Courte réflexion sur l’a-nesthésie et le risque

Toute à l’heure, en prenant ma douche après être arrivé au travail en courant, m’est venue cette réflexion sur une problématique de mon travail d’anesthésiste-réanimateur. Je suis payé pour faire des choses mais la grosse valeur de notre métier c’est de faire que d’autres choses n’arrivent pas. La mort étant le plus gros obstacle à éviter.

En miroir, le chirurgien est surtout payé pour faire des choses pas tellement pour que des choses n’arrivent pas. Ils font des actes. Vraiment.

Le résultat de la chirurgie lui, est facile à valoriser car il se comprend mieux : je vois mieux, la tumeur est enlevée, mon os est réaligné, etc.

La différence avec l’anesthésie rend difficile la valorisation de notre métier. L’anesthésie, c’est le a- privatif devant la sensation. Mon métier est d’éviter les sensations pendant la chirurgie et par extension tous les dommages collatéraux.

En matière de risque, c’est compliqué d’imaginer tout ce qui a été évité. C’est pourtant le cœur de métier. C’est une grand part de nos responsabilités et j’imagine qu’on me paye en grande partie pour ça.

(mes réflexions sous la douche ne sont pas toujours bien organisées, je vous l’accorde)

12 réflexions sur « Courte réflexion sur l’a-nesthésie et le risque »

      1. Il y a eu récemment sur France Inter une émission sur les événements de Cuba.
        Où l’on apprend que c’est un commissaire politique de 25 ans à bord d’un sous-marin nucléaire russe qui n’a pas permis qu’un missile nucléaire ne soit pas envoyé et cela contre la décision du commandant de bord.
        Cette homme que seul les historiens connaissent le nom aurait mérité 1000 fois le prix Nobel de la paix.
        Il ne l’aura jamais eu car il n’a rien fait !!!!
        Et pourtant ne rien faire a été ce qui a selon toute vraisemblance sauvé la paix.

  1. En tant que diabéto je ne traite quasiment jamais d’urgence vitale. Je travaille pour empecher l’apparition de complications à long terme, 10 ans, 20 ans…Et mon travail n’est quasiment jamais quantifiable. En plus, mes patients ne meurent presque jamais de leur diabète, mais leurs complications imputent leur qualité de vie.
    Du coup, comment je peux mesurer le bénéfice de qualité de vie à 10 ans que j’ai exercé sur un patient ? l’ai-je exercé seul ? quelle est la part imputable au diabétologue, tensiologue, médecin généraliste…et au patient lui-même ?
    Devrais-je porter le nom de a-diabéticien ? qualiesthésiste ? désamputologue ?

  2. Je suis tout à fait d’accord avec vous.
    Je pense que nous pouvons nous aligner sur l’approche du risque rencontrée dans d’autres « industries » à risque : l’aéronautique ou le nucléaire par exemple.

    Les évènements rares et graves sont de l’ordre de 1/10000 ou 1/100 000 pour l’ASA 1, et ces faibles chiffres sont à mettre à l’actif des anesthésistes-réanimateurs qui « pressurisent » le risque pour le faire chuter à des taux aussi bas.

    Plus on fait bien notre métier, moins il se passe de choses en salle de bloc. A l’instar du pilote qui a parfaitement anticipé son plan de vol. Parfois, 90% de la maîtrise du risque est bouclée dès la consultation : c’est cette impression que j’ai quand j’ai fait « une belle feuille d’anesth pour le patient ». Le circuit cardiologique, hémodynamique, respiratoire … est balisé de phares pour la grande traversée péri-opératoire.

    C’est parfois difficile de faire comprendre aux patients, aux confrères chirurgiens et à une administration hospitalière (ces deux derniers ayant un goût prononcé pour la dévalorisation de notre métier) que notre maîtrise du risque est active et que si nous avons l’air aussi tranquilles au bloc, c’est parce que nous avons une vue dégagée sur la trajectoire péri-opératoire du patient.

    C’est aussi la grande injustice pour tous nos confrères qui consacrent leur travail à la prévention (PMI, généralistes, médecins du travail, endocrinos, pédiatres… et j’en passe). Ils sauvent silencieusement des centaines de milliers de vies sans juste retour financier, sans juste remerciement du reste de la société.

    1. C’est tout à fait juste.

      Quand certains sauvent des vies en ne faisant pas , d’autres les font perdre en « faisant ».
      Surdiagnostic, surtraitement, surmédicalisation, infections nosocomiales, effets secondaires etc.
      Or dans tous ces domaines, il faut souvent se battre contre la société en particulier médicale.
      Quel médecin n’a pas du se battre contre ses confrères quand il a voulu dé-prescrire?
      Et pourtant les études sur l’effet délétère de trop de prescription, sont là.

  3. Nous faisons le même métier et je me dis aussi de temps en temps sous la douche que mettre des patients (parfois peu malade) volontairement en arrêt respiratoire chaque jours n’est pas très physiologique (comme la chirurgie d’ailleurs). Assurer une ventilation artificielle (oxygénation) est alors notre mission première pour qu’il reste en vie… On leur dit ça à la consultation de préanesthésie ?

  4. C’est tout a fait ça toi c’est la douche qui te rend intelligent, moi c’est le bain ou je prend les grandes décisions.l’eau est un element ou le cerveau aime plonger… amities dom

  5. Je considère mon métier comme celui d’un artisan de la furtivité. Ma grande satisfaction est celle du patient qui m’annonce qu’il ne s’est rendu compte de rien. Zéro douleur, zéro anxiété et ce avant et après la chirurgie. Si l’anesthésie passe inaperçu c’est que j’ai accompli ma mission. Amitiés

    1. Merci pour ton commentaire, je suis d’accord que nous avons une satisfaction en lien avec le patient. Après lorsque l’on prend de l’altitude notre métier est difficile à lire. Je pense que l’absence de problèmes visibles (=succès) y participe.
      Ça me fait plaisir que tu passes par ici 🙂 ciao !

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