Lithium ad libitum

Suite à la lecture de l’abstract de cet article

Trace lithium in Texas tap water is negatively associated with all-cause mortality and premature death.

Fajardo VA, et al. Appl Physiol Nutr Metab. 2018.

J’ai proposé à mon pote Teuf, psychiatre, de creuser ce sujet. Sa plume me plaît beaucoup et ça m’a rappeler les bons souvenirs du collège où nous éditions un fanzine de jeux vidéos avec d’autres bons copains…

Introduction

Je tiens avant tout à remercier mon confrère, mais néanmoins ami Rémi, qui m’ouvre avec une inconscience certaine les colonnes de son blog, dont la réputation de sérieux et de rigueur scientifique n’est plus à démontrer, mais qui sera probablement à reconstruire de zéro suite à mon intervention.

Mais quoi de mieux que l’alliance de l’anesthésie et la psychiatrie, deux disciplines complémentaires, qui ont en commun d’offrir aux soignants la possibilité d’endormir leurs patients et d’accéder ainsi à leur inconscient :  à l’aide d’un masque diffusant un gaz au subtil goût de fraise synthétique pour l’une, à l’aide de propos lacaniens mal digérés pour l’autre (oui bon ok, y’a aussi l’hypnose…)?

Avant toute chose, la probité m’oblige à déclarer d’éventuels conflits d’intérêt : alors oui, c’est vrai, j’ai reçu un stylo bille de couleur bleue de la part de Biogaran. J’assume. Et puis de toute façon il s’est mis à fuir rapidement… De plus,  je possède l’intégrale DVD  d' »Allo, Rufo? » à la maison. Enfin, j’ai trouvé que Mafia blues 2 était beaucoup moins bien que le premier.

A part cela, un certain nombre de problèmes peut se poser sur le plan éthique de par la quantité innombrable de biais dont est truffé cet article. Je préfère donc les énumérer moi-même afin de m’épargner la lecture fastidieuse du courrier des lecteurs.

Il s’agit donc dans le désordre de : mauvaise foi caractérisée, citations apocryphes, bibliographie incertaine et insuffisante, copiés-collés éhontés de Wikipédia, contre-sens évidents, théories complotistes infondées, raisonnements lacunaires, faux raccords, et autres sophismes habituels… De la roupie de sansonnet tout ça, je vous l’accorde.

Pour ma défense, une étude scientifique a montré que la plupart des études scientifiques s’avéraient fausses et/ou non reproductibles. Une étude scientifique plus récente ayant démenti ces assertions, difficile de s’y retrouver. J’en conclus donc que l’essentiel est de se montrer persuasif.

Rentrons dès à présent dans le vif du sujet. Période estivale oblige, j’ai choisi un thème léger et facilement évocable autour d’un bon barbecue (si possible accompagné d’un verre de faux rosé provenant d’Espagne), à savoir :

« Impact de la lithiémie dans l’eau du robinet sur le bonheur des consommateurs. Implications pratiques par le contrôle étatique des masses populaires »

Rassurez-vous, le thème choisi n’est pas plus ardu qu’il n’en a l’air.

Qu’est ce que l’humeur?

L’humeur ou thymie est une disposition affective de base influencée par le vécu émotionnel et instinctif, donnant un éprouvé agréable ou désagréable à nos états d’âme. Il existe une oscillation physiologique entre le pôle + et le pôle – .

La thymie est influencée par tout un tas de facteurs (saut du lit avec réception sur le pied gauche, taux d’ensoleillement, baisse de la limitation de vitesse à 80, hormones, cycles de la lune, événements de vie…) comme l’illustre de façon morne ce diagramme grisâtre :

On parle de troubles de l’humeur lorsque ces variations sont trop importantes en intensité et/ou en durée, fréquence.

Qu’est ce que le lithium?

Le lithium (symbole Li dans le tableau périodique des éléments) est un oligo-élément.

Il se trouve à l’état naturel dans la croûte terrestre, en proportion variable selon le type de roches et dans les océans. La moitié des réserves mondiales se situerait dans les lacs salés de Bolivie. Une autre partie peut se trouver également inégalement réparti sur le parquet de votre salon, une fois que votre petit neveu Mathéo a délicatement explosé la batterie de votre portable à l’aide de son Lego Batman fraichement déballé.

Les nombreuses vertus du lithium ont été découvertes dès la fin du 19e siècle. C’est ainsi que les célèbres Lithia Springs, situées en Géorgie (Etats Unis), réputées pour leurs eaux riches en lithium, ont attiré de nombreuses personnes, parmi lesquelles Mark Twain, et pas moins de quatre présidents des Etats Unis, dont Theodore Roosevelt (c’est sans doute parce qu’il carburait à cette eau qu’il a pu être le seul président à avoir été élu 4 fois d’affilé).

