Faire un DES d’Anesthésie-Réanimation pour exercer la Réanimation

Je viens de recevoir ce mail :

« Je suis en DCEM4 et je viens de passer l’ECN ( et d’avoir les résultats).
Je me permets de te contacter car je pense me tourner vers l’anesthésie-réanimation puis vers la réanimation médicale ou les maladies infectieuses, n’étant pour le moment pas trop intéressé par le côté anesthésie de la spécialité.
A la base je voulais faire un DES de spé med et l’un des deux DESC sus-mentionné mais je n’ai trouvé aucune spécialité médicale m’intéressant vraiment. »

Cette question, je pense que je l’ai tous les ans à la même date 🙂

Lorsque j’étais en D2, les maladies bizarres et compliquées me fascinaient. En plus je ne me sentais pas du tout doué pour faire quoi que ce soit de technique avec mes mains. Je commençais à me projeter vers la néphrologie parce que j’ai toujours adoré les problèmes de sels et de poivre. « Fixing figures » c’est aussi mon truc 😉 En D3 je suis allé en stage en réanimation polyvalente orientée maladies infectieuses. J’ai adoré. Mais les néphrologues m’ont bien expliqué qu’avec l’insuffisance rénale aiguë, la réflexion fine sur les troubles hydro-électrolytiques n’existaient plus trop… et à propos de la dialyse ils étaient encore plus laconiques : « on fait un truc bourrin ». Bref. C’était des réas, plus des néphros.

J’ai bien aimé ce stage alors j’y suis même retourné. Les internes qui m’encadraient le mieux c’était les internes d’anesthésie qui m’ont même inviter à poser mes premières voies centrales. Je me souviens encore où quoi et comment j’ai mis mon premier KT fémoral. C’était comme une révélation.

Je voulais faire ça toute ma vie.

Alors j’ai fait mon petit bonhomme de chemin. J’aimais la cardiologie mais pas les cardiologues que j’ai rencontrés et j’aimais bien les pneumos mais pas la pneumologie (trop déprimant à mon goût)… A moins de faire un truc tarabiscoté il fallait bien se rendre à l’évidence : l’anesthésie-réanimation me tendait les bras. Il ne restait plus qu’à bosser l’ECN.

La préparation s’est bien passée. J’ai quand même fait un stage d’anesthésie « pour tester ». J’ai été retors : j’ai choisi un truc chiant pour tester « le pire » : 3 mois d’anesthésie en ophtalmo ! J’ai survécu. J’ai vu le résultat de l’ECN sur un ordi du bloc : je fais anesthésie. Voilà pour la genèse.

Ensuite j’ai enchaîné les stages d’anesthésie : ça m’a plu. J’ai continué les gardes en réa. Combo parfait à l’époque. Et puis j’ai pu accéder au stage dont je rêvais comme interne (celui-de-quand-j’étais-externe-que-j’aimais-trop-bien) Et puis allez savoir pourquoi ça ne s’est pas très bien déroulé. Je ne baisse pas les bras et j’avance dans mon DES un peu refroidi. En fin de DES je fais un an de suite dans une même réa. L’hiver avec les silicosés, l’été avec les cerveaux cramés. C’était pas gai. J’aimais bien les équipes et la réflexion médicale mais je souffrais de voir tant de patients dans des situations désespérées.  J’ai eu l’impression que nos soins ont été très utiles pour 3-4 patients dans l’année, des patients qu’on a rendu à leur famille à peu près dans le même état qu’avant. Bref, les morts au bout d’un moment ça pèse.

Dernier semestre en réa chir. Retour au CHU. Je redécouvre des pathologies médico-chirurgicales complexes, je vois le travail des anesthésistes sous une autre facette et bingo : c’est là que je veux être : faire de l’anesthésie en milieu chirurgical « lourd » voilà pour moi le meilleur moyen de combiner une pratique où l’on rend service aux patients et où je peux me creuser parfois un peu la tête.

Donc la réanimation ça peut être passionnant mais exercer ce métier c’est différent du fantasme que l’on peut s’en faire. Passer plus d’une année de suite dans le même service permet de bien s’en rendre compte. Les stages d’interne ne durent que 6 mois, on peut souffler à la fin. Quand c’est le boulot-de-tous-les-jours ça doit être difficile. En tout cas trop pour moi.

