le bonheur du vélo protégé

Se sentir à sécurité sur un vélo c’est un sentiment recherché, naturel mais pas évident à concrétiser. Me déplaçant tous les jours à bicyclette, je vis les affres du partage avec les véhicules motorisés, et franchement, c’est difficile. Pour moi, c’est un vrai frein aux voyages à vélo que j’aimerais entreprendre, le vélo me parait être le truc le plus dangereux que j’ai fait.

Alors, quand après un projet de grimpette sur le Ventoux a été avorté, et que les copains m’ont missionné pour nous promener plus loin que nos terres de Flandre occidentale, j’ai été content de découvrir le site cycle.travel. Ce site webtrace des routes à vélo en proposant le plus de petites routes et de pistes cyclables possible. Et lorsqu’il s’agit d’aller en Hollande et en Belgique, ça devient un bonheur vu l’abondance de voies dédiées aux vélos.

Nous sommes donc partis samedi dernier avec Pierre et Alain, chanceux comme tout avec un petit vent de sud et une douceur tropicale ! le capitaine nous a envoyé un peu de son vent caraïbe !

Le GPS, lui, et le cerveau de son lecteur, ne sont pas chauds, nous faisons quelques zigzag à 3 km de chez nous pour prendre le cap vers le nord-est au plus court. Les premiers gags surviennent avec une mystérieuse piqûre de bestiole qui abat le peloton comme une mandale de Moscon. On arrive quand même assez vite le long des canaux et on déroule paisiblement. On donne des coups de pédale « pour le sport » mais ça avance tout seul. Courtrai est vite derrière nous et nous poursuivons allègrement cap 045.

En arrivant vers la Hollandie, nous nous faisons doubler par quelques grappes de cyclistes qui profitent du vent pour faire briller leur moyenne horaire. On les laisse bien sagement passer… nous on veut tenir sur la longueur. Breskens pointe le bout de son nez, le jeu des digues nous fait entrevoir à la dernière minute l’embarcadère pour le bac qui nous emmènera en Zélande, je découvre que la devise est de Lutter pour ne pas couler Luctor et emergo, comme quoi les motivational speech et les hashtag #staystrong ne date pas d’hier !

Je suis à deux doigts de m’endormir sur le bateau, un peu vagal comme souvent dans ces ambiances de mer et de diesel… mais c’est trop court ! A l’arrivée un petit snack moche ne tente pas l’équipe, pourtant nous avons la dalle ! Et là nous allons payer notre manque d’opportunisme parce que nous allons nous enfoncer dans la campagne de Zélande plutôt déserte en comparaison aux côtes très fréquentées, leur repas se fera longtemps attendre, un premier test mental. Mais heureux hasard et coïncidence langagière nous serons sauvé par le musée de la libération qui avait quelques sandwiches en stocks ! on dévalise leur comptoir juste avant qu’ils ne remballent tout. Ouf. Le combo coca-café nous fait le plus grand bien pour repartir.

C’est reparti pour un petit 80 km avec du vent dans le pif. Les digues nous masquent de la mer et canalisent le vent, la partie de manivelles monte d’un cran. Nous croisons d’énormes serres ultra-modernes et des villages ultra-proprets. Nous trouvons gentiment notre chemin vers Anvers dans cet entonnoir venteux.

Nous rejoignons finalement vraiment l’estuaire, puis le port d’Anvers, qu’est-ce qu’elles sont impressionnantes toutes ces usines, un tels concentré de technologie parait dingue. Et pourtant, oui, c’est bien l’homme qui a monté et qui gère cet entrelacs ultra-sophistiqué. Nous jardinons un peu dans le port du fait du jeu des ponts qui s’ouvrent et se ferment au gré du passage des immmmmmmmenses péniches.

Voilà Anvers ! deuxième libération ! à nous la bière ! C’est la deuxième fois que je viens à Anvers à bicyclette et je suis séduit. La ville me semble être un superbe mélange de modernité, de cosmopolitisme et d’histoire. Nous sommes très bien accueillis par nos hôtes et fiers de notre ponctualité (prévoir une heure d’arrivée avec 220 km de voyage à vélo n’est pas aisé) et de notre voyage nous partons heureux en quête d’un resto qui fournira le bon ratio simplicité/calories. Ca sera un thaï ! Nous appelons le capitaine pour lui souhaiter un bon anniversaire et nous nous régalons de généreux plats de pad-thaï. Là dessus une bonne glace et hop au dodo ! Je suis aussi tout excité par le démarrage des championnats du monde d’Ironman à Hawaï mais le sommeil l’emportera vite quand même !

Le lendemain matin, rassasié d’une chocolatine à la saucisse (spécialité belgo-orientale locale) nous décollons vers 8h. Il faut sortir de la ville et là le GPS n’est pas super super facile à suivre mais l’omniprésence des pistes cyclables facilite bien la tâche. On passe sous la rivière grâce à une sorte de funiculaire et nous laissons Anvers derrière nous.

A l’allée nous avons suivi des canaux, là ça sera des voies ferrées. Le trajet est hyper facile mais il est rendu difficile par ce nouveau piège mental de la distance restante avant le repas. La destination est d’abord à une soixantaine de km qui s’avèreront être plutôt 90 ! On arrive finalement bien à Oudenaarde, bien content de se poser un peu car les jambes n’ont pas l’habitude d’enchainer les longues sorties et si l’enthousiasme est là, les guiboles tirent la langue et l’humeur finit quand même par fluctuer. « Si c’était facile ça s’appellerait football ! » Notre rythme est aussi bien ralentit par les traversées de grandes villes comme Gent, mais pour se retrouver sur les gros carrefours, il suffit toujours de suivre la piste cyclable, c’est vraiment cool ! Le déplacement en vélo c’est pas plus naturel que la voiture, ça doit être une volonté politique et ici elle est bien affichée avec des panneaux qui comptent les vélos sur les axes cyclables, jusqu’à 80 000 vélos par an à un endroit à la sortie de Gent !

Oudenaarde, pause au musée du tour des Flandres, vraiment sympa mais je n’y ai pas pleinement goûté car, j’avoue, j’avais envie de regagner mes pénates, je savais que le vent dans la tronche continuerait d’imposer le rythme et ça m’embêtait vis à vis de ma famille. Moment marquant dans le musée, un film en réalité virtuelle pour nous faire vivre les exploits d’espions d’anciens champions cyclistes recrutés pour passage des messages codés vers la Hollande neutre à destination des anglais. Expérience intéressante !

La fin du voyage sera un peu cabossée avec des chemins de halage cabossés et des travaux sur berge. Nous restons vigilants ! Puis c’est la France, la traversée des quartiers chauds de Roubaix puis les longs « grands boulevards » pour mettre le cap sur nos domiciles respectifs. Que ce fut long ces derniers kilomètres avec tous ces feux rouges. Nous trépignons un peu ce qui fait terminer les derniers hectomètres en critérium explosif ! De vrais gamins !

Lille-Breskens-Antwerpen-Oudenaarde-Lille 370 km, une belle balade !

Une réflexion sur « le bonheur du vélo protégé »

  1. Merci rémi pour ce beau récit, pour ce beau voyage et pour les clins d’oeil….. effectivement c’est quand on roule en sécurité sur des itinéraires sécurisés et dédiés que l’on s’aperçoit combien on est de en « hyper vigilance » quand on roule sur des routes qui ne le sont pas…..
    amitiés toujours
    Didier

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