Le vélo est un sport brutal

Il y a quelques jours, j’ai profiter d’un jour de congés pour me lancer sur les routes flamandes. J’avais à coeur de faire une belle sortie. Au moins 100 bornes. Ca faisait un bail que je n’avais pas fait une telle distance, depuis novembre ! J’avais repéré la Schereveroute qui oscille entre Bailleur et Poperinge le long de la frontière. Cette route est amusante car on distingue bien la différence de paysage entre les Monts de Flandres et le début de la Flandre maritime. Regardez, ça a l’air très chouette :

De route plaatst het landschap tussen Poperinge en Bailleul (Belle) centraal. Hoppevelden zijn karakteristiek in dit gebied, dat een glooiend reliëf vertoont. Je fietst doorheen een heuvelachtig landschap naar Westouter. Hier dwars je de grens voor een verkenning van het Frans-Vlaamse Houtland: een glooiend landschap, afgezoomd met hagen. Door een rustgevend landschap, op en over de grens, bereik je opnieuw Reningelst. Met dank aan Westtoer.

Le ciel est dégagé, il y a du vent du sud. Je sais que le retour va être difficile, mais je ne peux pas résister à l’envie de filer vers le nord. Sur les première route de campagne, je profite d’un moment de grâce cycliste : il n’y a personne, l’environnement est silencieux le soleil me réchauffe doucement le dos et le vent me pousse à plus de 30 km/h sans donner un coup de pédale. Je veux profiter de ça, les alarmes de difficultés pour le retour clignotent dans un coin mais je pose mon coupe-vent dessus.

J’ai pris ce que j’appelle le chemin de crêtes (on parle de bobosses hein) pour rejoindre le début de la Schreveroute. Le vent souffle fort en haut. Je glisse vers Westouter et le début de la route balisée. Au milieu des champs, il y a un chemin vraiment pas carrossable, je prends une alternative un peu plus au nord, je me goure et je reprends une montée en plein vent de face. Ca fait toujours des kilomètres !

En revenant en France, je demande à un passant la boulangerie la plus proche car je sens que je vais avoir besoin de carburant. Côté boulangerie, ça n’a pas l’air gagné car la campagne ne vit pas naturellement pas au même rythme que la ville. Le piéton se révèle être un fort sympathique ancien coursier qui ne peut pas s’empêcher de me raconter des anecdotes, elles sont toutes empreintes de la difficulté du vélo. J’ai rencontré l’oracle.

Je trouve à Boeschepe une toute petite boulangerie cachée dans une ruelle. Tout est dans son jus depuis les années 70 je pense. Il n’y a personne mais la sonnette avertit le boulanger moustachu qu’il faut secourir un cycliste. Je prends deux petits pains et une part de flan. Je ne mange quasiment jamais de flanc mais en le voyant dans la vitrine j’ai pensé à tous les récits d’Alain du magazine 200. Dans ses articles, le flanc a souvent sauvé sa sortie. Je m’abrite à la croisée de la nef et du transept de l’église proche.

Je désescalade Boescheppe pour arriver vers la Flandre septentrionale. Watou est là. Avec quelques degrés de plus, j’aurais bien pris une bière et une frite en terrasse ! Je zigzague dans les champs et je me souviens que j’avais bien galéré la première fois que j’étais venu par ici. Là je suis facile mais j’attends avec appréhension le point le plus septentrional autour duquel je tournerai. Pour me donner un avant-goût, je me trompe à un embranchement et je dois remonter une route toute droite bien exposée. Je me faufile dans la campagne. Beaucoup de vent de travers pour me préparer. Et puis, LE virage arrive.

(la première partie a été fait à 24 km/h de moyenne, à moins de 110 bpm de moyenne et la puissance moyenne estimée/exagérée est de 160 W par Strava)

Je prends le cap vers le sud est vers Poperinge. Le vent me tabasse. Je suis debout sur les pédales à 16 km/h dans un tout petit faux plat. Le bruit de la veste qui claque, le souffle dans les oreilles. Je n’attends plus les voitures arriver, c’est l’enfer.

