patterns come through repetition

Tout a commencé en septembre 2013, à la gare TGV de l’aéroport Charles de Gaulle, alors que je lisais un article de Sport & Vie sur la polarisation. Je venais de battre mon record sur marathon avec 3h08, mes jambes refusaient de descendre les escaliers mais j’étais heureux. L’article parlait des travaux sur la polarisation de l’entraînement. Le thème a excité mes neurones et j’ai commencé à lire des papiers de sciences du sport et à réfléchir sur le sujet.

J’ai découvert des dizaines de scientifiques actifs sur Twitter, des articles à gogo et des façons de faire qui semblaient moins empirique qu’à l’accoutumée. Mon esprit analytique était séduit par la rationalisation des modalités d’entraînement et l’implication que ça peut avoir en pratique lors de la compétition. L’exemple type est l’utilisation de la puissance en vélo (surtout lors d’un contre-la-montre). Joe Friel, Inigo Mujika et Stefan Seiler étaient mes nouvelles idoles.

Comme je n’ai pas un gros moteur de base (ma VO2max tourne entre 52 et 58 je pense), j’ai toujours aimé l’idée de peaufiner la stratégie d’entraînement et l’équipement pour grignoter un peu de performance (je n’ai pas osé écrire « secondes », me rendant compte du ridicule en tapant sur le clavier). Ce genre de calculs s’est révélé être assez pertinent pour le Grand Raid des Pyrénées version Tour des Cirques (120 km) où la cylindrée a finalement peu d’importance pour terminer (à côté de la stratégie et de la chance) mais a contrario tout ce micmac n’a pas tellement d’impact sur des courses rapides type semi.

Avec mon démarrage dans le triathlon, j’ai découvert des athlètes amateurs capables de réaliser des volumes d’entraînement ahurissant (20+ heures) avec du qualitatif en plus. Dur-dur de rivaliser avec ces stakhanovistes qui sont nés avec les bons gènes. Mes premiers triathlons me plaisent beaucoup mais mon égo (piège mental dont il est difficile de se défaire) est égratigné par ma plongée dans les profondeurs du classement… L’affichage des chronos comme des lignes sur un C.V. sportif devient un peu délicat devant la banalité des résultats en comparaison des autres.

Les mois passant, je gagne en aisance à vélo. Y’a pas à tortiller, il faut un volume minimal (2000 bornes ?) pour se faire à la position sur le vélo et pour que le métabolisme se règle. Alors que dans mes premières semaines de cycliste, je me focalisais sur la mécanique, l’habillement et les réglages, j’ai bien fini par comprendre qu’il fallait faire le métier avant tout.

Même topo avec la natation. Mais là, autre élément : l’importance d’avoir un regard extérieur. Par deux fois, j’ai passé des étapes grâce au conseil d’un coach. D’abord avec Chris, de Total Immersion puis surtout avec Julian Nagi.

Je suis allé voir Julian pour vérifier les ajustements qu’il m’avait prodigué après mon premier passage en janvier. J’étais alors en train de lire Triathlete training bible de Joe Friel et je suis arrivé avec pleins de questions sur des détails technique concernant mon crawl.

Julian m’a pris à contrepied en m’annonçant d’emblée que je nageais bien. J’étais sur le cul. J’ai bien essayé de glisser une ou deux questions mais il m’a enjoint à débrancher mon cerveau.

Je sors de l’eau après mon test de 400 mètres et s’en suit une conversation dans son booth on the deck. Il me demande si j’ai trouvé un coach pour la préparation de mes courses à venir. Je lui réponds que non, et que c’est difficile pour moi d’adhérer au plan d’un coach parce que j’ai tellement lu sur le sujet ces derniers temps que j’ai besoin de trouver quelqu’un qui aille dans le sens des sciences du sport et que c’est assez rare. Sinon, ceux que j’ai vu qui pourrait séduire mon amour de l’analyse, pratiquent des tarifs exorbitant de l’ordre de 500 US $ par mois, oui oui !!

Alors Julian m’explique sa vision de coach de la vraie vie, il me conseille d’écouter le podcast de Joel Filliol qui s’appelle Real Coaching. Dans ce podcast , ils discutent des pratiques de la vraie vie parmi les gens qui entraînent les champions. Le podcast est vraiment passionnant et j’ai compris en l’écoutant l’importance des années d’expérience, ces coaches constataient que la simplicité était souvent une clé de la performance. J’étais particulièrement intéressé par leur discussion sur la natation où tous les gadgets et exercices plus tordus les uns que les autres se faisaient gentiment descendre : patterns comes through repetition. Certes, un amateur ne peut pas vraiment baser son entraînement sur la façon de faire des pros. Le mimétisme pur et dur me parait inapproprié, mais si je ne vais pas faire 4 x 1500 m à l’entrainement de nat’ comme leurs athlètes, je serais peut-être enclin à faire 6×500 m plutôt que des séries de 100 ou 200 découpés en éducatifs sur 25 m, vous voyez ce que je veux dire ?

Bref, dans cette première partie de l’année 2016 où ma forme s’amuse à faire le yoyo à haute fréquence je me suis apaisé quant à ma boulimie de sciences du sport. J’ai fait le parallèle avec ma petite carrière de médecin. J’ai cette déformation éducative de commencer par le particulier pour arriver au général. Je me suis nourri d’articles sur le transport de l’oxygène avant de voir le patient plus globalement. Dans le sport, c’est le même truc. Maintenant, je sais mieux où je veux aller. Je sais que la régularité sera ma meilleure amie pour avancer vers mes objectifs. L’illusion de faire beaucoup mieux en me focalisant sur des détails est démasquée. A mon niveau, je dois rester patient, le temps est mon allié.

7 réflexions sur « patterns come through repetition »

    1. et moi je me sens trop con de ne pas avoir pensé à une bête calcif ! je trouve qu’on en voit « assez souvent » en sous sternale, je crois que tu m’avais dit que c’était le cône d’ombre de calcif sur la naissance d’une coronaire, nan ?

  1. Une permanente découverte pour savoir faire, il faut faire. J’ai vraiment progressé en natation quand je nageais 5 à 6 fois par semaine. Maintenant je sais que je ne retrouve pas les sensations car je ne nage pas assez. C’est pour tout pareil. Il faut faire et refaire. Il n’y a jamais de miracle. Il faut que le geste devienne un automatisme. Pour aider je pense que la décomposition dans sa tête pendant des phases de méditation aide à mieux trouver le bon geste. L’engagement aussi, mieux 40 minutes d’entrainement avec une concentration parfaite que des heures en rêvassant.
    Il n’y aura jamais de miracle. DU travail et encore du travail, pas sexy comme discours mais diablement efficace.

  2. Sympa le discours, mais la patiente a ses limites… irrémédiablement on va aussi régresser après avoir atteint l’apogée… mais le plaisir sera toujours là si on en croit Marukami et son autoportrait de coureur de fond.
    Donc on a le temps, mais pas trop 🙂

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