Café du commerce, internet et l’argent des médecins

Allez, je vais rajouter une couche au brouhahaha sur les négociations des honoraires médicaux.

Je pense que beaucoup de jeunes médecins se sentent dévalorisés et il y a une énorme mayonnaise auto-entretenue par les réseaux sociaux. On aimerait recevoir une couronne de lauriers pour toutes les tâches difficiles et parfois ingrates que mène à bien la Médecine mais en lieu de cela les politiques nous tapent dessus (dans leur opération de communication.)  Forcément y’a de quoi être déçu.

Alors, de mon point de vue c’est facile, je suis praticien hospitalier, « apparatchik » confortable, en bas de l’échelle, mais confortable. Forcément je ne vis pas la cotation à l’acte comme mes copains en médecine générale ou ceux démarrant leur installation libérale en chirurgie viscérale.

Mais, mais, mais, je ne peux m’empêcher de donner mon point de vue : on est face à une grande mascarade de communication et on n’a pas grand chose à craindre, nous, médecins de tout bord. (Quant aux associations de patients, je suis étonné de les entendre si peu…)

1) On a du boulot à n’en plus finir, pas de chômage pour nous

2) Le résumé de conclusion de la négociation du début de semaine est très favorable aux médecins, notamment en secteur 2 (lire Christian Lehman à ce sujet). De plus les anciens toubibs  secteur 1, s’ils rejoignent le contrat de soins pourront pratiquer des dépassements

3) il est impossible pour l’état de revaloriser le secteur 1, de faire cette fameuse réforme en profondeur, les enjeux financiers sont insurmontables. De plus il semble que les revenus des médecins comparativement à des cadres de milieux socio-économiques parallèles soient restés confortables dans les 20 dernières années. C’est décevant mais c’est pour ça qu’il n’y a pas la Grande Réforme attendue… alors on propose des petites améliorations : forfait pour les plus de 85 ans, C2 dans certaines conditions, forfait de suivi de certaines pathologies chroniques.

4) A propos des déserts, les patrons veulent des internes dans leurs services, à mon avis ils ne laisseront pas les internes partir au milieu de nulle part longtemps sans encadrement universitaire. Et puis au final ce sont eux qui valident les DES. Je ne pense pas qu’ils seront regardant sur le passage dans les déserts…

4) reste l’inquiétude sur les mutuelles et leurs implications dans les réseaux de soins. Je comprends mes confrères libéraux qui vivent déjà sous la contrainte de grands groupes financiers s’accaparant les cliniques. Ces puissants dictent de plus en plus la pratique médicale. Le flêchage des patients vers des praticiens conventionnés avec les mutuelles est également inquiétant. Là je ne sais pas quel bras de fer va se jouer entre le pognon des mutuelles et la compréhension par les pouvoirs publics de la perte de qualité possible dans les soins… J’ai cru comprendre que bon nombres de députés avaient eu une bonne explication de texte par des confrères engagés en politique. Croisons les doigts pour nos patients.

En conclusion, je ne suis vraiment pas persuadé que les politiques vouent un tel désamour aux médecins. Je pense qu’ils sont « obligés » par la politique politicienne de faire monter la sauce sur les dépassements d’honoraires pour faire croire à l’opinion publique que la situation va s’améliorer pour les patients. Finalement, on n’a peu de choses à craindre mais ça n’est pas très politiquement correct de le dire haut et fort et les communiquants des ministres doivent se réjouir que les médecins se sentent lésés, c’est que leur plan a bien fonctionné. Enfin, au jour le jour je vois des patients qui ont confiance dans leurs médecins et soignants. Je pense que nous pouvons continuer d’être fiers de ce que nous faisons sans faire du misérabilisme !

P.S. je ne suis pas encarté politiquement et mes opinions politiques naturelles se situent plutôt au centre

P.P.S un ami souhaite s’exprimer ici sur la manipulation des masses médicales

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9 Commentaires sur "Café du commerce, internet et l’argent des médecins"

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docteurdu16
Invité
Je ne sais pas si je suis assez d’accord avec cela car le problème est vaste et les points de vue si divers (à l’intérieur même d’une même spécialité et selon le lieu d’exercice) que tout est possible. Le problème vient de ce que, indépendamment du problème (parfois) réel des déserts médicaux, l’effectif des MG va décroître et que nos conditions d’exercice vont se dégrader. Les jeunes sont inquiets et ils ont raison de l’être car les perspectives sont peu engageantes mais qui, dans notre société, peut être certain de son avenir ? Je crois qu’il est nécessaire de travailler… Read more »
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Fluorette
Invité
C’est rare que je ne sois pas d’accord avec toi, tu sais ça. Mais là, je me sens directement attaquée, comme chacun des MG je pense. Nous faisons un beau boulot et on nous prend de plus en plus pour des cons. je ne crois pas à l’histoire des dépassements comme je ne crois pas aux forfaits. Comme toi je pense que le coup des médecins pigeons, c’est n’importe quoi. Ceux qui sont dedans ne se battent pas tous pour les mêmes choses. Et c’est une mauvaise image de nous, médecins. Je pense que ton statut salarié te protège des… Read more »
nfkb
Invité

Je comprends tout ça. Ma moitié travaille en libéral, je vis ça un peu par procuration.

Que proposes-tu ?

Fluorette
Invité

Je le sais bien, c’est pour cela que ça me choque d’autant plus.
Je n’ai pas toutes les clés. Il sera diffcile de tout changer et il est impossible en un comm d’exposer les idées. Le problème actuel est que quoiqu’on propose la réponse est toujours « il n’y a pas d’argent ». Ce qui augmente la colère.

nfkb
Invité

Mais malheureusement je crains que le pognon soit compliqué à redistribuer. Je pense qu’il faut plutôt agir avec des mesures comme vous le proposiez dans l’opération #privésdedésert

manuel
Invité
Tu as raison beaucoup de points du constats , mais ta conclusion est optimiste. Le but recherché par les politiques est une maitrise des couts de santé , tout en repondant à un clientélisme protéiforme et mouvant. Réduction drastique du numérus clausus dans les années 70… pour ouverture de vannes sous Jospin Réduction ou non revalorisation d’actes dans les années 90- 2000 Contraintes administratives de la fonction publique , renforcé par le renforcement des coûts lié aux 35 heures qui entrainent un nombre de RTT considérable , à la limite du déraisonnable. Contrôle encore insuffisant des arrêts de travails ,… Read more »
nfkb
Invité
Salut, parmi les MG que je suis via Twitter et les blogs, je n’ai pas l’impression qu’il y ait tant d’arrêts abusifs par exemple. On entend aussi le contraire. A travers une consultation de médecine générale on constate que les patients venant avec des troubles liés à leur boulot sont nombreux. (Cette population de médecin est un échantillon, quid en globalité.) Le coût de la médecine est tout de même avant tout généré par les médecins. Je suis affolé de la biologie inutile, des examens radiologiques « pour se rassurer », des thorax systématiques, des traitements par habitude, des antibiotiques à watt… Read more »
pierre
Invité
Bonjour, trés d’accord avec les commentaires, le risque financier d’une installation devient important du fait même que les perspectives de revenus conventionnels ne sont plus crédibles à moyen terme. La période est à la réorganisation des soins, et qui va croire que les libéraux seront respectés ? les faits du passé montrent que le libéral et les necessités économiques de son entreprise ne sont pas considérées par les tutelles, seul est retenu (voire aimablement rappellé) son devoir déontologique à soigner (et avec quelques compléments législatifs aussi), c’est seulement en cela que les docteurs sont honorés par des mots, et des… Read more »
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