Le cerveau comme machine à fabriquer du sens

Je viens de finir un bouquin qui m’a beaucoup plu : Augmentus, chroniques du cyclocentaure à l’ère de l’intelligence artificielle.

 

Beaucoup de pages du livre déclenchaient des réflexions en moi, des associations d’idées se font et j’avais envie de vous parler un peu d’une problématique que je retrouve souvent : le besoin pour le cerveau de fabriquer du sens. Je crois que l’homme a une impulsion naturelle pour explorer, qu’il est naturellement curieux, que son cerveau, sa mobilité,  ont fait parti des clefs pour évoluer. Dans un passé récent, des dogmes, des religions étaient extrêmement solides et fournissaient des repères, des explications et des conduites à tenir auxquels on ne pouvaient déroger.

Avec l’ère moderne, les voyages faciles, l’accélération des connaissances et leur accessibilité tout un tas de dogmes se sont effondrés. Le déclin de la religion dans notre société au XXème siècle est caractéristique de ça.

En médecine et dans le sport, sujets qui m’intéressent hautement, je vois énormément de situation où je n’ai pas la moindre idée de ce qui se passe. Parfois, j’ai des hypothèses, elles peuvent d’ailleurs être tout à fait contradictoires. Mais au bout du compte je ne sais pas ce qui se passe. Je crois que nous n’aimons pas du tout cette situation et que nous cherchons à nous apaiser en fabricant des explications. Ainsi en médecine on fait parfois ce que j’appelle de la physiopathologie de comptoir : « – ah tu vois je pense qu’il a fait ça et puis y’avait aussi ça qui a du jouer -carrément, j’suis d’accord » Hop boucle d’auto-assurance avec renforcement par un tiers. En sport, c’est un peu pareil, parfois un plus mystique, la pensée magique : « si je prends tel complément alimentaire, ça sera bon pour mon sommeil et je ferais une meilleure compétition ».

Je crois que c’est une des clefs pour comprendre pourquoi des gens se tournent vers les soins alternatifs, l’homéopathie, etc. Les gens qui fournissent ce genre de prestations ont souvent assez d’assurance pour affirmer des explications farfelues. Bim, une maladie bénigne comme une une rhinite tombe sur le coin du nez (sic) d’une personne. Selon la personnalité, cet imprévu peut être mal vécu et la personne peut chercher une explication. Pourquoi moi ? pourquoi ça ? si on lui vend un déséquilibre corporel tarabiscoté (cœur de la force de vente ostéopathique) avec en plus une solution facile, la personne a désormais des éléments pour aller mieux grâce au chaman qui a répondu au besoin d’explications.

Je sais aussi qu’il n’y a pas forcément besoin de tout comprendre pour avoir une répons symptomatique satisfaisante quand ça suffit. Je sais aussi qu’il est difficile de dire je  ne sais pas et que ça écorne peut-être l’effet placebo quand on  est dans le doute *avec* le patient. Ce  dernier vient chercher une réponse et une conduite à tenir, avouer être dans le flou car la situation est complexe est probablement déceptif pour le patient. Mais je préfère cette attitude pour ma part, je préfère la prudence à une réalité maquillée de magie.

2 réflexions sur « Le cerveau comme machine à fabriquer du sens »

  1. Chercher du sens là où il n’y en a pas est le propre de l’homme… mais là où il est très fort… c’est qu’il en trouve !
    Bises mon grand

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