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Le drame des ressources humaines en 2022 à l’hôpital

En ce moment, j’ai envie d’écrire sur pleins de sujets. J’espère que le blogging a encore un peu de souffle pour propager des messages et des idées…

Pas drôle mais préoccupant : les ressources humaines à l’hôpital public. Je pense être conscient qu’il y des problèmes sérieux dans tous les secteurs du soins mais je veux juste m’épancher sur ce que je vois.
Je suis anesthésiste dans un CHU. On fait toutes sortes de chirurgie intéressantes mais l’activité « lourde » c’est la cancérologie.

Le problème qui me préoccupe le plus depuis le Covid ce sont les ressources humaines infirmières. Que ça soit en consultation, en salle d’hospitalisation ou au bloc avec les infirmiers spécialisés. Aujourd’hui, on doit fermer des blocs performants dans leur spécialité par manque de personnel. Des centres de recours ne peuvent plus offrir autant de soins qu’ils le voudraient par manque d’infirmières.

Dans les observations qui me font mal au cœur il y a les médecins qui se comportent mal avec les IDE et les dialogues ubuesques avec certains cadres, surtout ceux dans les hautes sphères. Nous sommes nombreux à ressentir que des cadres, des directeurs, veulent la polyvalence à tout prix et des grands plateaux techniques où les moyens sont mutualisés. J’entends certains arguments mais mon expérience pratique m’a aussi montré des limites à ces organisations. Je pense qu’avec certaines chirurgies spécialisées il est de bon ton d’avoir des équipes entraînées de petite taille pour la sécurité du patient et leur pronostic global. On n’improvise pas la chirurgie laser endolaryngée ou une œsophagectomie par thoracoscopie.

Bien sûr l’hôpital est éminemment complexe et je suis bien persuadé que la gestion et le management de ces mastodontes est difficile. Il y aura forcément des arbitrages qui peuvent être défavorables à certains employés. Mais dans toutes les conversations il ressort que le corps infirmier se sent déconsidéré et pas écouté.

L’argent pourrait jouer. Les heures supplémentaires pourraient être payées plutôt que de faire miroiter des récupérations qui ne viennent pas. Je dis toujours que les professeurs des écoles, les IDE, les policiers et les agriculteurs sont les professions dont le niveau de revenu me choque le plus par rapport aux services rendus. En tant que médecin, ça a pu jouer dans ma décision de prise de poste qu’il y ait un paiement des périodes de travail additionnel., pourquoi pas pour une IBODE ?

Même si sympathique, je ne pense pas que des avantages de #QVT mis en place par les directions soient marquants, je trouve que ça donne plutôt un agaçant sentiment de rustines. Mais pourquoi pas…

Je vois des gens qui savent soigner, qui aime soigner mais qui sont épuisés de tout le temps remplacer et compenser le travail des absents. L’individualisme construit depuis 50+ années remue le couteau dans la plaie quand les soignants se tirent entre les pattes pour tirer la couverture à eux. Ne pourrait on pas inventer des primes qui valoriseraient le travail en équipe. Une rémunération où tous les maillons d’une (petite) chaîne serait reliés.

Sur un autre volet, ne pourrait on pas sanctionner la vulgarité puérile du chirurgien qui envoie voler ses instruments ? Bim une amende de 300 balles qui arrivent dans une cagnotte pour payer des améliorés pour le déjeuner ! (Avec une vidéo surveillance Big Brotherienne des salles on peut faire de belles choses ahahah)

Pour ma part, je reste focalisé sur le patient avec l’envie de donner des soins de qualité. Se faisant, j’essaye d’avoir une attitude professionnelle et j’espère que c’est utile. J’ai aussi mes défauts et je demande à ce qu’on me rappelle à l’ordre. Je vois là aussi une piste, si chacun rogne un peu sur ses travers, sa personnalité, pour mettre un peu d’apaisement dans les blocs opératoires ça fait beaucoup au final…

Désolé pour ce billet décousu, j’ai ça sur le cœur et dans mes ruminations nocturnes… énormément de choses sont en dehors de ma capacité d’action et j’essaye de m’en souvenir, mais j’ai aussi le romantisme de croire que des actions comportementales de chacun dans les blocs peuvent améliorer la situation globale dans nos hôpitaux.

8 réponses sur « Le drame des ressources humaines en 2022 à l’hôpital »

Merci pour ton billet, je fais le même constat ici en tant que IADE au bloc. Je tire la même conclusion que toi sur le fait qu’il faut valoriser la valeur travail en équipe et l’effort collectif.
Il y a un sentiment général démotivant dans les CHU et ceux qui restent ,comme tu dis, doivent absorber l’absentéisme des autres.
Je trouve parfois que certains ne jouent pas collectifs en s’arrêtant relativement facilement et en se reposant sur leurs collègues.
Je suis de ceux qui pensent que si tout le monde charbonnent un peu les choses sont plus simples. Malheureusement les spirales négatives amorcer par un petit nombre emportent beaucoup de monde et d’énergie.
C’est aussi dû comme tu le dis, aux administrateurs des ressources humaines des CHU qui se noient dans leurs lourdeurs administratives et dans le monstre qu’ils ont eux même créer.
Il faudrait surement une réorganisation de la partie administrative et de leur méthode de management (polyvalence à tout va, et pool multi spé)