Toujours est-il que l’anesthésie-réanimation est un bon chemin pour arriver à la réanimation car on y passe quand même 2 ans entiers durant notre DES, ça défriche un peu le terrain. Les gestes sont rapidement acquis et on est opérationnel pour déchoquer des patients rapidement, mais finalement ça c’est presque le plus facile. Ce qui est difficile c’est de conserver une culture médicale et ça n’est pas toujours évident de caser un stage de médecine hors filière dans le cursus (style USIC ou Malinf’). Détail pratique, c’est plus facile de faire des stages de réanimation pendant l’internat lorsque l’on est inscrit au DES d’anesthésie-réanimation que dans un DES de médecine.

A propos de l’option spécifique Maladies Infectieuses, dans mon CHU c’est un peu spécial parce qu’il existe des cas particuliers de médecins brillants ayant suivi ce cursus d’anesthésie puis de Maladies Infectieuses. Il faut alors être bien conscient que :

1) c’est très long (stages de DESCQ de Malinf en labo, en Malinf’ etc)

2) les postes en maladies infectieuses, y’en a pas légion.

3) retourner faire des amygdales au bloc après des années de masturbation intellectuelle ça n’est pas facile

C’est un peu pour toutes ces raisons que j’ai vu des caisses d’anesthésistes-réanimateurs (dont des U) travaillant en réa en post-internat revenir vers l’anesthésie-réanimation. Je trouve l’exercice de ce métier plus adaptable aux envies de chacun.

Donc oui l’anesthésie-réanimation peut mener à la Réanimation Médicale, mais finalement peu de monde va au bout du chemin.

On se recause dans 7 ans ?

17 réflexions sur « Faire un DES d’Anesthésie-Réanimation pour exercer la Réanimation »

  1. Salut nfkb!
    J’aurais pu écrire ce mail tant je me posais toutes ces questions. Je suis ravi de voir que finalement, mon impression était la bonne. Mais si l’invitation tient toujours, on en reparle dans 7 ans !

  2. Moi aussi j’aimerais être anesthésiste-reanimateur, mais le chemin est long et difficile. Je suis en 5e au collège et je me pose un tas de question. Tout le monde dit que je peux réussir parce que je fait partie des premiers de la classe mais moi je connais qqn qui a raté son concours alors qu’il a saute deux classe. Le métier est-il si difficile? Faut-t-il être un génie pour réussir ses études même si c’est la motivation qui peut sauver? Pourquoi tout le monde dit que les anesthésistes gagnent beaucoup d’argent alors qu’il y en a une minorité? Comment font les a-r pour avoir une vie de famille?

    1. – Il faut travailler dans la vie pour réussir, quelque soit ton activité
      – Il ne faut vraiment pas être un génie pour faire médecine, avoir un peu de sens de l’humain et être travailleur, voilà tout
      – Les médecins anesthésistes gagnent bien leur vie, notamment lorsqu’ils travaillent en secteur libéral. Ils gagnent bien leur vie parce qu’ils ont de lourdes responsabilités et qu’ils travaillent beaucoup. Dans le secteur public, les anesthésistes ont leur même salaire de base que les autres médecins, après ils gagnent un peu plus d’argent parce qu’ils font plus de gardes et d’astreintes que la moyenne
      – Les AR ne sont pas plus ou moins bien lottis que les autres médecins quant à une vie de famille. Il y a même plus de possibilité d’un exercice « équilibré » que dans d’autres branches de la médecine.

  3. Je me retrouve parfaitement dans ce que tu écris 🙂

    J’aime beaucoup les maladies inf. surtout les pathologies du voyageurs ( pourquoi ? Mystère lol sûrement parce que je suis bizarre ^^)

    À la rentrée je serai en D2, et j’avoue que je n’ai commencé à aimer ce que j’apprenais et à être intéressé uniquement en fin de D1 ( ou l’on commence les modules )

    L’ Anesthésie-Réa m’intéresse beaucoup, j’attend de voir les stages pour savoir comment cela se présentera 🙂

    PS: j’adore ton blog 😉

      1. Petite question, est il simple de travailler dans le privé en tant qu’anesthésiste ? En faisant le DES d’AR on est bien secteur 1, pourtant dans le privé on demande souvent du secteur 2 non ?

        Faut il faire un clinicat pour pouvoir y avoir accès ? Merci

        1. J’avoue n’avoir jamais creusé sérieusement ces questions. Mais d’après ce que je peux voir les postes en clinique fluctuent un peu comme à l’hôpital au gré des arrivées et des départs. Dans ma promo, celle d’avant et elle d’après les collègues à s’être installés en libéral sont nombreux.