Assez vite, je découpe la route en tronçon : « allez, avance jusque là pour faire une pause », « quand tu seras là il restera moins de 10 km jusque Westouter ».

Mon cerveau est embrumé, j’oscille entre la torpeur où j’avance comme un robot et l’abattement si néfaste au cycliste en difficulté. Les jambes tournent, le flanc fait son effet, mais la tête est malade.

La Schreveroute est coquine, elle me fait faire une dernière épingle à cheveux avant de mettre le cap sur Westouter. Le vent sur les premiers plis de terrain est terrible. Je l’ai dur. En plus je me sens mal sur le vélo. Je repense à mes derniers réglages avant de partir, j’ai du faire une bêtise avec ma selle.

Enfin Westouter ! Je pose mes fesses sur un banc. A nouveau près de l’église. Faut croire que je cherche le salut ! Je cherche ma clé pour resserrer ma selle : pas là ! Je l’ai oubliée ! Le con ! Ma selle bouge franchement maintenant, je n’ai plus d’appui périnéale, c’est la fête du slip ! En plus, j’ai prévu de me coltiner le raidillon qui remonte vers le Mont Rouge pour couper au plus court. Quelle galère ! Je pense pour la première fois appeler à l’aide pour rentrer en voiture.

J’essaye quand même de grimper, je me dis qu’il y aura sans doute d’autres cyclos dans les monts.

Effectivement, j’interpelle le premier venu. Il n’a aucun outil. Mais, en bon chrétien (j’ai bien fait de m’arrêter près des églises) il ira demander à une ferme proche et reviendra après un bon moment avec la clé ad hoc ! Youpi ! Ce moment d’humanité me rebooste pour finir.

Cap sur Loker, puis Kemmel pour couper au plus court, même pas peur ! Ca passe ! hop, route de Nieuwkerke, lorsque je regarde mon GPS, c’est démoralisant, je n’avance pas. Mais bon, à Nieuwkerke il ne restera que 25 bornes, ça sent l’écurie quand on est là au retour !

Je file vers Ploegsteert, j’essaye de vraiment débrancher le cerveau mais les chauffards me l’interdisent. Quel que soit l’embranchement que je prenne par içi je n’aime pas cette partie avant de refranchir la Lys pour rebasculer en France.

La dernière ligne droite c’est la route de la Vacherie. Avec ce vent, les cornes volent bas. 30 km/h de vent de face, 60 km/h de rafale, c’est trop pour moi. Je rentre las. Sur le retour, j’ai fait les 50 derniers kilomètres en 3h (21 km/h de moyenne), la puissance estimée a été la même qu’à l’aller et la FC moyenne au retour est de 135 bpm.

Cette sortie m’a mis un coup au moral quant à ma capacités à aborder les épreuves longues que j’envisage au printemps…

 

6 réflexions sur « Le vélo est un sport brutal »

  1. C’est le genre de sortie qui, au contraire, doit te donner le moral, tout à l’air plus facile après ! bravo en tout cas…. pour éviter le passage abimé en terre et cailloux, il faut tout de suite avant tourner à droite, au premier « T » tourner à gauche, au deuxième « T » encore à gauche et au troisième « T » à droite et on est sur le parcours à nouveau…. j’adorais cette sortie ! je crois que c’est sur ce parcours qu’ensemble on a manqué de refuser une priorité à droite à un chevreuil : – )
    amitiés depuis Fort de France
    Did

  2. Courageux!
    Comme dit Didier, cela peut également être très bénéfique sur pas mal de plans. C’est en sortant de sa zone de confort que l’on progresse.
    PS: Il faut te mettre au jeûne/LCHF et tu ne serais pas si dépendant des boulangeries pour le carburant, si l’on écoute certains 🙂

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