Malheureusement, il faudra se retrouver au pied du mur pour que les choses changent. On l’a vu en début de COVID. Tout le monde était animé par un même un effort collectifs et d’entraide au delà de ce que l’on voit au quotidien. On est capable du très bon, mais on retrouve vite nos travers d’antan. Faut continuer à se battre avec le système, continuer à transmettre et à former. Les jeunes sont plutôt motivés et déterminé à bien faire leur métier.

carrément un bon point avec le covid ! on a vu la force du travail qu’on peut abattre rapidement ! Malheureusement y’a eu des dégâts mais je n’avais jamais vu une telle synchronisation administration/médecin avant la crise covid !

Au début du Covid-19, les administratifs étaient terrés dans leur bureau, paniqués par ce qui arrivait. Les soignants étaient seuls face à la pandémie inconnue et ses malades. Une solidarité entre soignants a vu le jour, comme jamais auparavant. Non, il n’y a pas eu de collaboration administration-soignants, les administrations ont été absentes, officiellement « donnant carte blanche » aux soignants. Puis, après 6 mois, les administratifs sont sortis de leur bureau … et la (mauvaise) vie d’avant a repris, business as usual

Oui,c’est bien un billet d’humeur pour évoquer la problématique des ressources en personnel soignant !
Ancien CDS de plusieurs Service de santé au travail hospitaliers en hôpital de banlieue parisienne ayant débuté ma carrière de médecin du travail,à l’hopital,j’ai alerté et alerté jusqu’à l’ARS d’IdF sur le « cassage » des unités de soins avec le passage en « pôle médico-administratif » ayant séduit quelques « médecins au longues dent » prêts à tout pour garder leur »pouvoir ».,sur les décisions « arbitraires d’une direction formatée à l’école de Rennes mais pilotées par l’ARS d’IDF sur la destruction de ces équipes soudées et alerté sur le risque de décès par suicide , c’était il y a plus de 8 ans ( j’ai quitté avec regret l’hôpital après 3O ans d’exercice .de soignant sur différents métiers d’AS en passant par infirmier, externe interne, assistant ,attaché des urgences puis méd du travail . Je ne peux hélas que constater après l’épidémie de covid19 qui a mis à mal un peu plus les équipes mais qui ont réussi malgré tout à tenir car il y a encore de la solidarité entre personnels que les « potentats administratifs » locaux continuant à prendre leurs ordre des ARS qui n’ont qu’une vue comptable et retournent à leur politique des « 3 petits singes » d’avant le covid… La casse des équipes , l’obligation d’alternance entre nuit et jour,le travail en 12H dans tous les services sans personnel supplémentaire avec la pression de rappel du personnel pendant leurs repos ( durée légale car interdiction de travailler >= 48 de suite en les faisant juste travailler sur 2 we à cheval en accord avec l’ARS…) etc….La durée de carrière d’une infirmière est tombée à 5 ans ,c’est terrible…Les médécins du travail hospitaliers qui avaient leur mots à dire et en mesure de dénoncer tout cela sont en train de disparaitre à vitesse grand V ( allez vérifier combien de postes sont libres de tout recrutement et depuis des années ) car leur statut a été progressivement mis à mal ,leur protection devenue inexistante car l’inspection médicale du travail n’a pas le pouvoir d’agir sur les décisions arbitraires de l’ARS même en matière d’atteinte au droit du travail,ni au code du travail spécifique à la FPH ni au code général des hôpitaux…. J’ai rédigé plusieurs rapports depuis 2004 qui sont partis et l’inspection médicale du travail et à l’ARS df’IdF sur ces atteintes à la santé physioque et mentale du personnel soignant…Voilà pourquoi « #QVT » est une farce totale .
Bon courage pour votre engagement pour l’hôpital.
AGG

Je découvre ce blog avec plaisir, notamment les retours sur l’entrainement! Je tombe par hasard sur ce post et j’en profite pour poser une question d’ordre médicale… Si c’est possible de m’aider!?
J’ai été opéré d’une rupture du tendon fléchisseur ulnaire du carpe suite à un poignet dans une vitre 🙁 Il a été rafistolé et je suis à bientôt 3semaines et demi de l’opération. J’ai posé l’attelle et je vais attaquer la kiné. Je me posais une question, le pistolet de massage ne pourrait pas aider un peu la récupération ? En mode souple bien sûr. J’ai une dernière question, en général on peut rouler quand après une telle opération? Juste pour avoir une idée je sais que ce n’est pas une science…

Désolé du HS… Je ne suis pas du métier…

Ton billet rejoint une réflexion que je m’étais fait il y a quelques temps sur ma chérie sage-femme et les problèmes récurrents de personnel en maternité : les RH hospitalières, à force de penser que les IDE (spé ou pas) et les SF (rare moment où une sage-femme se mettra dans la même case) sont des rouages interchangeables, ont oublié de traiter le personnel qualifié comme la ressource rare qu’elle représente.
Et donc les gens se cassent.

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