My 2 cents dans la polémique sur le cholestérol et les statines

Actuellement, je suis accroc au podcast The Drive de Peter Attia. Peter Attia est un médecin américain qui a une histoire assez atypique, et il est intéressant de l’écouter la raconter dans le podcast de Jocko. Je n’ai pas toujours apprécie ses propos, surtout quand il était acoquiné avec Gary Taubes (même si la lecture de « Why we get fat » ne m’a pas déplu, il faut bien dire que ce bouquin n’était pas d’une précision dingue).

Boosté par ses copains podcasteurs de haut rang, Peter Attia produit des podcasts avec une thématique autour de la santé, et franchement c’est passionnant. J’ai ainsi découvert des choses sur les dyslipidémies, et pour le moins ça m’a encouragé à recreuser et relire des choses sur le sujet.

Perdu sur Internet, j’ai atterri sur Quora pour demander « Où suis-je » et Quora m’a proposé de répondre à ça (allez comprendre) :

Que pensez-vous de la polémique du cholestérol et de la distribution massive de statine ? (cf le documentaire « Le grand bluff »)

Boom.

Bon, j’ai réfléchi un peu, je me suis cultivé et j’ai pondu ce truc « généraliste » :

Bonjour,

la question est complexe car s’entremêlent plusieurs thématiques très vastes : la nutrition avec tout son corollaire culturel, la génétique, la pharmacologie, la santé publique/ l’épidémiologie, la physiopathologie des maladies cardio-vasculaire.

La réponse à votre question mériterait un livre entier. Je me suis documenté à titre personnel et je ne prends pas en charge de patients sur ce thème particulier.

1° On peut questionner les travaux princeps d’Ancel Keys. D’ailleurs c’est le propre de la Science que d’avoir des “vérités temporaires”

2° Le cholestérol participe à la formation des plaques d’athérome qui aboutissent au blocage des artères et causer un infarctus. C’est actuellement très bien établi. Aller contre ça n’est pas raisonnable. Par contre, il est possible que le dosage du cholestérol dans le sang par les prises de sang usuelles soit une façon simpliste d’évaluer le risque de maladies liées à l’athérosclérose.

3° Les statines bloquent la synthèse du cholestérol dans notre corps (surtout dans le foie). C’est un moyen “rudimentaire” de baisser le taux de cholestérol dans le sang (facile à mesurer), quand on rentre dans les détails le problème est bien plus complexe (élimination du cholestérol, les différentes “formes” de cholestérol, terrains génétiques variés, rôle de l’inflammation, etc.)

4° Aujourd’hui, on sait que prendre une statine après un premier accident cardio-vasculaire améliore le pronostic. Des médecins critiquent les études qui disent ça mais leurs arguments n’ont pas invalidé ces travaux.

Par contre, prendre une statine pour baisser le cholestérol dans le sang sans avoir eu de symptômes liés à des vaisseaux bouchés n’améliore pas vraiment les choses (en dehors de maladies précises rares)

5° C’est intéressant d’avoir donner la parole au Dr Michel de Lorgeril dans ce film, mais c’est un personnage qui aime nourrir les polémiques et depuis la publication de ses intéressants travaux sur le régime méditerranéen, il semble un peu esseulé. Donc son propos est à prendre de façon critique comme les autres.

6° Oui il y a un marché énorme et on peut comprendre que l’industrie pharmaceutique travaille pour vendre des médicaments, mais il faut garder la tête froide et tenir compte des données scientifiques.

7° Concernant la nutrition, il est difficile de recommander une façon de manger qui serait bonne pour tout le monde, la génétique et ses modulations (épigénétiques) explique que les individus répondent différemment à une même prise alimentaire. Ainsi certains encaissent très bien les graisses saturées, d’autres pas du tout ! (variations dans l’expression des PPAR). La voie du milieu me parait être la plus sage des recommandations.

4 réflexions sur « My 2 cents dans la polémique sur le cholestérol et les statines »

  1. Tant que l’essentiel des études sur ce sujet sera financé par les vendeurs de statines, il persistera un conflit d’intérêt tellement évident que bien malin celui qui peut élucider le rapport bénéfice-risque de cette classe de médicaments.
    On se rappellera utilement :
    – de l’intérêt initial des fibrates, et de ce qui s’en est suivi ;
    – de la tonitruante mise sur le marché de la cérivastatine et de ce qui en est advenu ;
    – des résultats pitoyables en terme de morbi-mortalité, sans grand rapport avec la baisse du taux de cholestérol, des statines plus récentes (l’exemple de la rosuvastatine étant criant au plan marketing).
    – et une question qui reste à ma connaissance irrésolue : pourquoi le cholestérol qui se dépose dans les carotides, les coronaires et les artères des membres inférieurs épargne t’il toujours les membres supérieurs ?
    Voilà. À vous lire.

    1. détendez vous, je ne suis le prosélyte de personne !

      La problématique du cholestérol est aussi une bataille de terminologie. Le mot cholestérol véhicule (sic) beaucoup trop de choses. En tout cas, il me semble aujourd’hui bien établi que les LDL-oxydés participent à l’athérosclérose. Effectivement, on voit peu de manifestations de l’athérosclérose dans les membres supérieurs mais ça n’enlève rien à la gravité de la thrombose coronarienne !! L’infarctus du myocarde reste une grande cause de mortalité (la première je crois) en France ! (pour votre remarque je pense que l’athérosclérose existe dans les membres sup, j’ai déjà eu des patients avec des stents en sous-clavier, mais le rapport demande/consommation est souvent moins critique/symptomatique que le coeur, le cerveau, le rein, ou les gros muscles des jambes. Le foie lui dispose d’une importante vascularisation veineuse)

      (PS je pense aussi qu’il y a moins de contraintes mécaniques/hemodynamiques dans les vaisseaux des membres supérieurs)

      Comme je le dis à propos d’Ancel Keys et des graisses saturés, on peut remettre en question des travaux mais aujourd’hui, sans que l’on soit certain de comprendre pourquoi, les statines améliorent le pronostic des personnes qui viennent de faire un évènement cardiaque grave.

      Je vous renvoie la balle de la réflexion avec les patients ayant des hypercholestérolémies familiales, des mutations du récepteur du LDL, des hyperactivations de PSCK9, une LP(a) élevée… pourquoi diable font ils tant de saloperies cardio-vasculaires s’il n’y a pas un problème de lipides ?

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