Les transports sanitaires

En ce moment je suis en croisade contre les transports sanitaires abusifs. Mes consultations se compliquent juste à cause de ça, je suis très agacé par les papiers verts qui pertubent la relation que j’ai avec le patient.

La sécurité sociale est claire : les transports sanitaires sont là pour rendre service aux patients qui en ont le plus besoin et les coûts sont tellement grands qu’il faut réguler cette affaire. Ainsi sur le site AMELI.fr on trouve des fiches et des guides pour bien prescrire les transports sanitaires.

En gros je comprends que le transport est indiqué/remboursable dans quelques grandes situations :

  1. Convocation par la sécurité sociale
  2. Accident du travail
  3. Hospitalisation
  4. Distance de plus de 150 km entre le domicile du patient et lieu de soin (nécessité d’un accord préalable de la sécu)
  5. Nécessité d’une surveillance particulière lors du transfert
  6. Consultation si ALD en rapport avec la consultation et si incapacité physique ou mentale rendant le patient incapable de se déplacer seul Cf ce décret et cet arrêté

C’est cette  dernière situation qui me pose problème. Je fais des consultations préanesthésiques en CHU. Il y a plein de raisons qui amènent le patient chez nous : on est centre de référence pour certaines pathologies, certains patients fragiles sont récusés ailleurs et l’offre de soin est un peu inégale sur le territoire (et puis on est très gentil, il faut bien le dire 🙂 )

J’ai donc régulièrement des patients qui me demandent un bon de transport en fin de consultation. Et là c’est le drame ! Un imbroglio de méconnaissance du problème et de mauvaises pratiques antérieures conduisent à faire voler en éclat ma sérénité. En gros, les patients en ALD croient que tout est pris en charge, que leur pathologie soit en lien ou non avec leur consultation et les ambulanciers renforcent cette idée en racontant à tout le monde « c’est bon vous êtes à 100%, demandez le bon au docteur et ça roule (sic) ».

Alors non, non et renon. D’abord un bon de transport doit se faire a priori. Etant souvent en dernier maillon d’une chaine de soins je veux bien faire le bon de transport pour l’hospitalisation qui va arriver pour la chirurgie mais certainement pas pour venir me voir. Ensuite les patients en ALD devraient ramener leur attestation d’ALD pour qu’on puisse vraiment statuer si la pathologie pour laquelle ils consultent est en lien avec l’ALD.  Le lien entre artérite et polype de corde vocal n’est pas si évident, si ?

Comme je suis humain, je signe parfois des bons où l’indication est discutable. Je ne respecte parfois pas la loi. Parfois ce sont les conditions socio-économiques du patient qui m’y pousse, parfois le patient ne semble pas rentrer dans les bonnes catégories alors qu’il a vraiment l’air mal en point… parfois la loi semble être mal faite, parfois le docteur fait mal, parfois je n’ai plus envie de me battre : il y a d’autres problèmes plus urgents à gérer.

En tout cas j’en ai ras le pompon de voir des ambulanciers emmener X personnes dans leur ambulance pour venir au CHU en psalmodiant « vous demanderez le bon au docteur, vous êtes à 100% ». Soyons forts face aux demandes abusives !

12 réflexions sur « Les transports sanitaires »

  1. Oui battons-nous, mais…
    Les demandes refusées dans les établissements de soin échouent immanquablement sur les bureaux des médecins traitants, avec l’argumentaire « ils ont pas voulu faire », sans plus de détail. J’avoue qu’on l’interprète souvent comme une négligence, tant de spécialistes trainent des pieds maintenant pour rédiger les bons de transports, les arrêts de travail, et même parfois les ordonnances d’examens complémentaires qu’ils demandent eux-même… par courrier!
    Je l’avoue humblement, quand un patient a une ALD pour une pathologie et que s’en présente une autre, il m’arrive de négliger de faire une autre demande d’ALD pour la seconde pathologie, car pour la première, même si elle est incurable, la CPAM me demandera de re-faire un dossier tous les trois ou cinq ans. Un dossier + un dossier + un dossier + un dossier…
    Reconnaissons-le aussi, les hôpitaux négligent leur accessibilité. Celui de mon secteur dispose d’un parking nettement insuffisant, il faut se garer loin, sur un terrain-vague en pente, même quand on y travaille. Alors pour amener un membre de la famille qui se déplace laborieusement, je comprends que ce soit dissuasif.
    Les bus y accèdent du centre-ville, mais avec une fréquence pas très élevée, et ne viennent plus à partir de 18h, ce qui les rend inutiles pour pas mal de patients et de personnes qui y travaillent, et donc sont obligés de prendre leur voiture pour venir, et garantit un bel avenir aux taxis et ambulances.
    Le civisme des patients est une chose importante à travailler, la complaisance des collectivités locales en est une autre…

    1. je comprends ces difficultés…

      pour les arrêts de travail c’est un truc que je relance régulièrement auprès de mes collègues chirurgiens qui opèrent en ambulatoire. Pour notre part du boulot, je fais le bon de transport pour l’hospit’ quand on me le demande, j’écris noir sur blanc la gestion des thérapeutiques en préop et je remets les ordonnances d’antalgiques pour anticiper la sortie.

      notre hôpital est bien desservi : deux stations de métro, des parkings, une gare à côté, l’autoroute qui arrive quasiment direct… je note aussi que les ambulances ne veulent pas transporter l’insuffisant respi au bout du rouleau parce qu’il habite à 1 km de l’hôpital…

  2. Le souci me semble être que la solidarité nationale « assurance maladie » a remplacé la solidarité familiale ou de voisinage… vous comprenez, docteur, mon fils (mon frère, mon père ,mes frères et mes sœurs (air connu)) il peut pas se libérer… ou il s’en fout!

