Les textos de la mort

J’ai eu une journée qu’on pourrait qualifier de merdique. Je suis assez stoïque, ça arrive. J’aime plutôt ma capacité à accepter ça. Néanmoins, je trouve intéressant de partager une petite histoire de patient et une anecdote annexe.

Alors voilà, ce matin, je consulte, ça commence pas très bien avec des urgences d’emblée qui me mettent en retard. J’aime pas ça mais c’est la vie à l’hôpital, c’est *normal*. Je présente mes excuses pour mon retard aux autres patients, et je finis par rencontrer M. F.

Il a des problèmes bénins qui nécessitent une chirurgie (quasi-)bénigne pour régler le problème. Le problème, c’est qu’à la clinique du coin, il lui ont trouvé un problème de coagulation rare qui justifie qu’il atterrisse au CHU. A la lecture des courriers, je trouve que l’histoire traine un peu en longueur. Je creuse, et je trouve malheureusement pour le patient des raisons de ne pas faire la chirurgie la semaine prochaine. Le patient s’agace, s’énerve,  car « il a déjà organisé ses congés avec son employeur ». J’entends, j’entends…mais mettre en jeu sa vie pour des jours de congés, ça me parait un mauvais arbitrage. Je creuse les autres courriers pour être bien sûr de comprendre. Pendant ce temps là, le patient envoie des SMS caché par le bureau. (Un peu impoli non ?) Je finis par demander s’il y a un problème autre avec un regard en coin. Je retrouve le regard du patient. J’explique la stratégie que je pense être la meilleure, son téléphone sonne et il décroche, en répondant par onomatopée. (Je ne peux pas l’envoyer ailleurs, c’est notre boulot de s’occuper de sa maladie difficile) Je reste stoïque. Le patient essaye de batailler pour faire quand même l’opération mais ses arguments tombent à plat. La consultation se termine quand même convenablement.

Je me demande sincèrement quel est l’impact de l’utilisation de son smartphone dans les loupés de sa prise en charge. Etait-ce aussi comme ça pendant les autres consultations ? Je sais que certains de mes congénères sont très performants pour gérer leur smartphone et autre chose, surtout les plus jeunes. Mais là franchement ?

La journée a été ensuite émaillée d’autres déficits de communication et autres carences de transmissions. Un peu paradoxal avec les facilités pour se parler non ?

Enfin, un peu usé nerveusement, je rentre pépère chez moi en vélo. Je roule d’autant plus cool qu’en ce moment je me cultive sur le sujet de la pollution atmosphérique (#teaser) et que la qualité de l’air est à 5/10 aujourd’hui à Lille. A cinquante mètres de chez moi, j’ai failli être renversé par une conductrice qui envoyait des textos. Encore ces putains de textos. Si au moins, les gens s’envoyaient des animojis-crottes-souriantes avec leur iPhone X je comprendrais, mais de bêtes textos… Flûte à la fin !

Arnica 9 CH x3/jour

Fin de consultation. Je donne et j’explique les ordonnances d’antalgiques pour une intervention bénigne qui aura lieu en ambulatoire. Et là, je suis surpris par une question : « Docteur, pouvez-vous ajouter de l’arnica sur l’ordonnance ? j’en prends à chaque fois avant les opérations, et après aussi, ça m’aide bien » Continuer la lecture de « Arnica 9 CH x3/jour »

Mon approche du tabac en péri-opératoire

Ce matin, discussion avec ma super interne sur le tabac en péri-opératoire. Deux remarques sur la feuille d’anesthésie du patient : ne pas zapper cette donnée car c’est utile pour calculer le score d’Apfel et une interrogation autour d’une prescription de Nicopatch par un autre collègue.

Mon approche comprend les points suivants :

  • je demande toujours la consommation de tabac en consultation
    • si le patient est sevré, je le félicite toujours
    • si le patient est consommateur, je lui demande s’il a envie d’arreter
      • si la réponse est évasive ou négative, je ne vais pas loin, je dis juste que la diminution du tabac (le mieux étant zéro cigarette) avant une intervention améliore plein de choses tant pour la sécurité du patient que pour la réussite de l’opération (cicatrisation)
      • si le patient a envie d’arreter, alors je lui parle des moyens dont nous avons à notre disposition : nicotine patches ou inhalée et consultation de tabacologie . J’essaye aussi de voir avec le patient avec une approche « communication thérapeutique/hypnose » ce qui lui déplait le plus dans le tabagisme et j’exagère sa réponse. De même, je lui rappelle qu’il y  a plein de moment où il ne fume pas, amoindrissant la notion de dépendance (sommeil, voyage en avion). L’oxygène, par contre on ne peut pas s’en passer plus de quelques minutes.
  • Je ne prescris pas de médicaments sur le thème du sevrage tabagique, je préfère que le spécialiste de tabacologie voit avec le patient ce qu’il préfère.
  • Si une ordonnance est utile, je vous rappelle qu’il est de bon ton d’en écrire une sur une ordonnance dédiée pour obtenir le forfait d’aide au sevrage tabagique de la sécurité sociale.
  • Je rappelle qu’il ne faut pas fumer juste avant l’intervention, là si besoin je vois avec le patient s’il ressent besoin d’un anxiolytique pour l’aider .
  • Je pense que la cigarette électronique est très utile pour diminuer la consommation de cigarettes. Ainsi, j’ai tendance à encourager les gens dans cette direction s’ils l’ont déjà prise.

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