Fast mimicking diet

Fin octobre, je me suis amusé à faire ce que j’appelle un mini jeune. Il s’agissait de me restreindre fortement pendant 5 jours. 1000 kcal le premier jour puis 700 kcal les 4 suivants. La principale caractéristique est donc une restriction calorique brève. La deuxième caractéristique est de quasiment éliminer les apports en acides aminés. Le tableau des aliments :

Aliment masse kcal prot gluc lip
J1 oat 60 225 6,6 36 4,8
butter 2 15 0 0 2
Carotte 85 31 1 5 0
Noix de macadamia 55 407 4 5 40
peanuts 28 177 7 4 14
Brocoli 150 54 6 3 1
Smoothie 125 58 0 14 0
J2-J5 oat 30 113 3 18 2
butter 2 15 0 0 2
almonds 28 178 7 2 15
Noix de macadamia 28 207 2 2 20
banana 120 108 1 24 0
blueberries 100 58 1 11 0
Smoothie 125 58 0 14 0

Les gens ont beaucoup levé les sourcils dans mon entourage réel ou sur le net devant cette pratique. Il n’y a guère que quelques initiés (et les musulmans pratiquants) qui ne tiquaient pas devant la pratique d’un jeune. Quasi tous les autres : « Mais ?! mais ??!! pourquoi ? ».

Ce mini jeune n’avait aucune composante spirituelle pour moi. C’était avant tout une expérience. Qu’est-ce qui se passe lorsque je romps avec mes habitudes ? Ensuite, j’ai le fantasme qu’en suivant ce genre de diète une fois par an approximativement, on puisse avoir un bénéfice sanitaire.

J’aime l’idée de l’hormèse, un stress gérable permet d’en sortir grandi, différent en mieux. Nous ne sommes pas loin du « ce qui ne te tue pas te rend plus fort » sauf que je connais bien la limite #1 de cette maxime : le traumatisme psychologique. Mais c’est un autre sujet.

un repas FMD le soir

Le raisonnement pour le bénéfice sanitaire, est qu’il serait intéressant « d’éteindre » de temps en temps les voies de signalisations biologiques dédiées à la croissance (mTor). (surtout pour moi qui passe mon temps à les stimuler avec le combo sport+whey… sujets connexes : protéine et longévité, sport et protéines) Cette idée est notamment soutenue par le scientifique Valter Longo qui travaille sur cette idée et la commercialise aussi sous forme d’un menu et d’aliments vendus sous forme de packages. Je suis complètement conscient des limites à vouloir bidouiller son corps et à écouter un mec causait de podcast en podcast. Par ailleurs je réfute le terme de biohacking car je pense que le corps est toujours plus complexe qu’on ne le pense.

Loin de moi l’idée que le jeune soit une panacée et je pense être assez loin des patamédecines vu la plainte que je subis de la part d’un syndicat d’homéopathes… C’est un des écueils autour du jeune aujourd’hui. Dans mes contacts ça bascule facilement dans l’idée jeune=patamédecine=danger alors qu’il mérite d’être étudié sérieusement vu qu’il se passe beaucoup de choses sur le plan métabolique lorsqu’on restreint les apports. (A titre d’exemple pour réfléchir, je rappelle cet article fondamental sur la restriction calorique avant une expérience d’ischémie-reperfusion ) Aujourd’hui je ne me fais absolument pas le prosélyte du jeune, et en tant que médecin je me range aux avis des autorités qui rappellent qu’il n’y a pas assez de preuves pour l’utiliser dans le cadre d’une chimiothérapie par exemple. Mais en tant qu’homme lambda, le sujet m’intrigue.

Sur le plan du vécu, j’ai plusieurs constatations :

  1. manger un peu rend beaucoup plus facile psychologiquement l’expérience qu’un vrai jeune (je n’ai fait que 48h de vrai jeune une fois)
  2. je suis perclu de pulsions de manger, d’envies, qui comme d’autres pulsions, passent
  3. on peut faire des efforts physiques sans tomber dans les pommes à cause d’une « hypoglycémie » (j’avais prévu de ne pas m’entrainer cette semaine là mais je continue de me déplacer à vélo, et j’ai du courir suite à un ennui mécanique avec un vélo justement)
  4. les cétones disparaissent très vite avec une toute petite prise alimentaire
  5. les noix c’est vraiment cool
  6. quand je mange peu le goût des aliments est sublimé dans ma bouche
  7. l’après-midi avant la rupture du jeune est terrible, preuve du fardeau psychologique parce que la veille dans les mêmes conditions, ça allait très bien
  8. je peux beaucoup me restreindre, je vais perdre du poids rapidement (de l’eau et du sucre) et je vais le reprendre aussi sec. Mon poids est historiquement d’une stabilité légendaire et là j’ai quasiment perdu 4 kg en 5 jours que j’ai repris en un week-end !!
  9. pas de coup de barre le soir ! classiquement à 20h30 je suis une loque humaine, c’est mon nadir personnel et remplir le lave-vaisselle est plus compliqué que le kilomètre 36 d’un marathon, pendant la période FMD, nickel, j’étais bien.

