Pourquoi le triathlon est si fascinant ?

Récemment, You Tube m’a poussé devant les yeux des interviews d’Oussama Ammar. You Tube doit avoir deviné que je suis jeune et ambitieux.

J’ai écouté parce que c’est vrai que je suis fasciné par les beaux parleurs. Je suis vite séduit mais j’ai vite repris vite mon œil critique (plop) et j’ai repéré quelques perles. Cet homme d’affaire parla d’argent à un moment. Comme quoi toujours plus était agréable pour lui car il n’y a que l’imagination qui devient la limite à ce qu’on peut alors faire de sa vie. Je me suis mis alors à réfléchir à des choses qu’on ne peut pas acheter. Même avec le compte en banque de Bill Gates, je ne pourrais pas acheter la sensation de me sentir fort dans mon sport. Je ne peux pas acheter la connaissance de moi-même qui guide le déploiement des entraînements. Je dois accepter que le progrès survient parfois quand on ne l’attend pas et que la roadmap dessinée n’est souvent qu’un concept abstrait…

L’entraînement pour le triple effort demande de la réflexion pour un résultat simple. Et ça c’est fascinant. Ça me fascine en tout cas. J’y vois entre autres une nouvelle illustration du principe de Dunning-Kruger comme quoi plus on creuse moins on sait, avec l’illusion d’un pic de connaissances quand on est dans les premières années d’apprentissage.

Dans mes débuts dans le triathlon, j’ai été attiré par le matériel. Ressort facile de la société de consommation, j’ai bondi sur les comparatifs de matériel vélo, les capteurs de puissance et l’aérodynamisme des roues. Ça continue d’être rigolo quand on veut gratter des pouillèmes de seconde mais ça coûte cher. Je l’ai un peu fait l’année dernière en préparation de Challenge Almere, ma conclusion est que c’est une arme à double tranchant qui coûte pas mal d’énergie mentale pour un petit bonus de confiance le jour J. Plus de détails là.

Ensuite, j’ai essayé de transcrire ce que j’avais appris en course à pied mais j’avais sous estimé la complexité du problème. Les interactions entre les sports existent et elles ne sont pas toutes positives. Il faut finalement surtout apprendre à doser les efforts pour récupérer entre les séances. C’est beaucoup plus facile de récupérer quand on fait 3 à 4 séances de course à pied par semaine que 9,6 entraînements tout confondu (moyenne 2015-2020). Il faut donc lever le pied sur l’intensité et plus jouer la carte des adaptations à long terme. De ce côté, je peux être content, 80 km de vélo pouvait être éprouvant pour moi il y a 5-6 ans et dimanche, j’ai fait 100 bornes à jeun à bonne intensité sans avoir l’impression de faire un exploit personnel.

Creusons un peu le détails des entraînements. Mettons un peu de granularité comme on dit aujourd’hui. 2020 est particulière, pas de compétition jusqu’à présent. De l’entraînement sans but précis. Je l’ai personnellement pris comme une opportunité pour essayer des choses. J’ai l’impression que des choses ont marché sur moi (4×8 min à la Seiler) et d’autres moins (entrainement en zone Fatmax à jeun). Il est probable que la première stratégie me réjouisse car elle donne des adaptations rapides avec des gains en sensations qui surviennent en peu de semaines.  Sur la deuxième stratégie, c’est plus compliqué car je ne peux résolument pas manger moins de glucides et je pense qu’il faut faire des séances bien plus longues que ma séance d’une heure hebdomadaire avant le boulot pour progresser. Typiquement le genre de séance facile à caser, qui apaise le triathlète anxieux mais qui est probablement peu rentable en matière de performance sportive. En tout cas c’est difficile à mesurer.

En tout cas, à ce moment M de l’année, je confirme une nouvelle fois mon idée de capital d’entrainement. J’ai vraiment l’impression que pour un individu I il y a une sorte de de charge C d’entrainement maximale au delà de laquelle on fait pire que mieux. Bien sûr il y a un intervalle autour duquel on peut osciller et avec une gestion optimale de la récupération on peut pousser un peu les curseurs mais être pragmatique c’est comprendre qu’on ne peut pas être régulièrement optimal en général et encore moins quand sa vie sportive n’est qu’une vie en parallèle de pleins d’autres. Je l’ai bien compris mais je ne l’ai pas encore intégré comme un principe de vie profond. C’est pourtant évident… qu’est ce que la culture no pain no gain fait du mal à notre sport ! Anecdote à ce sujet. L’année dernière, j’ai regardé une interview de Michael Phelps. This guy epitomizes hard training. A un moment de l’interview, j’ai été marqué par son analyse de son succès : « j’ai bossé plus que les autres ». J’en ai alors parlé à mon coach qui a bien rigolé. Complètement aveuglé par cette culture Rocky j’achetais son propos. Le triathlon porte ça dans ses racines avec les volumes énormes des icônes des années 90… (probablement bien aidées par la chimie aussi). IL EST POURTANT ÉVIDENT QUE LE MEILLEUR N’EST PAS CELUI QUI EN FAIT LE PLUS. Ça serait trop facile sinon ! Et alors que je suis bien conscient de ça, je me prends encore ce plafond de verre en pleine poire en espérant que toujours plus de volume me fasse progresser. Le sentiment de plateau est source de frustration alors qu’il devrait être une satisfaction en perspective au temps qui passe. Temps qui érode notre biologie et notre capacité à progresser.

Ainsi, je peux gagner en connaissance sur ce qui marche pour moi, ce que j’aime et ce que je n’aime pas, sur mes erreurs classiques et mes points forts, mais tout est est remis en question par le temps qui passe. La recette de la réussite de 2018 peut ne plus être vraie en 2019 et 2020 nous a bien montré que les cartes peuvent être rebattues de façon extraordinaire.

Finalement, j’en arrive à penser qu’il faut encore plus d’humilité dans ce que je fais. Le sport est nécessaire à mon équilibre mais le surinvestissement est par essence une exposition au risque de voir mon château de cartes s’écrouler.

Bonnes vacances.

P.S. je ne pensais pas trop écrire ce billet sous cet angle mais il s’est développé comme ça. Je remets le lien d’un article d’Olivier Silberzahn que j’avais adoré : la pyramide des sports.

2 réflexions sur « Pourquoi le triathlon est si fascinant ? »

  1. Merci pour ton partage. Je partage également ton point de vue sur la quantité maximale d’entrainement. De mon point de vue, elle ne peut augmenter que si l’activité professionnelle baisse, si la quantité de sommeil augmente et si la prise alimentaire augmente (si dépense +, alors intake +).
    Mon objectif perso pour 2020 c’est dormir davantage =)

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