#FakeMed

Mon réseau de contact m’a fait part récemment de la genèse d’une tribune pour décrier des pratiques de soins non conventionnels. Au départ, j’étais un peu timide, je trouvais le texte un peu agressif, et puis je me suis résolu à signer surtout parce que j’en ai marre de l’obscurantisme galopant, de la fausse science et des billevesées en tout genre.  La tribune a été diffusée. Le site FakeMed.org l’explique.

Dans mes centres d’intérêts, c’est surtout autour de la nutrition et du « style de vie » que j’entends des chose déplaisantes à mes oreilles. Par exemple, l’autre jour, au sauna de la piscine municipale, un gars à l’allure de mâle alpha a commencé à déballer tout un tas de conneries à tendance naturopathique à un auditoire de vingtenaires qui semblait aspirer son propos goulûment. Ca m’a un peu énervé, mais moi j’étais là pour suer pas pour tester ma rhétorique, et puis le gars était assis par terre, moi j’étais en hauteur, le combat était inégal. Bref.

Ça a été pour moi une bonne illustration que la diffusion des croyances autour de la santé se diffusait à vitesse grand V. Sur Internet, chacun dispose dans sa bulle filtrante des infos qui satisfont notre besoin d’entendre et de croire dans des histoires. Ok, dont acte. Mais n’oubliez pas non plus qu’il existe des pros de la santé qui étudient sacrément pour avoir le droit de conseiller, soigner ou traiter des maladies. C’est quand même que cette affaire est assez complexe non ?

Avec une semaine de recul, je suis plus convaincu du bienfait d’avoir signé la tribune vue l’accumulation de justifications abracadabrantesque que j’ai lues et entendues. L’occasion aussi de confirmer que le traitement journalistique « mainstream » est catastrophique et que les cabinets administratifs répondent pour la forme sans répondre sur le fond.

Suivre ce débat sur Twitter m’a appris des choses. J’ai été aussi très déçu des propos de certains confrères, mon sentiment est qu’ils veulent protéger l’efficacité de l’effet contextuel. Mais selon moi, autant on peut dans une relation individuelle d’une consultation savoir mordre sa chique pour ne pas détruire un effet placebo, autant ça me parait pas possible de défendre l’homéopathie ou les thérapies non conventionnelles dans l’espace public quand on pratique une médecine basée sur les sciences fondamentales et des soins basés sur les preuves.

Pendant cette dernière semaine, j’ai vu passé un paquet de trucs sur Twitter, j’espère ne pas vous repartager de trucs faux, je n’ai pas factchecké tout ce que j’ai vu passé… florilège :

https://twitter.com/Curiolog/status/976762237011595264

https://twitter.com/CitronAlcalin/status/976530639313883136

Faites vous votre idée, moi, mes convictions sont renforcées.

13 réflexions sur « #FakeMed »

  1. J’ai lu aussi: « Tu es contre l’homéopathie? Alors comme ces médecins tu soutiens Big Pharma et ses milliards… »
    C’est sûr que Boiron ils ne font aucun profit en vendant du sucre… 😉

  2. « Suivre ce débat sur Twitter m’a appris des choses, tant sur le fond que sur la forme. J’ai été aussi très déçu des propos de certains confrères, mon sentiment est qu’ils veulent protéger l’efficacité de l’effet contextuel. Mais selon moi, autant on peut dans une relation individuelle d’une consultation savoir mordre sa chique pour ne pas détruire un effet placebo qui fait du bien au patient, autant ça me parait pas possible de défendre l’homéopathie ou les thérapies non conventionnelles dans l’espace public quand on pratique une médecine basée sur les sciences fondamentales et des soins basés sur les preuves. »

    OUI, mille fois OUI !

  3. Je pense que ce combat est perdu d’avance et tu me donnes les arguments en cela.
    Le but annoncé de cette pétition est la mise en place d’une médecine basée sur les preuves, ok. C’est impossible en l’état et le problème n’est pas l’homéopathie mais celui des connaissances en santé de monsieur madame tout le monde. Le jour où je verrai les gens faire deux heures de footing par semaine, ne plus acheter de la merde à manger et avoir une hygiène intelligente alors il sera possible de leur parler ebm. Pour l’instant je dois inscrire mes soins dans un système de croyance et leur dire que c’est nul ne m’aidera pas à les soigner. My 2 cents.

