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Question à mon ami Greg

Salut Greg,

je profite de quelques jours de congés pour lire pour me divertir plutôt que de m’abrutir en scrollant les suggestions de You Tube. (J’ai l’impression que ces boucles infinies d’images ont un mauvais impact sur ma cervelle.) J’ai donc réouvert le livre d’économie de Gilles Mitteau de la chaîne You Tube Heu-reka. Comme tu le sais, mon éducation économique est nulle. La filière S à la fin des années 1990 a curieusement gommé tout intérêt pour l’économie alors que ça concerne tout le monde. On devrait tous avoir une éducation économique comme on reçoit une éducation historique. Je m’intéresse à l’économie ces dernières années pour mieux comprendre le monde et appréhender sa complexité. De façon provocatrice j’ai eu mes premières lectures économiques en m’intéressant aux cryptomonnaies. C’est un peu comme si je m’intéressais à la parentalité en me jetant dans la passion du B.A.S.E. jump mais ceux qui me connaissent reconnaitront un peu de mon style… Au fond tu sais que je mets en avant certaines tocades tout en gardant du pragmatisme.

J’étais donc en train de lire le livre sur l’économie de ce très bon « vulgarisateur » et je me posais des questions sur la finance et l’achat d’actions sur le marché secondaire.

J’ai l’impression que l’entrepreneur qui trouve des financements avec un « banquier d’affaires » pour améliorer son entreprise et in fine recruter et payer des salariés est une sorte d’idéal selon mon imaginaire des gens qui font des choses concrètes dans l’économie.

Est-ce que acheter des actions participe à court terme à l’économie réelle ou est-ce qu’on peut admettre qu’on souhaite conserver son argent dans le temps par le véhicule de l’achat de titres dans le but de la dépenser plus tard et donc in fine avoir un impact sur l’économie réelle en dépensant cet argent plus tard  ? (pardon pour la lourdeur de cette phrase)

Merci par avance pour ta réponse

2 réponses sur « Question à mon ami Greg »

Cher ami

Après avoir lu ton précédent billet je m’aperçois que l’on va complètement dérouter tes lecteurs plutôt aguerris aux sujets ayant trait aux seuils ventilatoire, la Vo2 ainsi qu’aux variables explicatives de la performance sportive.
Remarque pourquoi pas ? On va dire que ce sujet va leur apporter une bouffée d’air en touchant un domaine radicalement différent.