          Il y a des gens qui travaillent en secteur 1. Ce dépend des cliniques et des activités.

          La plupart sont effectivement en secteur 2. Je connais des anciens CCU-AH et des anciens AH. Je crois aussi qu’après avoir été PH un certains temps on peut prétendre accéder au secteur 2.

          Il existe aussi des gaziers qui font du libéral à l’hôpital mais il s’agit d’une minorité. Du moins dans les hôpitaux que je connais.

          Après je le sais pas ce que cache « simple » dans votre esprit… Y’a des contraintes liées à l’activité libérale. A voir selon vos envies…

  4. Par « simple » j’entend « pas impossible »,

    J’ai en effet entendu que les postes de PH était assez facile à obtenir après un certains nombres d’années ce que je ne savais pas et que certaines cliniques prenaient des AR en secteurs 1 ce que je savais encore moins ^^.

    Quels sont les inconvénients de la pratiques d’AR dans le privé ? Je dois avouer que le côté pécuniaire ( + dans le privé que dans le publique) cache tous les autres aspects de la pratique du privé.

    Merci en tout cas pour ces éléments de réponses qui m’ont beaucoup aidés à orienter mes recherches.

    1. ah ben oui c’est tout à fait possible

      Ce que **moi** je n’aime pas dans le privé par rapport à ce que je fais :
      – activité plus routinière qu’au CHU
      – omniprésence de la question financière
      – influence de plus en plus forte des équipes administratives sur les soins
      – organisation des congés, difficile d’improviser un we (remplacement, etc.)
      – travail important en volume avec moins de possibilité de prendre son temps avec chaque patient

      Après y’a d’autres avantages comme les revenus importants, certains s’organisent bien niveau planning/gardes/astreintes, le suivi du patient est plus du fait d’un seul MAR (ça c’est très bien +++)

      à vous de causer avec des médecins libéraux…

  5. Bonsoir,
    D4 dans la tourmente, j’aimerais, si mes résultats aux derniers ECN me le permettent, m’orienter vers l’AR dans l’idée de faire plutôt de la Réanimation médicale, donc a priori DES AR et sans doute un DESC de réa med. C’est une évidence pour moi, et c’est ce pour quoi j’ai travaillé d’arrache-pied durant ma D4.

    Mais depuis toujours et davantage encore depuis un stage particulièrement marquant, je me sens attirée par la Médecine Légale.
    Dans les textes et légalement, il serait possible de cumuler un DESC I (médecine légale) et un DESC II (réa med), mais qu’en est-il de la réalité ? J’ai bien conscience que c’est me compliquer la tâche, mais j’aimerais savoir si c’est seulement envisageable.

    Merci d’avance pour vos réponses.

    1. Talent Travail Chance

      Il va falloir bosser beaucoup, mais si vous voulez vraiment quelque chose vous pouvez y arriver !

      J’ai dans mon CHRU des illustrations, le chef de l’anapath qui travaille avec l’institut de médecine légale est un ancien réanimateur.
      Ensuite j’ai une collègue anest-réa en réa chir qui a une activité réglée de consultation en infectiologie (double casquette).

      En médecine légale, le maître local disait qu’il était de bon ton d’avoir des médecins qui ont un solide background clinique, c’est toujours mieux pour appréhender les cas.

      Il ne faut jamais dans la vie se mettre des barrières et des contraintes quant à ce que vous pouvez réussir ou non, la vie, les autres nous en mettent assez !

      Il faut vous accrocher et avancer. Cheer up !

  6. Bonjour,

    Après les résultats de l’ecn qui me permettent de prendre AR, je me pose quelques questions.

    Je suis passé dans un stage de réanimation chirurgicale qui m’a beaucoup plu. Je me demandais si le DES AR suffit pour exercer dans ce genre de réa ou est ce qu’il faut, comme pour la réa médicale faire un DESC en plus ?

    Et pour la réa médicale, en passant par l’AR, si j’ai bien compris il faut faire le DES qui dure 5 ans plus le DESC qui dure 3 ans ? Ou on peut faire les 2 en même temps ?

    Merci d’avance

    1. en réa chir, pas besoin de DESC de réa med chez nous… ailleurs je ne sais pas

      le DESCQ de réa med peut se démarrer pendant l’internat mais il y a forcément un post-internat

      c’est marrant comme ce sont toujours les mêmes questions pour une micro poignée de DESAR qui finissent en réa 😀

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