une histoire autour des oméga-3, première partie

Je me vois encore dans l’amphithéâtre de la Faculté de Médecine. C’était « l’amphi-vidéo » où l’on assistait à la retransmission du cours qui avait lieu dans l’amphi voisin. C’était en 1998, j’étais en PCEM 1 et les premiers cours de biochimie étaient un sacré défi. Je buvais les paroles du Professeur qui nous dessinait de belles molécules. Les noms de ces molécules résonnaient comme des ingrédients magiques : eicosapentaénoïque, docosohexaénoïque…

Un peu plus tard j’ai retrouvé les oméga-3 dans la ribambelle de bouquins « grands publics » sur la nutrition que j’ai lus en P2/D1. Je découvrais que j’étais fait de ce que je mangeais et ça me faisait réfléchir. Je trouvais hyper séduisant le rationnel autour d’un bénéfice sanitaire sur les acides gras type oméga-3. Et comme je n’étais pas tellement enclin à manger des maquereaux en boîte, les oméga-3 ont fait partie des premiers contacts avec le business des compléments alimentaires. Pour l’anecdote, j’ai traité de ce sujet il y a 10 ans dans les premiers billets de ce blog.

Je me suis longtemps demandé si on pouvait tester son statut biologique quant à ces molécules. J’étais déçu de voir que les dosages plasmatiques ne relèvent pas de la routine. Il existait néanmoins un truc qui me paraissait malin : évaluer la proportion d’oméga-3 dans la membrane lipidique de nos globules rouges.  Mais là aussi je ne savais pas où et comment faire ce test.

J’ai un peu délaissé le sujet, mais les oméga-3 sont revenus sur le devant de la scène l’année dernière. Il y a eu un grand essai négatif de supplémentation en oméga-3 (VITAL Study) et ça m’attristait.  Eh oui ! égratigner les croyances c’est difficile. J’attendais aussi avec impatience que Peter Attia interviewe un grand spécialiste des oméga-3 dans son podcast. J’en attendais une discussion nourrie et accessible sur le sujet pour refaire le point.

J’ai écouté le podcast publié en décembre 2019. J’aime bien ce podcast car écouter des sujets médicaux en anglais est bon pour ma cervelle. (Avec du recul le contenu n’est peut pas être pas bon pour ma cervelle, on va y venir) le podcast était un plaidoyer pour doser son taux d’oméga-3 dans les globules rouges. Le fameux HS omega-3 index.

Je laisse les congés de fin d’année se passer et je contacte une société belge qui vend les fameux tests HS omega-3 index: Nutrogenics.be. L’accueil est très bon, la communication facile. Ça achève de me décider à me tester. Je me lance donc dans une expérience de bricolage. J’achète trois tests, je vais tester ma femme, ma pomme et je me retesterai pour voir si ça monte avec une supplémentation. (j’entends des soupirs au fond, laissez moi m’amuser !)

Résultats identiques pour ma femme et moi qui mangeons à peu près pareil : environ 4-5% d’Hs omega-3 index.

Deuxième partie de mon expérience : prendre des oméga 3 pendant 2 mois, 1200 mg d’EPA+DHA matin et soir et refaire le test. Mon observance a été correcte. Voici le nouveau test :

Ça monte ! Je suis un peu déçu car je pensais avoir ingurgité une dose élevée et leur conclusion n’est pas nuancée : si t’es pas au dessus de 8% tu vas mourir dans d’atroces souffrances !

L’expérience est faite, qu’en conclure et que faire pour la suite ?

D’abord, avec des suppléments d’oméga-3 « classiques » choisis sur un critère de prix plus que de qualité espérée (Jarrow EPA+DHA Balance, ça n’est pas écrit sur l’étiquette mais je pense qu’il s’agit d’éthyl-esters) l’oméga-3 index monte, je peux au moins espérer que le supplément contient ce qu’il annonce. Les compléments alimentaires sont un peu surveillés mais bien moins que les médicaments, quand on prend des compléments alimentaires on peut craindre de ne pas avoir ce qui est indiqué sur l’emballage. Les travaux que j’ai lus sur les compléments alimentaires à base d’huile de poisson (oméga-3) sont quand même rassurants.

Arrive le nœud du problème : faut-il continuer à prendre des oméga-3 sous forme de complément avec l’espoir d’améliorer ma santé ? On est typiquement dans une décision qui comprend une grande part d’incertitude comme souvent dans le monde bio-médical.

Faisons le point. Quel bénéfice attendre ? Il y a beaucoup de travaux d’épidémiologies, d’études observationnelles, de sciences fondamentales qui peuvent nous rendre enclin à croire que les oméga-3 sont bons contre les maladies de notre civilisation : maladies cardio-vasculaires, dépression, cancer. Il y a donc beaucoup à gagner si on peut diminuer son risque de souffrir de ces maladies. Quels sont les risques ? le plus grave serait d’aggraver ma santé qui est bonne aujourd’hui. En effet, rien n’est parfaitement neutre en biologie et il est possible que des suppléments en oméga-3 au long cours soient mauvais pour ma santé. Les oméga-3 sont des molécules « fragiles » qui peuvent facilement s’oxyder et perdre de leur qualité biologique. Ensuite, il y a le risque bénin mais gênant d’avoir gaspiller de l’argent.

Je vais enfin prendre le temps de réfléchir, et pour moi la réflexion se base sur les connaissances, je dois donc approfondir le sujet. Je vais donc me replonger dans les dernières études, les lire attentivement, réécouter le podcast de Peter Attia en prenant des notes, écouter d’autres interventions de Bill Harris dans des conférences disponibles sur You Tube et lire des papiers pour et contre pour vraiment avancer sur le sujet.

A suivre

Une réflexion sur « une histoire autour des oméga-3, première partie »

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