    1. de mon côté je trouve que pas mal de gens s’intéressent à l’activité physique et énormément de gens s’intéressent à leur assiette… le problème ce sont les histoires qui sont accolées à ces sujets d’intérêt.

      Sur la progression de l’activité physique, le vélo pour se déplacer est en croissance, faible mais elle existe. Je demande dans toute mes consultations si les gens font du sport, et je trouve que parmi la jeunesse notamment, les patients sont plutôt enclins à se bouger. On peut faire mieux, ok, mais je pense que c’est pas si mal

      Et l’objet de cette tribune c’est aussi de faire progresser les connaissances en santé de monsieur et madame toutlemonde. Peut-être qu’ils ne connaissaient pas du tout le « principe » de l’homéopathie et que les explications les feront réfléchir. Dans les discussions que j’ai eu sur des réseaux « généralistes », pleins de gens assimile homéo à « soins naturels », les explications les surprennent.

  4. Mon expérience avec l’homéopathie s’est faite en deux étapes, la première cool et celle que vivent la plupart de ceux qui prennent du sucre, on n’est pas vraiment malade et on guérit des rhumes. La seconde fait que je suis absolument contre et que pour moi l’homéopathie est un danger pour la santé publique.
    Une première exposition par ma mère, je finis par aller au lycée, j’apprends ce que c’était une mol et fin de l’histoire. Conclusion l’homéopathie c’est un placebo mais ça ne peut pas faire de mal.
    La seconde, j’étais tombé raide dingue amoureux d’une fille qui ne se soignait qu’avec ça. La frangine était homéopathe vétérinaire (tout un programme pour l’argument « mais ça marche sur le animaux »). Je lui disais que c’était un placebo et elle me disais que ça guérissait tout, statu quo ! jusqu’à ce que sa fille de 12 mois chope une otite carabinée. Bien évidemment pas d’antibiotique, c’est le poison de big pharma. Total la gamine a oscillé entre 39 et 40.5°C pendant 10 jours avec par moments des états proches des convulsions. Je ne savais pas que c’était possible, mais ses deux tympans ont littéralement explosés sous la pression du put ! Elle a souffert le martyr, on peut dire que s’était de la maltraitance. Ensuite le médecin homéopathe (l’un des meilleur de la place) a prescrit des antibio en goutte à mettre dans les conduits auditifs (ça tombe bien les tympans y’en n’a plus !), je ne sais pas si c’est ça qui a finit par la guérir !? Bizarrement à partir de ce stade je ne me disais plus « si ça ne guérit pas au moins ça ne fait pas de mal ». Rapidement après cet épisode, j’ai commencé à avoir un putain de mal de bide qui me pliait en deux, vu comment j’avais mal, je m’inquiétais vraiment et je pensais même que je pouvais avoir un cancer en phase terminal, en tous cas un truc super grave ! Sur les conseils de ma copine (j’étais amoureux) je vais voir le fameux homéopathe, il m’ausculte longuement, me pose des questions sans queue ni tête, ne m’explique absolument pas son diagnostique et me fait une ordonnance longue comme le bras de sucre. Ne pas avoir la moindre explication sur mon état après une si longue auscultation ça ne m’a franchement pas rassuré sur mon état. La logique aurait dû me dire « s’il te donne du sucre c’est que tu n’as rien » mais la logique quand on souffre ça marche moins bien. J’étais certes amoureux mais pas totalement con non plus, donc j’ai aussi pris un rdv chez une toubib normale. Elle m’a ausculté une grosse minute. En gros dès qu’elle a posé les doigts sur mon ventre dur comme du bois, elle a dit : « hou la la mais c’est tout tendu là dedans ! Rassurez-vous, vous n’avez rien, c’est juste que vous êtes stressé. Il faut juste faire du sport et vous détendre ». Au final je suis ressorti rassuré et sans ordonnance. Du coup oublié le cancer imaginaire, mais il fallait bien trouver une raison quand j’avais mal, et c’est là que les charlatans en profitent. Comme j’étais rassuré, ça allait déjà mieux, comme quoi l’effet contextuel même en expliquant qu’on a rien ça marche. Peu après j’ai largué la copine et le mal de bide est parti comme il est venu !
    Bref désormais je suis allergique aux boules de sucre.

  5. « le problème n’est pas l’homéopathie »
    En effet.