Pour rendre l’expérience encore plus amusante, j’ai eu la chance de porter un lecteur de glycémie interstitielle pendant une semaine. Vendredi, samedi et dimanche avant ma semaine de mini-jeune. Puis du Lundi au vendredi. Les jours d’alimentation « normale » étaient en fait un peu enrichis parce que j’avais prévu une épreuve de course à pied le dimanche. Les données sont là. Là aussi mes petites constatations :

  1. j’encaisse très bien les repas de midi en matière de fluctuations de la glycémie. Ça ne bouge quasi pas.
  2. le combo viennoiserie+banane me fait grimper à plus de 1,3 g/l (pas fou mais plus que d’habitude). Alors que lorsqu’il y a des protéines dans le repas, la montée de la glycémie est plus douce.
  3. lors d’un repas le soir en FMD, ma glycémie a fortement monté, soit j’ai bu un truc inhabituel qui contenait du sucre à l’insu de mon plein gré, soit j’encaisse mal de manger la nuit. Ça c’est déjà « classique » et peut-être un micro chouilla d’insulino-résistance qui apparaissait avec le jeune ? (< je n’y crois pas trop), soit le capteur a déconné.
  4. parfois je me réveillais en ayant faim le matin, mais vraiment faim ! le petit-déjeuner est important pour moi. Je n’observe pas de creux de glycémie à ce moment là, plutôt même une petite remontée liée au cortisol.
  5. les rapports tout fait de Medtronic ne sont absolument pas adaptés aux non-diabétiques
  6. ma glycémie moyenne en mangeant normalement est à 0,93 g/l
  7. ma glycémie moyenne pendant la période FMD est à 0,74 g/l
  8. ma glycémie moyenne pendant toute l’expérience est à 0,8 g/l

Pour info voici mes apports alimentaires durant ces expériences

26 oct
15:53 125 g baguette + 30g Nutella 87 mg/dL
19:50 Un verre de vin
20:10 Grosse salade
22:14 102 mg/dL 1 cuillère à café de miel

27 oct
7:53 2 croissants 150 g de baguette et 40 g de confiture
10:20 dextro 1,07
10:40 jus de betterave
13:04 Fajitas poulet crudités Une galette c’est 33 g de glucides
16:57 crêpes sucrées
19:07 glu 110 pain olives

28 oct
61,7 kg
7:30 œufs crêpes
10:20 banane croisant
12:30 lentilles saucisses
13:20 whey
16:41 80 mg/dl
21:12 92 mg/dl


29 oct
Réveil avec faim vers 4:50 -> regarder glycémie -> 0,78 g/l
8:35 85 mg/dl
13:20 76 mg/dl
13:30 36g de glucides sous forme d’avoine
18:34 noix smoothie
19:30 brocoli carottes

30 oct
8:31 78 mg/dl
12:42 60 mg/dl
16:12 72 mg/dl
17:30 un tout petit bout de financier
18:20 une cuillère à café de miel
19:28 dîner avoine myrtille noix banane

31 oct
9:07 87 mg/dl ket 0,4 mmol/l
14:08 71 ket 1,2 mmol
17:32 58 mg/dl ket ket 1.2
20:00 boisson alpha brain
20:30 repas FMD usuel myrtilles, avoine

1er nov
16:26 gly 54 ket 1.6
16:30 une demie banane et un financier
17:30 60 g noix et avoine myrtilles
18:24 80 mg/dl ket 0.3

2 nov
6:43 74 mg/dl ket 1.3
7:36 café -> 72 mg/dl ket 1.7

16 réflexions sur « Fast mimicking diet »

  1. Salut
    C’est extremement intéressant. Je constate qu’effectivement, c’est après le petit déjeuner que les glycémies montent le plus; environ 1,60g/l, quel que soit le nombre de jours de FMD. Il me semble que c’est effectivement du au pic de cortisol : le corps ne réagit pas pareil au meme nombre de glucides en fonction de l’heure du repas, notamment à cause du cortisol. On le constate chez les patients diabétiques type 1 qui veulent apprendre l’insulinothérapie fonctionnelle : au petit dej, il faudra davantage d’insuline pour contrôler sa glycémie que pour la meme quantité de glucides le midi ou le soir (un rapport 1 , 0,5 et 0,75 respectivement).