    1. Pas chez moi! Quand mon père vivait encore, je l’amenait partout où il devait se rendre. Je devais jongler entre les RV et mes cours à la fac. Pas facile, mais je suis arrivée.

      Maintenant, je fais la même chose mais pour deux personnes (ma mère et une autre) . La voiture n’a que 23 mois et dépassé les 53 000 kms.

      Je pense qu’il s’agit d’un coté d’un problème d’organisation, puis d’un gout ( 30 000 kms/an par an coute plus cher que 20 000 kms/an, l’essence, les frais de stationnement, l’usure des pneus). Alors si on peut se éviter ses frais via son assurance de maladie….

      Ensuite, il y a eu un abus de ces transport pour un oui et un non. Du temps où je vivais encore ne France, j’ai constaté que selon le médecin la personne obtient la prise en charge de ce transport alors que par la loi ce n’est pas prévu, et chez d’autres médecin et la m1eme CPAM un refus. Alors là aussi, l’égalité devant la loi n’est même pas assurer par la même caisse tout dépend du médecin et je n’ai jamais compris pourquoi chez l’un la loi s’applique à la lettre te chez l’autre des passe droit existent pour les mêmes patients?!

      La seule chose est que la loi a un grand oubli: les soins ophtalmologiques. Chaque examen ou intervention qui exige une dilatation de la pupille est incompatible avec conduire son véhicule ensuite – même au bout de quelques heures. Quand on a un trajet de 50 à 70 kms (aller seulement) pour se faire soigner, transport en commun de la campagne vers la ville plus qu’incompatible, il ne reste que le taxi et cela coute une petite somme rondelette! Je le sais par expérience, car j’ai payer plusieurs fois et cela m’a fais un jolie tour pour le mois. Là, les CPAM devaient prévoir un moyen de prise en charge « exceptionnelle » pour ce cas.

      Le modelée parfait n’existe pas, malheureusement.

      Bonne soirée

  3. Oh que je te comprends !

    Une situation récurrente également est de voir arriver deux gaillards au volant d’une ambulance alors que c’est un VSL qui a été prescrit… et commandé (la différence de tarif étant de l’ordre de 500%)…

  4. Tout le monde est coupable, médecins, patients, taxis/ ambulanciers, par ignorance et intérêt.
    Mais les choses seraient beaucoup plus faciles si la CPAM faisait son boulot et délivrait un document :
    1- Expliquant clairement au patient pour quelle pathologie, avec ses limites, il est pris en charge quand l’ALD est accordée.
    2- Quelles sont les conditions de prise en charge, par exemple pour les transports. L’item 6 de ta liste, qui concerne la majorité des cas, est parfaitement méconnu (je ne discute pas le fait qu’il soit ressenti comme très injuste par certains patients en ALD).
    L’argument disant qu’il suffit d’aller lire sur Ameli est d’une mauvaise foi crasse. Les patients n’ont pas envie et, pour certains pas les moyens, de lire ce qu’ils ne veulent pas lire.
    Encore une fois, c’est au médecin de faire le boulot en se mettant à dos patients et ambulanciers dans des palabres sans fins, quand il connaît les règles et veut les appliquer.
    Les patients se moquent que les trop perçus soient réclamés aux prescripteurs.
    Certains transporteurs réécrivent les BT quand ceux-ci le permettent sans trop de risques.
    Souvent, devant la pression, on remplit le BT avec les mentions justes: hors ALD, hors hospitalisation, patient autonome , etc… en pensant que la SS fera son travail et refusera. Bien souvent la PEC est accordée, aux risques du prescripteur…
    En revanche, combien de personnes agées isolées dans des campagnes sans voitures doivent assumer des transports justifiés et répétés avec leurs petites retraites ? Les médecins méconnaissent souvent l’ALD non exonérante.

    1. Hello,

      d’après ce que j’ai compris la sécu accepte de prime abord les bons de transports et pratique le remboursement au patient à 65%

      Ensuite il y a des vérifications et des contrôles ponctuels que j’imagine plus ou moins ciblés. Si lors des contrôles le bon de transport n’est pas dans les clous c’est à ce moment là que la CPAM retourne voir le prescripteur.

      Il est clair que l’information a du mal à diffuser… dans notre CHU il y a « une démarche institutionnelle » qui consiste à envoyer un document de rappel des conditions pour bénéficier du transport sanitaire… mais est-il lu/compris ?

    1. C’est gentil de proposer ce lien mais comme vous êtes l’auteur cela aurait été encore plus urbain de nous proposer une version PDF lisible gratuitement 🙂

      1. J’étais persuadé que vous pouviez y accéder gratuitement.
        Donnez moi votre e-mail et je vous l’enverrai.
        Bien cordialement.
        OY

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