    Ce qui me gène dans cette tribune c’est sa focalisation sur l’homéopathie même si ses instigateurs affirment que ce n’est pas le sujet essentiel.
    Or toutes les informations dans les médias ont été sur les médecins qui dénoncent l’homéopathie.
    Est-ce une erreur dans la communication ou était-ce une volonté délibérée du fait de propres croyances sur ce qui est le plus important et pour aussi faire du buzz?

    L’homéopathie est « une paille » par rapport à la « poutre » des dérives de la médecine « traditionnelle ».
    Je ne vais pas toutes les citer, mais vous les connaissez aussi bien que moi.
    Il faut bien commencer par quelque chose disent les signataires et donc dénoncer la « paille » a été choisie.

    Juste un exemple qui me parait bien plus important: l’expression, dans les études cliniques, des pourcentages de bénéfice en relatif et jamais en absolu.
    Cela n’est pas une Fake médecine, mais cela le permet en surévaluant le bénéfice de thérapeutique.

    1. S’il y a un bien quelque chose que j’ai appris dans ce débat c’est qu’il est toujours facile de pointer un problème B pour ne pas discuter du problème A. En soutenant en plus que B est plus grave que A, et hop, ça passe crème.
      Cet argumentaire n’est pas acceptable, c’est une forme de sophisme. Le problème des soins alternatifs décriés dans la tribune c’est le vernis médical qui donne une crédibilité à des pratiques qui sont magiques. Ca contribue à consolider l’idée populaire qu’il y aurait d’autres façons efficaces et sûres de se soigner, de prendre en charge sa santé, or c’est une tromperie. En plus, la pénétration des idées « alternatives » contamine d’autres sujets de santé publique et ça devient du grand n’importe quoi. C’est pour ça que la tribune m’a plu. Connaissant le point de départ de la tribune, il n’y a absolument aucune volonté de faire du buzz, les rédacteurs et les premiers signataires ont leurs activités cliniques comme priorité professionnelle et pas d’activité médiatique « populaire » ou « publique ».

      Je pense que dans les dernières années les médecins qui soulignent leur indépendance et oeuvrent sur les réseaux sociaux ont bien oeuvré contre des mauvaises pratiques de la médecine traditionnelle. En tout cas, j’ai appris énormément de « médecine générale » dans mes réseaux avec des impacts positifs pour mes patients.
      Sur les stats, je dirais même qu’avant de s’attaquer au RR et RA, diffuser la notion que le changement de risque se fait dans une population et non pas sur un individu est aussi un truc important. cf http://www.nfkb0.com/2013/11/22/les-nouveaux-paradoxes-de-la-medecine-de-luc-perino/

      1. Vos priorités sont vos priorités.
        Je ne les partage pas.
        Expliquer que parce que l’on n’a pas les même priorités que les signataires, cela n’est pas acceptable et est du sophisme est pour le moins « autoritaire »

        C’est assez intéressant, cette propension à contester voir à moquer la façon de penser des autres.
        Une autre raison de ma contestation de ce « mouvement » est justement cet autoritarisme dont votre réponse montre un aspect.
        Docteurdu16 dans son dernier papier, avance un argument qui me parait dans ce débat pertinent : « avoir les fesses propres lorsque l’on monte au cocotier ».
        Personne ne peut se prévaloir de ne pas avoir de comportement par moment non « EBM » et dans ces personnes sachez bien que je m’y inclue.
        Or il semble bien que ceux de ces tribunes, ont cette prétention.
        La médecine est une chose complexe.
        Vouloir ainsi la réduire qui plus est en « exigeant » me parait le signe d’un manque d’humilité « coupable ».

        PS : manger des crucifères n’est pas bon pour la santé?