    Par contre, les glycémies entre les repas baissent vraiment, frolent le 0,50g/l et on voit vraiment un effet au bout de 3 jours !
    Est-ce que les quantités de cétones ont augmenté le matin ? est-ce que tu as constaté une amélioration des performances sportives à jeun ? (keto adaptation?)
    Merci de partager tout ça, ça donne envie

    1. Yo Georges !
      La montée de glycémie après le petit déjeuner c’était en période “liberal high carb du we” j’ai commencé FMD le lundi. (Le dimanche je faisais un 5k)
      Les cétones montaient au fil de l’expérience mais je ne suis pas une machine à faire des cétones (plutôt une machine à brûler du sucre). J’ai mesuré 1.6 de cétones sur le Freestyle Neo Optimum le jeudi. Je n’ai pas vraiment fait de sport en période FMD. J’ai juste du taper une course de 5k improvisée en lendemain de garde pour un pb de clefs, et les premières minutes ont été poussives. Après ça va… les témoignages d’athlètes low carb répondent a ta question : il faut des mois d’adaptations pour se sentir bien a l’effort. Et moi je réponds au côté performance : pas de performer world class chez les lowcarbers. Chris Froome publiait des photos d’avocats au petit déjeuner un jour de repos du TDF mais je pense que c’est de la poudre aux yeux (aka marginal gains total BS) de la part de la Sky parce que durant un grand tour comme ça ils doivent bien aller vers les 10000 kcal par jour, sans parler des besoins glucidiques en particulier…

  2. Oui, c’est bien ce que je suspectais : avoir des performances sportives correctes/élevées, c’est possible en cétose, mais avoir des performances sportives très élevées, c’est beaucoup plus compliqué en cétose.

    Cela dit : quand je m’entraine à jeun, je ressens plein de choses positives, mais est-ce que ça ne peut pas aussi être du à la vacuité intestinale ? à l’absence de bouillonnement hormonal post-prandial ?

      1. J’avais lu ton article effectivement.
        Mais je reste sceptique, car l’échec d’un « régime » low carb d’une personne ne signifie rien (d’autant qu’on ne connait pas en détail le avant et le après « régime »).
        D’une manière générale et très pragmatique, le sucre (tel qu’on le connait aujourd’hui et « utilisable » par un Homo sapiens), dans la nature, sous nos latitudes, n’existe quasiment pas (à part le miel). Donc bêtement je me dis que le sucre (toujours tel qu’on le connait aujourd’hui) n’est pas indispensable. En poussant le trait on pourrait dire totalement inutile voire dangereux (mais c’est au autre débat).
        Bon je dis tout ça mais je suis peut être déformé par mes lectures 😉

        D’ailleurs j’étais très très surpris de voir ce que tu manges 🙂 🙂

        Sky est passé Maître en beaucoup de choses….mais on ne peut pas leur retirer qu’ils sont surement les premiers à autant « scientifiser « , optimiser l’univers du vélo sur route.

        Enzo

        1. Mais notre corps est un expert pour fabriquer du sucre quand il en manque, elle où la toxicité ? Dans l’excès !
          (Oui tu es déformé par tes lectures low carb !) je n’ai pas aujourd’hui de publication scientifique revue par les pairs où un athlète low carb performe au niveau mondial. Donnez moi ça ! Pour l’endurance fait du sucre. Tout ce qu’on vous dit comme quoi c’est possible de faire de l’activité physique en cetose etc. Oui c’est possible mais la aussi pas tout le monde et en tout cas pas de performances selon moi. En tout cas jusqu’à preuve du contraire. Mais tout ça est un tout autre sujet que le FMD.

          1. Pourtant je prends garde à ne pas être trop trop déformé….crois-moi.

            Je ne suis pas en désaccord avec toi.
            Ce que je ne comprends pas c’est comment Homo sapiens a fait pour se développer alors que le « sucre » est très peu présent dans le milieu naturel.
            Tu dis que nous sommes expert mais comment l’organisme a fait pour devenir expert alors que cette ressource me semble peu disponible…

            Je ne dis pas qu’on peut être performant en cétose, je n’en sais rien en fait.

            Je constate juste que, naturellement, on en trouve peu sauf à certaines périodes de l’année.
            Et de là, intuitivement et peut être naïvement, je me dis qu’on peut très bien vivre et fournir des efforts sans (même de longs et gros efforts).

