un virage de Central Park. Je fais de mon mieux, ma vision se tunnelise. J’y crois. Je passe la ligne avec un petit saut ridicule, mes jambes ne peuvent plus sauter ! Un bip sur le chrono et le verdict : 3h31. Eh merde. Je ne sais pas trop où j’en suis vis à vis de mon negative split non plus, j’étais passé au semi en 1h45 quelque chose… C’est pas Dieu possible ! Je n’ai fait qu’accélérer sur la deuxième partie et le couperet du chrono me coupe le sifflet. Ma montre affiche 43,6 km, magie Garmin, un gros décrochage sur le pont, un gros artefact vu a posteriori… Je n’ai pas tellement tenu compte du kilométrage… Bref. Si je veux viser un jour un temps sur marathon, j’investirai dans un footpod ou il faut que j’apprenne à courir en miles… Bon allez ! Haut les cœurs, c’était une belle bagarre quand même !

Petite marche forcée pour sortir du parc. Deux-trois kilomètres histoires de s’enfiler bretzels, protéines et autres boissons de récup (à quand un sponso par Vichy ?) Je suis un peu amer vis-à-vis du chrono, j’ai le sentiment d’avoir mérité mon 3h29 et je crois avoir loupé mon negative split. L’ambiance, elle, était super et j’en ai bien profité (mais entre nous, Londres et Berlin, c’était tout aussi puissant.)

À l’hôtel, on refait le match entre copains. Tout le monde a mis plus de temps que prévu. Ce marathon est vraiment plus difficile que les autres que j’ai faits. Il n’y a que 250m de D+ mais à allure marathon, ça compte vite !

En rentrant à la maison, j’ai un peu l’impression d’avoir été dans un super resto avec le nez bouché et d’avoir payé une très grosse addition.

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Aujourd’hui, ce sentiment s’est estompé. J’ai refait mes calculs, et je tiens quand même mon negative split pour 12 secondes, c’est ma petite vengeance sur le chrono 😉

Ici, une super infographie.


Repères pour un séjour autour du marathon de New York

14 réflexions sur « Péché de gourmandise #NY2015 »

  1. 12 secondes…. 🙂
    Et le D+ finalement c’est comme à Nantes et presque comme Paris.
    Je vais refaire celui de Lyon si ça continue !

    Tu me diras pour les Gorun. Je les aime bien et les trouve très polyvalentes « malgré » leur 8mm de drop… il faudrait que je teste les kinvara un jour. ça me semble la équivalent.

    Et pour revenir à la course, 42 bornes c’est quand même un gros morceau. C’est déjà bien d’avoir profiter de la course, de ce qui va avant, de ne pas revenir avec une merdouille genre tendinite !

  2. Bizarre comme on a tous ces galères de calculs, d’imprécision de GPS et au final il manque une poignée de secondes, poignée imaginaire bien sur mais quand même. Je crois que les capacités de calcul du cortex s’érodent sérieusement avec l’effort, moi je n’ai jamais réussi à faire des calculs après le 30ème kilo. Il ne te reste plus qu’à essayer le marathon fuelé aux MCT :-). Et je ne pense pas que tu aies eu le nez bouché, une petite narine peut-être. Ce qui reste après c’est la foule et l’émotion que ça génère, incontrôlablement. T’as pas eu les larmes aux yeux en arrivant sur Manhattan, dans le virage après le pont ? Moi rien qu’à y repenser j’ai les glandes lacrymales qui se mettent en mode turbo 🙂

    1. Et oui, une poignée. Elles sont clairement dans mes zigzags et le piétinement au démarrage. Le fuel au gras tu sais ce que j’en pense… Si ça marchait, nombreux seraient les champions à l’adopter. En pratique ? Deux-trois trailers américains ? Dans le virage après le pont, j’étais en mode guerrier. Gonflé à bloc. De belles émotions, j’en ai eu (comme à Londres) et je les garde un peu pour moi 😉 biz

  3. Mais dis donc, tu as couru avec tes chaussures fraichement acheté?? Je comprends que ce fut dur de résister, comme les enfants à noel 😉

    bravo en tous les cas pour l’iconic.

      1. J’avoue que je suis jaloux:
        – de te voir faire autant de brones avec des chaussures aussi légère
        – courir un marathon avec des chaussures neuves
        – qu’elles sont belles (#1 en fait), mais pas dispo par chez nous, et elles sont ugly en version standard je trouve

        1. – du crois que le poids/l’amorti change vraiment la donne ? Moi j’avoue avoir un certain désintérêt pour les godasses… je teste parfois des nouveautés (sur mon budget hein) mais je reste souvent avec le seul argument du confort lors d’une sortie « standard »
          – j’ai tellement de bornes en Kinvara que je ne pouvais guère me tromper, ça n’est pas un changement de saison qui va transformer le design de la chaussure de A à Z (bon je l’ai quand même passé au pied 5 sec avant de l’acheter)
          – c’est vrai que les Kinvara ont une certaine tendance à la mocheté… design US… y’a guère que mon modèle jaune et vert fluo qui a plu à certains (et moi je les trouvais moches comme les autres…)
          – et pour te dire mon manque d’intelligence sur le sujet j’ai fait le GRP en Peregrine et le petit trail local de 18 km en Xodus bien plus lourdes 😉
          – voilà la collection de Saucony en cours d’usure (+ une paire dans mon bureau)saucony moches sauf la paire pommée :)

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