        1. Bonjour,

          au quotidien, j’ai bien d’autres chats à fouetter que l’éducation sur les médecines alternatives, et comme je le suggère dans ma note, je suis moins péremptoire en consultation que dans l’espace public. Et je suis complètement d’accord avec vous que la médecine est complexe (quoique en anesthésie… 😉 )
          Comme je le dis aussi dans la note, soutenir cette tribune a aussi été le moyen pour moi de découvrir des choses sur ce sujet, de me cultiver d’avantage, et comme je le dis à la fin mes convictions pour limiter ces pratiques en sont renforcées.
          Le ton de la tribune est au bas mot « punchy », ça aussi je le décris un peu dans ma note, mais il faut un peu « d’agressivité » pour faire bouger les lignes. Moi je ne m’attendais pas à ce que le débat dure plus d’une semaine et que tant de gens y réagissent.
          Pour connaitre des signataires, je ne pense pas qu’on se pose en médecins parfaits, on raconte assez via nos blogs et sur les réseaux sociaux nos limites. Mais il y a indéniablement une envie de se rapprocher le plus possible de pratiques consolidées par des datas et d’être à jour dans nos connaissances pour proposer au patient ce que nous imaginons être le mieux pour lui.

          Docdu16 écrit souvent des choses pertinentes et il est bien plus cultivé que moi. Mais ses propos, la répétitions de ses envolées littéraires, peuvent aussi être interprétées comme une forme d’expression d’un sentiment de supériorité dans sa pratique… parfois on a l’impression que lui seul et sa copine CMT réfléchissent et se posent des questions morales et éthiques… chacun à notre niveau nous nous en posons, tous les jours… La tribune soulève un problème, le débat a lieu dans l’espace public, est au moins, ça c’est positif je trouve !

          Quant aux crucifères, je trouvais amusant ce statut Facebook de Thierry Souccar où sur la base d’un abstract sans article publié, on assène que le risque (lequel ?) de cancer colorectal est abaissé de 8% en mangeant des crucifères… et une commentatrice sous Sintrom s’empresse d’écrire qu’elle s’en fout de déséquilibrer son traitement, la nutrition est sa première médecine, dommage.

      2. « Ca contribue à consolider l’idée populaire qu’il y aurait d’autres façons efficaces et sûres de se soigner, de prendre en charge sa santé, or c’est une tromperie. »
        Quand on me redemandera la définition de « technofascisme », je renverrai à cette réponse
        Ethnocentrisme délirant + ignorance crasse des voies médicales extra-européennes (et même de celles endogènes traditionnelles) = 1984 médical

        « les rédacteurs et les premiers signataires ont leurs activités cliniques comme priorité professionnelle et pas d’activité médiatique « populaire » ou « publique ». »
        Primum Non Nocere = VRP du lobby pharmaceutique, sa chaîne servant de façade « sympa » ne poussant pas à la consommation, mais son action réelle est ailleurs, comme dans cette tribune ou dans le débat vaccinal, avec son camarade
        Asclépios, le gugusse passé sur LCI pour présenter la tribune
        Soit des astroturfers bien comme il faut

        Publieras-tu ce commentaire?

  6. Cette pétition est incroyable…
    Je ne suis pas une fervente défenseur des médecines alternatives qui me laissent plutôt indifférente quand elles ne m’intriguent pas un peu mais je suis surtout bien plus scandalisée par les abus de la médecine allopathique, cette grande médecine scientifique soi-disant basée sur de l’EBM.
    Elle a bon dos l’EBM quand on voit le niveau de fiabilité des études scientifiques aujourd’hui!
    Je cite:
    « Dangereuses, car elles alimentent et s’appuient sur une défiance de fond vis-à-vis de la médecine conventionnelle comme le montrent les polémiques injustifiées sur les vaccins. »

    Les polémiques injustifiées sur les vaccins? C’est une plaisanterie? On en est restés à « la vaccination ça ne se discute pas », c’est ça?
    Elle est où l’EBM dans la grande science des vaccins??? Ces gentils vaccins qui ont sauvé des milliards de vie (je suis comme Marc Girard, j’attends toujours les preuves de l’EBM à ce sujet) et qui sont maintenant obligatoires pour tous les gentils nourrissons français (c’est sympa y en a qui vont être contents)
    S’il y a bien un domaine où la magie est reine, c’est la vaccinologie. Et c’est pourtant un des exemples qui est brandi par nos amis pétitionnaire.

    Alors ok, les médecines douces n’ont pas fait leurs preuves mais si on pouvait avant faire un peu le ménage sur la médecine dure qui fait quand même plus de dégâts même si on est bien d’accord que parfois elle sauve des vies…
    Je retombe sur cette étude et je reste dubitative de même que sur les 10.000 morts au bas mot par iatrogénie en France. Tous ces morts ne sont quand même pas liés aux médecines douces?
    https://www.bmj.com/content/353/bmj.i2139

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