Prédire ses temps de course et une pincée de big data

Hier, j’ai vu dans mon fil Twitter, un tweet de Stephen Seiler à propos d’une étude qui a analysé l’entraînement de 2303 coureurs amateurs grâce à un questionnaire en ligne.

J’ai trouvé ça particulièrement intéressant parce que c’est la première fois que je vois une étude dans les sciences du sport avec un tel effectif. Enfin du solide !

L’étude s’appelle

An empirical study of race times in recreational endurance runners

et vous pouvez la lire ici sur votre écran ou obtenir le PDF .

Alors, quels sont les points intéressants ?

  1. L’indice de masse corporelle influence le chrono (ok, on en était déjà persuadé)
  2. L’écart entre le chrono des femmes et des hommes se réduit avec l’allongement de la distance
  3. L’âge impacte négativement le chrono, même sur les longues distances où l’on parle souvent de la nécessité d’expérience, etc.
  4. Faire du volume est bon quelque soit la distance de la compétition
  5. Faire du travail au seuil (tempo run) est bénéfique pour le chrono
  6. Faire du fractionné (court) est bénéfique pour le chrono

Autre pan de ce travail, les auteurs ont travaillé pour obtenir une formule prédictive des résultats en fonction d’autres chronos. Ils ont trouvé pas mal d’écart par rapport à une référence historique, la formule de Riegel. La formule n’est pas dans l’article (damn it) mais sur Slate !

Toujours sur Twitter, en remontant les conversations, j’ai vu que tout partait de l’analyse des résultats du marathon de Boston qui a eu lieu le week-end dernier. Notez en passant cette petite revanche symbolique :

Et donc, Strava a analysé les résultats des coureurs qui se sont qualifiés pour Boston. Je n’ai pas trouvé d’article chez Strava mais sur Runners World. Le marathon de Boston a un plateau de coureurs rapides car il faut pouvoir justifier de références chronométriques rapides pour s’inscrire (grosso modo 10% les plus rapides par catégorie d’âge) cf leur site. En fouinant le web, ça m’a permis de voir qu’il y avait eu le même genre d’analyse du marathon de Londres 2016.

Et donc, on peut y voir encore des arguments pour courir beaucoup et longtemps, car les qualifiés pour Boston ont ces caractéristiques selon Strava :

  1. Ils courent plus ! 900 km en moyenne dans les 12 semaines précédents la course, soit 75 bornes par semaine chez les hommes, et 65 chez les femmes !
  2. Ils courent plus souvent, environ 7 sorties. Difficile d’extrapoler en divisant 75 par 7 mais y’a probablement beaucoup de sorties autour de 10 km
  3. Il n’y a que 15% des entraînements qui sont courus à allure marathon. Sans doute le résultat à interpréter avec le plus de prudence car il s’agit de l’allure moyenne sur toute une sortie. Or, avec du fractionné, court ou long, l’oscillation des allures rend compliqué de résumer un entrainement à son allure moyenne. Mais, ce chiffre reste intéressant en mettant en face que d’autres marathoniens non qualifiés pour Boston s’entraînent pendant 57% de leurs entraînements autour de l’allure marathon ! C’est usant ! ceci dit, on parle là de coureurs moins rapides et je pense qu’il est effectivement très classique de voir un débutant sur marathon courir à une allure proche de son allure de footing classique. D’une part parce qu’il a une vitesse max peu élevée (oui qu’il y a une appréhension à courir à des allures plus élevées) et ensuite parce que ses intervalles de travail sont condensés. Là encore, de la prudence, mais un petit signal quand même.
  4. Cette « élite » court vite : 4:48 min/km en moyenne sur leurs entraînements. Ils sont donc bien à l’aise à des vitesses supérieures à 12 km/h. Ça traduit un bon moteur. J’extrapole pifométriquement pour obtenir des valeurs de VMA à plus de 17,5 km/h soit plus de 60 ml/kg de VO2max.

Ensuite, dans les conversations twitterales, Stephen Seiler rappelait bien qu’il n’y a pas une allure toxique qui conviendrait d’éviter à tout prix.

Il est tout à fait licite de courir autour des seuils ventilatoires. Seulement, le message reste qu’il faut veiller à ne pas y être tout le temps et ceci est d’autant plus difficile que les seuils et les allures qui en découlent sont souvent très proches chez l’amateur.

En conclusion, je trouve ces articles intéressants car ils confortent le fait qu’il n’y a pas qu’une seule façon de faire (travail au seuil prolongé ou fractionné plus court) pour améliorer son chrono. Néanmoins, le bénéfice est en moyenne pas si élevé que ça (3-5 % de chrono en moins*) tandis qu’on retrouve constamment la notion que le volume d’entraînement élevé est une constante chez les plus rapides. Ensuite, on ne sait pas du tout si ces coureurs feraient mieux en adoptant telle ou telle stratégie, ça n’est pas le sujet de ces analyses. Enfin, ça donne du grain à moudre face aux ayatollah du faut-courir-comme-ça.

Autre point qui m’intéresse beaucoup : Strava, Garmin et consorts ont énormément de données. Il serait temps qu’ils en fassent quelque chose sérieusement pour nous sportifs en retour de tout ce que nous leur donnons, non ?

 

*Pour l’exemple, voyez quand même que ça pourrait permettre de passer de 4h10 sur marathon à 3h59, tout de suite c’est plus concret 😉