J’ai bien lu et relu ton questionnement qui me semble aborder plusieurs concepts.
Les questions qui se posent sont donc les suivantes :
1/ Est-ce que le fait d’investir sur le marché secondaire en apportant des capitaux en contrepartie de titres est « plus utile » que de le faire directement à une entreprise dans le cadre d’une augmentation de capital.
Par ailleurs je note que tu emploies le terme « d’économie réelle ». En conséquence cela nous conduit à nous poser la seconde question.
2/ Peut-on parler « d’économie réelle » vs une économie qui serait quant à elle « irréelle » ou moins réelle ? Cette dichotomie fait elle sens ?
3/ Et in fine tu poses également la question : entrepreneur vs investisseur. L’un est-il plus impactant que l’autre ?
Bon on va essayer de démêler cela.
Concernant la première question :
Le marché secondaire est l’endroit/un dispositif organisé et institutionnalisé où les acteurs peuvent très rapidement échanger les titres de propriétés des entreprises qu’ils détiennent. Le principal attrait d’un marché organisé est la liquidité qu’il offre aux investisseurs. En quelques secondes un investisseur peut acquérir ce titre de propriété offert par un autre investisseur qui, quant à lui, a le souhait inverse (il veut céder). Fondamentalement il n’y a pas de grandes différences entre allouer son épargne via un marché organisé (la bourse) ou directement à un entrepreneur. Dans les deux cas on investit son épargne dans un titre de propriété. Seul le « vecteur » ou « canal de transmission » diffère quelque peu. Peut-on dire qu’il est « plus utile » de le faire en direct à un entrepreneur (comme peuvent le faire des banques d’affaires) dont on connaît le nom, le business model en détail, dont on a serré la main ? C’est juste une appréciation subjective de considérer que c’est « plus utile » d’investir « en direct ». On dira qu’investir sur des titres déjà émis sur le marché au grand public est un acte plutôt impersonnel (c’est très anonyme) mais pour autant la démarche est bien la même : à savoir offrir sa « capacité de financement » (je dispose d’argent à placer) à une entité qui a un « besoin de financement » (entreprise/entrepreneur qui a besoin d’argent pour financer son affaire). Et le fait que la place de marché fasse très majoritairement l’objet d’échange de titres sur le secondaire a pour objectif d’apporter une solution à des investisseurs qui ont des points de vue, avis et des horizons d’investissements totalement différents. C’est pour répondre à ces multiples besoins, à savoir offrir une porte d’entrée et de sortie à chaque investisseur, qu’un marché secondaire est offert et organisé. L’objectif est d’offrir de la liquidité. Le marché immobilier quant à lui est un marché très illiquide de fait car les biens sont beaucoup trop spécifiques et non standardisés…mais c’est un autre sujet. Par ailleurs, l’investisseur particulier sur le marché secondaire contribue à tout un « éco système ». Le fait même qu’il existe, qu’il agisse permet le développement de toute une industrie, toute une organisation (des entreprises d’investissement, d’asset management et toute l’organisation qui va avec…) qui le dépasse complètement et dont il n’a pas conscience. Mais sans l’existence de cet investisseur particulier il n’y aurait pas d’industrie mis au service des acteurs à besoin de financement. Il est un rouage essentiel de cette économie bien réelle (on va y revenir). (NB : La notion d’écosystème se définit par un ensemble où tous les agents sont interdépendants. Ceux-ci n’existent et fonctionnent que par la présence de tous les autres.)
En conséquence il n’y a pas d’état d’âmes particulier à avoir d’investir sur le marché secondaire car de facto on contribue à apporter de la liquidité à un investisseur (la contrepartie) qui quant à lui a besoin de sortir.
Maintenant penchons-nous vers la deuxième question : économie « réelle », vs « économie irréelle » / c’est « utile » ou « inutile » / « impactant ou non impactant » ? (au sens moral du terme car le concept « d’utilité » est bien un concept éco. consacré mais hors scope ici). Je comprends à travers ta question que l’on se sentirait plus « utile », on sentirait que c’est plus impactant d’apporter ses capitaux directement à un entrepreneur à l’instar d’un banquier d’affaire.
La science économique n’offre pas un cadre d’analyse qui définirait ce type de concept (économie réelle vs irréelle). Par ailleurs, la science économique ne se base pas non plus sur le plan de la moralité, ni ne définit ce qui est de l’ordre du « bien et du mal ». Ce sont des projections personnelles.
Bien entendu, oui, tu as bien un impact réel en investissant sur le marché secondaire maintenant. Il est vrai que les tenants d’un parti pris (en général plutôt orienté « anti capitalistes » « anti libéral ») usent de l’argument qu’investir sur le marché secondaire ne servirait à rien, serait moins utile, moins « impactant » pour reprendre tes termes. Or cet argument est erroné car très réducteur, une vision au microscope et très statique. Or, comme dit plus haut, un investisseur est bien partie prenante de tout un écosystème qui a besoin de lui (et inversement) et qui n’existerait pas sans lui.
Et concernant la troisième question : un entrepreneur est celui qui crée de la valeur car il emploie, il développe une affaire etc. Oui les histoires sont belles et font plus rêver… Certes, mais sans investisseur pour lui apporter les capitaux dont il a besoin, pas d’entrepreneur. Ils sont interdépendants dans l’écosystème. Pas de marchés secondaires ? Dans ce cas il y aurait impossibilité d’échanger les titres de propriétés, de les passer de main en main, pas de dispositif de financement/refinancement, pas d’institution pour fluidifier ou apporter de la flexibilité une de la souplesse requise.
Maintenant quant à préférer ou aimer un acteur économique plutôt qu’un autre, endosser un rôle plutôt qu’un autre est une question personnelle et n’est pas du ressort de la science économique dont l’objet est de ne faire aucun jugement de valeur. Malheureusement pas de réponse…

Je suis conscient de ne pas répondre à ton questionnement, je tenais juste à apporter un éclairage très partiel, à travers un angle de vue plutôt académique. J’espère avoir apporté un peu d’eau au moulin.

Bon allez on retourne sur nos home trainer ou chausser nos runnings car il faut faire remonter le niveau de lactate !

La bise !

Merci Greg pour ta longue réponse, en fait ce que je pense qui sous-tendait ma question est aussi la problématique de la circulation de l’argent. Avec pour questionnement : « lorsque les ménages arbitrent (un peu trop comme pendant et après COVID ?) vers l’épargne plutôt que de consommer ne freine-t-on pas notre économie capitaliste ? (et ne gonfle-t-on pas artificiellement les marchés financiers ?)  »

Dans ta réponse, j’ai été marqué par « la circularité » des échanges : si j’achète des titres sur le marché secondaire, je participe à rendre du cash à un vendeur. Et donc finalement, l’argent circule… ça me plait bien 🙂

Ensuite, à propos du financement des entreprises, tu me confirmeras que c’est quand même le marché primaire qui est en tête de pont du financement des entreprises en apportant des capitaux en échanges d’actions ou d’obligations ? Je comprends que le marché secondaire adossé « aide » le marché primaire en rendant facilement possible d’échanger ensuite ces titres de propriété ou de dettes. (peut-être que je pose des questions niveau éco seconde générale…)

Enfin, quant à la science économique comme neutre, je suis décalé face à ce point de vue car j’ai l’impression qu’économie et politique sont très souvent intriqués par le biais de ce qu’on appelle l’économie normative si j’ai bien saisi la terminologie. Les hommes ont fait des choix « arbitraires » pour décider d’aller dans une direction dans nos pays (le capitalisme.) Et parfois les conséquences sont heureuses (et on n’en parle pas) mais d’autres fois on peut-être choqué de certaines dérives (et on en parle)

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