Les débuts du magnésium en anesthésie

Twitter est retors, qui en douterait  ? alors que mon addiction pour le réseau social s’estompait à force d’être fatigué par ce que j’y lisais, un tweet sauvant le bébé avec l’eau du bain est apparu dans ma timeline :

Et voilà, je fais connaissance avec un collègue d’outre atlantique qui se passionne aussi pour une certaine façon de faire de l’anesthésie : utiliser moins de morphiniques.

Il est intéressant de noter que ce qui me semble être un des moteurs de sa stratégie est la terrible épidémie de toxicomanie aux opiacées dont souffre l’Amérique. Je pense qu’il veut limiter son utilisation des morphiniques pour éviter les phénomènes de tolérance aiguë (que je ne vois pas trop en pratique) et épargner au patient tout morphinique post-op qui pourrait le mener à une consommation récurrente et à l’addiction. Chez nous, je n’ai pas l’impression que la prescription d’une boîte de paracétamol+codéïne à la sortie de l’hôpital mène à tout ça mais je n’ai pas plus de recul que l’appel téléphonique systématique du lendemain. Bref.

S’en suit une discussion sur l’utilisation du sulfate de magnésium en anesthésie, il a l’air plus convaincu que moi et me transmet tout une biblio intéressante. Il y a notamment dans le lot un article de 1916 décrivant les premières utilisations chez l’homme à visée anesthésique.

Voici le troisième cas clinique qu’ils présentent dans cet article :

Plus de 500 mg par minute ! Soit environ une ampoule de MgS04 à 15% toutes les 3 minutes. Au démarrage de l’intervention, je comprends qu’ils ont accéléré la perfusion jusqu’à donner 1,3 g/min de MgSo4 pendant 13 minutes ! Don’t do this at home !

 

#FakeMed deux réactions/conclusions de la part de leaders du mouvement

a dérouler… c’est violent les réseaux sociaux…

#FakeMed

Mon réseau de contact m’a fait part récemment de la genèse d’une tribune pour décrier des pratiques de soins non conventionnels. Au départ, j’étais un peu timide, je trouvais le texte un peu agressif, et puis je me suis résolu à signer surtout parce que j’en ai marre de l’obscurantisme galopant, de la fausse science et des billevesées en tout genre.  La tribune a été diffusée. Le site FakeMed.org l’explique.

Dans mes centres d’intérêts, c’est surtout autour de la nutrition et du « style de vie » que j’entends des chose déplaisantes à mes oreilles. Par exemple, l’autre jour, au sauna de la piscine municipale, un gars à l’allure de mâle alpha a commencé à déballer tout un tas de conneries à tendance naturopathique à un auditoire de vingtenaires qui semblait aspirer son propos goulûment. Ca m’a un peu énervé, mais moi j’étais là pour suer pas pour tester ma rhétorique, et puis le gars était assis par terre, moi j’étais en hauteur, le combat était inégal. Bref.

Ça a été pour moi une bonne illustration que la diffusion des croyances autour de la santé se diffusait à vitesse grand V. Sur Internet, chacun dispose dans sa bulle filtrante des infos qui satisfont notre besoin d’entendre et de croire dans des histoires. Ok, dont acte. Mais n’oubliez pas non plus qu’il existe des pros de la santé qui étudient sacrément pour avoir le droit de conseiller, soigner ou traiter des maladies. C’est quand même que cette affaire est assez complexe non ?

Avec une semaine de recul, je suis plus convaincu du bienfait d’avoir signé la tribune vue l’accumulation de justifications abracadabrantesque que j’ai lues et entendues. L’occasion aussi de confirmer que le traitement journalistique « mainstream » est catastrophique et que les cabinets administratifs répondent pour la forme sans répondre sur le fond.

Suivre ce débat sur Twitter m’a appris des choses. J’ai été aussi très déçu des propos de certains confrères, mon sentiment est qu’ils veulent protéger l’efficacité de l’effet contextuel. Mais selon moi, autant on peut dans une relation individuelle d’une consultation savoir mordre sa chique pour ne pas détruire un effet placebo, autant ça me parait pas possible de défendre l’homéopathie ou les thérapies non conventionnelles dans l’espace public quand on pratique une médecine basée sur les sciences fondamentales et des soins basés sur les preuves.

Pendant cette dernière semaine, j’ai vu passé un paquet de trucs sur Twitter, j’espère ne pas vous repartager de trucs faux, je n’ai pas factchecké tout ce que j’ai vu passé… florilège :

https://twitter.com/Curiolog/status/976762237011595264

https://twitter.com/CitronAlcalin/status/976530639313883136

Faites vous votre idée, moi, mes convictions sont renforcées.