Les esters de cétones sont-ils dangereux ?

Après l’excellent article d’Antoine Vayer dans le Monde sur le régime low-carb et les cétones publié mardi dernier, l’Equipe a aussi publié un article sur les cétones avec plusieurs avis de médecins d’équipes françaises et Ouest France en rajoute une couche aujourd’hui avec une interview du docteur Menuet.

Ils sont tous très prudents sur le sujet. Passons sur les arguments genre « ouin ouin on n’a pas d’études chez des cyclistes professionnels »… et voyons un peu plus le fond.

Depuis que j’entends parler de régime cétogène, je suis plutôt méfiant comme avec TOUS les régimes. D’abord, il y a le piège classique des régimes : les aller-retours entre des conduites de restriction et de libation. Surtout avec les sportifs (élite) qui constituent une population comprenant probablement plus de sujets à risque de comportements impulsifs et de troubles du comportement alimentaire. Pour moi, la cétose est une forme de mécanisme de back-up en cas de crise énergétique. Ainsi, je ne comprends pas l’idée de rouler tout le temps sur la roue de secours. (Et franchement, c’est super contraignant le régime cétogène, quoiqu’en disent les prosélytes)

Seulement, il se trouve que carburer aux cétones c’est pas comme rouler avec une galette et les esters de cétones pourraient avoir des avantages métaboliques en régulant des voies de signalisation bénéfique pour la santé. Je fais ici des hypothèses et des plans sur la comètes mais il y a tout de même des pistes qui vont dans ce sens là. Pas mal de médecins tout à fait censés réfléchissent à soigner et prévenir des pathologies avec. En tout cas, je ne vois pas de danger toxicologique avec ce « nouveau nutriment » s’il est utilisé intelligemment (le parallèle avec l’utilisation du lactate en thérapeutique m’intéresse +++). J’aimerais bien que le Dr Menuet cite les travaux qui lui font craindre un risque pour le foie. Bien sûr, il persiste toujours le problème de faire des sportifs gobeurs de gélules et accros à la pensée magique mais ça, pardonnez moi, c’est inhérent au sport moderne. Dès leur plus jeune âge, les gamins sont poussés vers les vitamines pour performer ; et allons même plus loin, notre société entière est surmédicalisée. Le marché est trop beau pour notre monde capitaliste…

Aujourd’hui, avec l’utilisation des cétones exogènes on s’éloigne même de la problématique du régime low carb, puisque la performance dans un effort d’endurance vient plutôt de l’association d’apport de glucides et de cétones exogènes comme le KetoneAid. Et le fameux article du professeur Hespel a montré que les cétones étaient très bénéfiques en récupération avec un meilleur maintient de l’appétit. Lorsque l’on soumet des sportifs à des entrainements très costauds sur plusieurs semaines d’affilée, la fatigue s’installe, l’inflammation grimpe et une certaine anorexie peut s’installer. La régulation des apports énergétiques étant un truc très finaud, surtout dans un contexte de grand tour, ce petit avantage compétitif peut devenir un vrai plus en fin de Tour.

Comme peu de gens connaissent les cétones, je vois sur les réseaux sociaux un emballement de fantasmes autour d’eux. Je pense que beaucoup des gens les imaginent comme une nouvelle caféine au bas mot ou de nouvelles amphét’ au pire. Mais pour en prendre régulièrement depuis quelques temps, je vous assure que ça n’est pas si simple. Et pour le coup, même s’il essaie de noyer un peu le poisson, les propos de Dave Brailsford sont proches de ce que j’ai vécu. Une mauvaise utilisation peut « bloquer » le cycliste comme ils disent dans le jargon. Il y a en effet deux problèmes : d’abord un risque d’hypoglycémie relative en prenant des doses importantes, ensuite ils inhibent une enzyme clé de la glycolyse anaérobie ce qui peut être délétère dans des efforts courts comme une attaque de 3 à 20 minutes. Pas si évident… mais les cétones peuvent donc être dangereux pour la performance.

Enfin, si vous voulez vous cultiver sur le sujet des cétones, lisez Dominic D’Agostino, lisez Peter Attia, lisez Phinney et Volek. Eux ça fait vraiment *longtemps* qu’ils réfléchissent au sujet.

4 réflexions sur « Les esters de cétones sont-ils dangereux ? »

  1. Si je puis me permettre de rajouter un niveau de complexité, le bain hormonal qui précède et qui suit la prise de cétones ou une régime cétogène, l’équilibre entre insuline et glucagon, ghreline pour l’appetit, lipase pour la satiété… de tout cela va dépendre l’impact bénéfique ou pas sur les performances.

    Peter Attia parle d’hyper répondeurs au régime cétogène, ceux dont les taux de LDL-cholesterol vont grimper en flèche lors d’un régime cétogène. Et ce qu’on ne sait pas à l’heure actuelle, c’est l’impact réel de cette hyper cholestérolémie alors que tous les autres marqueurs de santé cardio vasculaire sont au vert.

    1. Bonjour

      Il y a un monde d’écart entre prendre des cétones (apport exogène) et le régime cétogène. Ceci n’a rien à voir…
      Outre le côté philosophique (pourquoi prendre des cétones alors qu’il suffit de faire une alimentation cétogène!!! mais en 2019 tout le monde veut tout sans effort…), le côté métabolique est diablement différent. En alimentation cétogène sous 3 jours avec glucides à moins de 50g c’est parti alors pourquoi prendre des substances (on est à la limite de l’entrée dans le monde du dopage même si ces substances sont en l’état Hors CIO). La sécration du Beta OHB est ainsi naturelle est sans oxydants. Des plus les BCAA (une des clefs du succès en longue distance) augmentent de 30% et ainsi les protéines sont préservées…
      Bref que du bon à cette alimentation
      Pas la peine de dépenser de l’argent ailleurs…

      1. Salut Julien, j’aurais bcp de choses à répondre mais je ne suis pas dans le bon contexte.
        1) le régime cétogène est très contraignant et il n’y a pas que des succès dans le monde des sportifs d’endurance. Si Sky s’en ait vanté je ne sais pas quelle degré de réelle application ça a eu à long terme
        2) on peut avoir des effets positifs à utiliser sucres, gras et cétones. Par forcément sur la performance mais aussi et surtout en recup comme les papiers l’ont montré
        3) si on peut produire des cétones au bout de trois jours, je le sais pour l’avoir mesuré sur moi, les taux sanguins sont faibles et il faut beaucoup plus de temps pour que le métabolisme bascule vraiment en une utilisation optimale des lipides. Il faut des mois d’adaptation. Moi je n’ai pas envie de manger de l’huile d’olive et des avocats pendant des mois.

        1. Hello

          En effet tout ce que tu dis est vrai et c’est pour cela que je dis qu’au bout de 3 jours c’est parti mais en effet il faut quelques mois d’adaptation pour que cela tourne à plein régime.
          Pour la petite histoire et pour m’occuper de la médecine du sport et donc voir beaucoup beaucoup de sportifs d’endurance de très haut niveau, je peux te dire qu’un nombre très important pratique cette alimentation avec succès
          Pour le côté contraignant, je pense que c’est comme souvent il faut s’adapter progressivement et on peut avoir une alimentation cétogène très sympa sans tomber sur le mythe de bouffer que huile, cacahuète, avocat et légumes.
          Non le seul vrai souci à mes yeux est le problème social car pour manger au restaurant ou chez des amis c’est très compliqué sans passer pour un alien!!!!

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