Le lithium a également été sur le plan historique le premier traitement médicamenteux utilisé pour les troubles de l’humeur. Mais ses premières utilisations ayant conduit à de nombreux décès dus à des surdosages (sans doute par insuffisance rénale), il a fallu attendre les années 1970 pour que son rôle curatif dans ces troubles soit officialisé  par la Food and Drug Administration.

De là j’entends votre esprit mercantile et petit bourgeois vous souffler à l’oreille : pourquoi ne pas mettre du lithium en bouteille et la vendre? Trop tard, le créneau est déjà pris…

La preuve par 7

Ne vous êtes vous jamais demandé pourquoi Fido Dido, la mascotte de 7up, arborait en permanence ce sourire narquois d’adolescent rebelle tête à claques, associé à une coupe de cheveu improbable ? Pour répondre à cette question qui a hanté nombre de parents dans les années 1990, il faut revenir à l’origine de la création de la boisson.

Lorsque Charles Leiper Grigg la crée en 1929, à la veille du krach boursier, il l’appelle « Bib-Label Lithiated Lemon-Lime Sodas », puis rapidement « 7Up Lithiated Lemon Soda », abrégé en 1936 en « 7Up ». A l’instar du Coca Cola qui contenait au départ de la cocaïne (si si!), le 7up contenait lui du citrate de lithium et ce, jusqu’en 1948. Ah, on savait s’amuser en ce temps là ! Le Red Bull comparé à ça, c’est de la rinçure de jus de chaussette!

Maintenant, faisons un peu d’étymologie (déformation professionnelle oblige) :

« 7 » comme 7e ciel mais aussi comme Lithium 7, l’isotope le plus abondant du lithium;

« up » = haut.

Donc 7up : « monter au 7e ciel » ou encore « augmentez le lithium! »

Autant de messages subliminaux! De plus, ne dit-on pas en psychiatrie que quelqu’un est « up » quand son humeur est haute ? Tout concorde. Quel génie du marketing ce Grigg!

J’en viens donc à exposer ma grande théorie (qui a dit fumeuse?) : la vente massive de 7up a été aux Etats Unis un des instruments de la lutte contre la grande dépression de 1929 (bon, en complément du « new deal » je vous le concède…).. Ceci sous l’impulsion de Franklin Roosevelt, d’abord gouverneur de New York puis président des Etats Unis. Une fois l’économie rétablie et le moral du citoyen remonté, il n’était plus nécessaire d’incorporer du lithium dans la boisson, d’où son retrait en 1948.  Celui-ci fut avantageusement remplacé après guerre par la consommation frénétique de réfrigérateurs, téléviseurs, et autres automobiles aux longueurs improbables. Autrement dit, le consumérisme était le nouveau lithium du peuple.

Petit aparté : ces données apportent un éclairage nouveau sur l’échec relatif du Sprite, concurrent direct du 7up, créé par The Coca Cola Compagny. Il est dû selon moi à l’absence de lithium dans sa composition. En effet : à quoi bon acheter une boisson non désaltérante au goût infâme, hyper sucrée, sans mascotte hyper cool, si elle ne contient aucun thymorégulateur ? Le consommateur ne s’y est pas trompé.

Pour parfaire votre connaissance sur le sujet et briller dans les soirées nolife, je vous conseille l’épisode de Futurama « Fry and the Slurm Factory » dans lequel Matt Groening traite avec humour de l’addiction aux sodas liée à un ingrédient tenu secret.

Et le bonheur du peuple dans tout ça ?

La distribution en canettes étant trop partielle et aléatoire, pourquoi ne pas incorporer directement du lithium dans l’eau du robinet ?

Plusieurs études sérieuses se sont intéressées à la question.

En 1990, une étude américaine s’intéressait à 27 comtés de l’état du Texas, ayant chacun dans leur réseau de distribution une eau dont la concentration en lithium était différente. Les données furent recueillies de 1978 à 1987. Les chercheurs ont alors découvert que les personnes dont l’eau était la plus pauvre en lithium avaient le taux le plus élevé de comportements violents et de suicides; l’inverse étant vrai aussi pour ceux qui avaient l’eau la plus riche en cet oligoélément.

Vingt ans plus tard, une étude Japonaise confirmait ces résultats en observant une population d’un million d’habitants sur une période de 5 ans.

Plus récemment, des études similaires ont été menées en Grèce et en Autriche avec les mêmes conclusions.

Une seule étude menée en Angleterre n’aboutissait pas aux mêmes résultats, l’explication étant peut être que l’eau était beaucoup moins dosée en lithium que celle des autres études.

