L’alimentation et les sports d’endurance

Deux questions m’ont interpellé récemment. Dont une dans le Jogging bonito #5 : manger pour courir ou courir pour manger ?

Jusqu’à l’âge adulte, j’avais le plus complet désintérêt pour la nourriture. Certains voyaient même ça comme un « problème ». Je ne l’ai pas particulièrement ressenti comme ça sauf la pression pour manger des trucs dont je n’avais pas envie, particulièrement en dehors du cadre familial. En cuisinant moi même, puis avec quelques lectures je me suis intéressé à la nutrition. A la fois sur le plan professionnel et personnel. Tout est parti de ce constant simple que je vous invite à méditer : nous sommes faits de ce que nous mangeons.

A partir de ça, j’ai commencé à améliorer la qualité des aliments que je mangeais. J’ai même glissé un peu trop vers la fascination pour des aliments aux pouvoirs magiques et maintenant je pense un peu trop à ce qu’apporte tel ou tel truc lorsque je le vois dans mon assiette. Mais bon, ça c’est ma personnalité de coupeur de cheveux en quatre, on ne se refait pas.

Le sport nous donne probablement une plus grande liberté dans notre alimentation puisque l’augmentation de la dépense énergétique implique de facto une augmentation des apports. Je crois que la régulation de la prise alimentaire est éminemment complexe et que du bricolage/tweaking autour de ça ne portera pas ses fruits. Donc, pour ceux qui ont le plus de plaisir avec la nourriture (les gourmands ?) faire du sport est un bon moyen de compenser une tendance naturelle à manger un peu plus. Et si je ne cours pas pour manger, je suis bien content de profiter du bénéfice de ma dépense énergétique importante pour consommer avec délices mes cookies maisons (merci Grégo !)

Ensuite, on peut voir l’autre aspect de la question : comment se nourrir pour courir ? Franchement, sur le plan thermodynamique c’est pas très compliqué : faut apporter de l’énergie pour en dépenser ultérieurement ! Je suis donc assez méfiant quant aux stratégies restrictives : diète cétogène, sport à jeun, etc. Je pense qu’il y a beaucoup de choses intéressantes dans tout ça MAIS je ne connais pas d’exemple de sportifs de haut niveau qui suivent ce genre de stratégie au quotidien DONC j’en conclue que c’est inefficace pour la performance.

Donc globalement, votre corps est capable d’utiliser à peu près n’importe quoi qui vous fournira de l’énergie. Seulement, c’est peut-être plus malin de cibler des aliments qualitatifs puisque les aliments ne sont pas qu’une source d’énergie, mais aussi la source du matériel qui nous structure : nous sommes faits d’eau, minéraux, de gras, de protéines et de sucres.

Et les aliments contiennent aussi des dizaines d’autres molécules, qui se combinent en nous et interagissent avec nous pour aboutir à univers finalement très complexe où je pense qu’il convient d’être très humble face aux changements que nous voulons induire sciemment.

C’est pourquoi je conclurai cette brève note en ne donnant que quelques pistes pour ceux qui se soucient de leur alimentation :

  • le meilleur moyen de mieux manger est de s’intéresser à la nutrition, c’est un univers fascinant où l’on apprends plein de choses sur nos sociétés et la biologie
  • soyez organisé, réfléchissez en amont à vos repas, sachez congeler des repas que vous aurez préparé en plus grande quantité. La junk food vous tend les bras si vous n’avez pas anticipé
  • cultivez un peu de hasard dans votre alimentation : laissez les autres décider pour vous (ça peut être un jeu) ou sachez pointer au hasard un plat sur une carte au restaurant
  • panachez l’utilisation de vos matières grasses : beurre, colza, olive, tout est intéressant pourvu qu’on cuisine correctement (point de fumée du beurre vers 120°, ça va très vite ! pensez au beurre clarifié qui brûle bien plus tard)
  • si vous mangez de la viande rouge, soyez raisonnable en matière de fréquence de consommation et accompagnez là de végétaux
  • notre intestin se nourrit beaucoup d’acides aminés, c’est pourquoi j’aime en prendre soin en pensant aux protéines dans mes collations après les gros efforts
  • proches de l’intestin mais avec une chambre d’écho bien plus grande : nos bactéries. Notre microbiote adore les fibres. Les végétaux sont une importantes source de fibres, il me parait indispensable de se nourrir de beaucoup de végétaux
  • le petit-déjeuner est peut être un repas négligé, réfléchissez-y. Je ne dis pas qu’il est indispensable, mais chez le sportif qui s’entraîne plus d’une heure par jour, c’est quand même un moment intéressant pour apporter de la nourriture.
  • avoir des routines accélère certaines choses dans la vie. Accélérer, être pressé, c’est vouloir se rapprocher un peu plus de la mort. Pourquoi ? Prenez le temps nécessaire, introduisez de la variété.

L’estomac du coureur de fond

A l’heure où des brigands déguisés en entrepreneurs disruptifs veulent vous vendre des capteurs d’hydratation et des bouteilles d’eau connectées je voudrais aborder avec vous l’alimentation en course.

L’alimentation est un sujet difficile car il y a énormément de croyances, de dogmes et des prises de position parfois radicales. Ne me frappez pas à coup de carotte crue, ne m’envoyez pas de malto dans les yeux, je vais parler de mon expérience et de ce que je pense important. Continuer la lecture de « L’estomac du coureur de fond »

Diabète et production de glucose

j’écris cette note suite à un article du BJA sur l’insuline que m’a passé Renaud (@essentiel_net). L’idée princeps de cet article est de corriger le dogme selon lequel l’insuline sert surtout à faire rentrer le glucose dans les cellules. Elle remplit bien ce rôle, mais juste “à la marge”, puisque le glucose peut entrer dans les cellules en l’absence d’insuline. En fait l’insuline sert surtout à inhiber tout un tas de process métaboliques. Ainsi, la carence en insuline est plus la perte d’un frein métabolique et le raisonnement médical s’améliore si nous intégrons ça dans la réflexion physiopathologique.

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