            Enzo

  3. Ce que notre prof de bioch nous avait raconté en 1° année, c’est que le glucose a une structure extrêmement stable et c’est pour ça qu’il est ubiquitaire en tant que médiateur métabolique dans tout le vivant.
    J’ai lu par ailleurs qu’il y a eu une co-évolution entre les arbres fruitiers et leurs consommateurs : si le fruit est mûr en même temps que ses graines, il a davantage de chances de se faire manger et donc de faire semer ses graines accompagné de « fertilisant ». En parallèle, les frutivores (tels que les primates et leurs ancêtres, mais aussi les insectes) ont évolué pour reconnaître le gout sucré comme indicateur de maturité, l’amer comme pas encore mûr.

    Ca explique pourquoi le sucre circule dans notre sang et qu’on en trouve ponctuellement dans la nature en tant que substrat occasionnel.

  4. Que du glucose circule dans le sang, ça me semble tout à fait normal, naturel et indispensable.

    Ce qui m’échappe, c’est comment nous serions devenus aussi expert alors que, je persiste, il est peu disponible dans un milieu naturel (les fruitiers sauvages portent des fruits qui n’ont rien à voir avec ceux que nous consommons depuis peu…je vous mets au défi de manger pendant une semaine des pommes sauvages 🙂 )

    Ou alors sa rareté, mais sa néanmoins efficacité, aurait poussé l’organisme à développer l’optimisation de son oxydation.

    Enzo

    1. deux points : l’environnement qui contraint la biologie me paraît toujours être un concept scabreux. Je suis nul en biologie évolutive mais faut faire gaffe au piège de raisonnement et à la vision téléologique.
      Ensuite, je pourrais aussi dire que le gras ne me paraît pas tellement plus accessible que les glucides si on fait la même expérience de pensée…

      Enfin dans le cadre de la performance sportive, les glucides sont disponibles (ravitos) pourquoi s’en priver ?

      1. Je ne dis pas que l’environnement contraint la biologie même si tout cela est assez imbriqué.

        Entre les graines, les oléagineux et les animaux j’aurais tendance à dire un peu plus quand même.

        Enfin dans le cadre de la performance sportive, les glucides sont disponibles (ravitos) pourquoi s’en priver ?—- je ne dis pas non plus qu’il faut s’en priver lors des ravitos

        Enzo

  5. Bon je comprends mieux pour quel usage tu m’as demandé de t’amener des noix de macadamia de chez GDetou 😉
    Impressionnante ton expérience. Je note que lors de ma première expérience paléo où je shunte tous les glucides la perte de flotte était très impressionnante les premiers jours. Quelques mois plus j’ai retenté l’expérience de la même manière et force est de constater que la perte de liquide était beaucoup moindre comme si le corps avait « une mémoire ». Bon ce n’est pas une expérience fasting que j’ai mimickée quoiqu’il en soit elle ne me convenait pas.
    En revanche lors de période d’infections le corps coupe ton envie de manger en émettant je ne sais quelle protéine dans la salive. J’ai ressenti cette sensation lors de mes deux dernières infections virales en octobre. Bilan : une fonte musculaire qui était assez significative après seulement 3 jours de jeune complets. Sur mon parcours de CAP quotidien la reprise après 7 jours d’arrêt s’était matérialisée par des … courbatures !!
    Une remarque : lorsque l’on sort de ces périodes de jeune l’envie de sucré qui me caractérise habituellement disparaît complètement.

    1. oui l’inflammation coupe l’appétit !

      C’est pour moi une énigme bio-médicale, un patient dénutri fait plus d’infections et son pronostic est plus mauvais. Mais la biologie semble réglée pour couper les apports énergétiques en phase aigüe, on l’a tous observé (et on veut que nos enfants mangent quand ils sont malades !), je me demande donc quand est-ce qu’on bascule dans le pathologique. A partir de quelle restriction est-ce que ça devient péjoratif de moins manger lorsqu’on est malade ?
      Sujet connexe pour croître d’un niveau dans la complexité : certains acides aminés ou petites protéines (polyamines) peuvent favoriser la croissance cellulaire (cancer…) alors que devient le rapport bénéfice-risque lorsqu’il s’agit de supplémenter en protéines un patient avec un cancer dénutri ? C’est compliqué la biologie…

  6. Trop glucose cet article !

    Bon, en vrai, c’est très intéressant tout ça. J’ai appris plein de choses !
    Je n’ai pas assez de culture scientifique pour rebondir qualitativement, contrairement aux échanges de commentaires précédents.

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