Sur le plan neurologique, le Dr. Nassir Ghaemi, professeur de psychiatrie de l’université Tufts dans le Massachussetts, reconnu comme étant un éminent spécialiste de la question, indique que « Le lithium est de loin le médicament le plus actif quant à la préservation des neurones chez les animaux comme les humains. »

Si nous résumons : le lithium possède donc à la fois des propriétés thymorégulatrices et neuroprotectrices

En 1971, Dawson, de l’université du Texas, étudia l’urine de 3000 personnes. Il découvrit que les habitants d’El Paso commettaient beaucoup moins d’actes violents et étaient moins hospitalisés en psychiatrie que leurs voisins de Dallas (ce que la présence de Bobby Ewing et JR dans les parages ne pouvait expliquer à elle seule…) Vous aurez vous même déduit quelle substance Dawson trouva en plus grande concentration dans l’urine des habitants d’El Paso… On appela alors le lithium le « Texas Tranquilizer ».

De là à rajouter du lithium de manière préventive dans les réseaux de distribution d’eau potable… Il n’y a qu’un pas… qui a déjà été franchi pour un autre composant : le fluor.  C’est une réalité, l’eau potable est supplémentée en fluor dans de nombreuses villes de différents pays. Les critiques, nombreuses, concernent l’incertitude des effets d’une dose cumulée et le risque d’une intoxication à long terme. Comme souvent, la difficulté est de déterminer le bénéfice par rapport au risque. En ce qui concerne le lithium, l’inconvénient potentiel serait d’aboutir à long terme à une population pacifique certes, mais aussi dyalisée. La paix sociale vaut elle un rein?

Vers un monde meilleur

La science fiction s’est déjà emparé du sujet, via Stephen King et son imagination débordante, dans la nouvelle parue en 1986 : « The End of the Whole Mess » ou « Le grand bazar : Finale » (titre qui plairait au chanteur Arno). L’histoire va vous rappeler quelque chose…

Je vous fais le pitch : le héros découvre qu’une substance présente dans la nappe phréatique d’une ville du Texas rend les gens complètement non violents. Dans un grand élan mégalomaniaque propre à tout héros américain, il décide d’en extraire une partie, de la concentrer et de la porter au dessus d’un volcan à Bornéo (!) afin qu’elle se répande dans l’atmosphère et contamine l’humanité en tombant sous forme de pluie (!!)

Oui, je suis d’accord le scénario n’est pas très crédible : des gens non violents (des hippies selon le dictionnaire Trump) au pays de Walker Texas Rangers, c’est juste inimaginable! Même dans le domaine de la science fiction. On les a pas chassés à coup de .22 Long Rifle jusque San Francisco pour qu’y en ait d’autres qui apparaissent! Et puis, que deviendrait la NRA? Bref, passons.

Comme c’est du Stephen King, évidemment l’histoire tourne mal : il y a un effet indésirable imprévu : tout le monde est atteint de la maladie d’Alzheimer et meurt dans d’atroces trous de mémoire (ou souffrances je ne sais plus trop).

Par ailleurs, ne trouverait-on pas un peu de lithium dans la composition du « soma », cette drogue de synthèse que tout citoyen est fortement incité à prendre quotidiennement dans le roman « Le meilleur des mondes  » d’Aldous Huxley paru en 1932? Celle-ci empêche les membres de la société d’éprouver de l’angoisse, de l’anxiété, de la tristesse, de la détresse ou, pire encore, une sensation de malheur. Le bonheur consiste à aimer ce qu’on est obligé de faire, donc au fond à accepter sa condition sociale (qui est déterminée à la naissance). Un citoyen « heureux » ne revendiquant rien, la cohésion de la société est ainsi assurée.

Je propose donc une  dystopie faisant la synthèse de tout cela : l’utilisation d’un volcan étant trop aléatoire, imaginons un état totalitaire, appelons le Veoliez ou Suolia au hasard, contrôlant la distribution d’eau potable, qui en ferait varier la lithiémie en fonction de l’actualité et du moral moyen des ménages : on l’augmenterait en cas de conflit social et on la diminuerait en cas de victoire à la coupe du monde de football par exemple (ce qui permettrait de contrôler le flux de population se rendant sur les Champs Elysées au passage).

Conclusion

J’en arrive à la fin de ma démonstration. J’espère vous avoir démontré l’intérêt du lithium à la fois sur le plan psychiatrique, neurologique, consumériste, ainsi que son implication dans le bien être et le contrôle des peuples. Un outil puissant qu’il ne faudrait pas laisser entre n’importe quelles mains.

Car au final, la première de nos libertés individuelles ainsi que notre humanité ne résident-elles précisément là, dans cet éventail de possibilités de fluctuations de notre humeur? Le droit au bonheur passe par le droit au malheur pour tous!

– Teuf