Fibrillation auriculaire chez le sportif d’endurance

La fibrillation auriculaire (FA) est un trouble du rythme cardiaque. Le cœur ne se contracte plus régulièrement ce qui peut engendrer des symptômes immédiats (désagréables mais bénins) ou des complications à plus long terme (plus ennuyeuses).

Normalement, le circuit électrique dans le cœur est bien organisé, l’impulsion de départ se fait dans une petite zone qui s’appelle le nœud sinusal. Dans la FA, plusieurs impulsions électriques naissent en parallèle dans différentes zones du cœur. La conséquence c’est que le rythme n’est plus régulier et que les oreillettes ne se contracte plus aussi bien, on dit qu’elles fibrillent. Ainsi la personne victime de FA peut ressentir des palpitations (l’irrégularité des battements) ou une fatigue/un essoufflement inhabituel (surtout à l’effort) du fait d’un débit cardiaque suboptimal par la perte de la contraction des oreillettes.

Les complications à long terme sont ennuyeuses. Dans la FA, une petite zone qui s’appelle l’auricule ne se vidange plus aussi bien. Des turbulences hémodynamiques liées à la fibrillation auriculaire peuvent créer des caillots de sang. Ces caillots peuvent sortir du cœur et aboutir dans le cerveau, l’intestin ou les jambes et boucher la circulation en aval. C’est donc très ennuyeux. C’est la raison pour laquelle il faut souvent fluidifier avec des médicaments le sang des personnes atteintes de FA. Chez un sujet jeune qui n’a que le problème de FA, l’anticoagulation est optionnelle. Ce traitement devient plus impératif en accumulant d’autres facteurs de risques cardio-vasculaires.  L’autre complication ennuyeuse c’est l’insuffisance cardiaque. Le trouble du rythme use prématurément le cœur. Pour faire simple, celui ci a perdu une partie de ses capacités d’aspiration/contraction et donc il compense avec d’autres parties (les ventricules) qui se fatiguent avec les années qui passent.

A ce stade, je tiens à souligner que la FA est différente des autres troubles du rythme cardiaque comme la fibrillation ventriculaire et la tachycardie ventriculaire qui eux peuvent tuer à court terme (en quelques minutes) et aboutir au triste tableau de mort subite. Ces troubles du rythme graves sont souvent la conséquence d’une artère du cœur qui s’est bouchée ou une maladie du muscle cardiaque (hypertrophie, infiltration par d’autres cellules/tissus, maladie « électrique »/des canaux ioniques).

Les études épidémiologiques en médecine du sport indique que les sportifs d’endurance avancés/compétitifs (10 heures hebdomadaires de sport ?) sont plus à risque de fibrillation auriculaire que la population sédentaire. (Notons au passage que le sport à dose modérée diminue le risque de FA) Le risque serait environ 5 fois plus élevé, là où l’hypertension donne un risque 1,4 fois plus élevé de FA chez le sujet non sportif. Attention, je répète que nous parlons d’une quantité très importante de sport comme peu de gens en réalisent.

Même en sachant ceci, il est bon de rappeler que les meilleurs athlètes vivent plus longtemps que la moyenne de la population de leur pays (avec bien sûr beaucoup de facteurs confondants génétiques, socio-économiques, suivi médical, etc). Rappelons aussi que le bénéfice sanitaire d’une activité sportive modérée est immense. Le problème global c’est la sédentarité pas le sport ! ici je m’intéresse à une infime fraction des sportifs d’endurance qui pratiquent le plus.

On ne sait pas trop si les hommes sont plus touchés que les dames, les cohortes comportent trop peu de femmes qui pratiquent de gros volumes pour avoir des statistiques interprétables.

Sur le plan physiopathologique, on retrouve les mêmes coupables dans les articles sans que tout soit bien compris finalement. L’augmentation de la taille de l’oreillette gauche (34-35 ml/m2) est systématiquement retrouvée, chez les sportifs les plus entraînés. L’augmentation du débit cardiaque à l’effort contraint en volume et en pression l’OG qui s’adapte en se dilatant. Le lien entre la taille de l’OG et la FA chez le jeune sportif n’est pas clair et net mais le fait que l’augmentation de la taille de l’OG pourrait persister avec le vieillissement crée un terrain propice. Ensuite, l’inflammation et la fibrose cicatricielle sont des pistes importantes. Des cicatrices sur le muscle cardiaque qui constituerait des épines irritatives en quelque sorte. (J’y vois là une piste de prévention ciblée). Puis les déséquilibres du tonus parasympathique et les maladies de dysfonction du nœud sinusal arrivent ensuite dans les hypothèses explicatives (FA vagale, déclenchée pendant la digestion ou le sommeil). Dans la même veine (sic) le reflux gastro-œsophagien a aussi été suspecté. Enfin, un terrain génétique particulier pourrait aussi favoriser la FA (mutation gène HCN4 ou KCNQ1)

Lorsqu’un sportif se plaint de palpitation au repos ou d’une fatigue inhabituelle à l’effort, il faut penser et rechercher la fibrillation auriculaire. D’après ce que j’ai compris la tolérance de la FA est très variable, de la grande fatigue à l’absence de symptômes. Lorsqu’il y a beaucoup de symptômes, il est de bon ton de chercher et traiter d’autres facteurs déclenchants connus de la FA (l’hypertension artérielle, les maladies de la thyroïde par ex)

Il y a plusieurs traitements pour la FA du sportif. Le plus simple et le plus difficile c’est la diminution du volume d’entrainement. Ensuite, il existe plusieurs médicaments utiles, au premier rang le flecaïnide souvent associé à un béta-bloquant pour limiter le risque de passage en flutter auriculaire rapide. Cependant je trouve des contradictions dans la littérature scientifique avec la notion que le disopyramide devrait être plus utilisé (du fait du tonus parasympathique souvent élevé chez le sportif) mais je suis incapable d’avoir un avis là dessus. Enfin, des techniques d’ablation des zones d’impulsions électriques anormales existent.

Pour ma part, la lecture sur le sujet me rassure plus que ne m’effraie. Au départ, c’est difficile puis ça m’aide à réfléchir, à trouver des pistes pour essayer de prévenir et je retiens des repères à surveiller.

J’en profite pour répéter mon message numéro 1 en matière de santé chez le sportif d’endurance accompli : le sport n’est pas la panacée, si vous ressentez des choses inhabituelles, levez le pied et consultez votre médecin !

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