Mon premier marathon

Ça y est, c’est fait ! Après approximativement 1200 km et 75000 kcal d’entrainement, un an après avoir pris la décision j’ai terminé un marathon.

J’ai choisi le Marathon de Chicago 2010. Un marathon de renom. J’ai compris bien tardivement que le 10/10/10 constituait une date amusante pour un grand évènement. J’ai choisi ce marathon car quitte à en faire un, autant vivre quelque chose de grandiose : eh bien je n’ai pas été déçu, une émotion incroyable !

Chicago

Je suis parti avec l’organisme Thomas Cook pour me simplifier la vie et surtout bénéficier d’un package avion+hôtel intéressant à cette période de rush où les prix flambent (45000 personnes qui débarquent à Chicago, même dans un patelin comme ça, ça se remarque.) Je dois dire que j’ai été content de leur organisation et de leur soutien, je n’ai pas eu particulièrement besoin de leurs services mais des compatriotes moins chanceux ont attesté de leur efficacité. Ils ont été de bon conseil en précisant de mettre ses baskets dans son bagage à main en cas de perte de valoche, j’avoue que je n’y aurai pas pensé (ma dernière valoche perdue aux US -avec mon parachute !!!- est arrivée 8 heures plus tard à l’hôtel, ce qui modère mon angoisse). Le seul bémol est la difficulté à la joindre par mail dans les préparatifs mais j’ai compris ensuite que le Marathon de New-York les accaparait énormément (2500 inscriptions je crois…). Cela a également été une excellente occasion de rencontrer de sympathiques coureurs, sportifs dans l’âme, se donnant avec plaisir dans l’effort sans culte irrationnel au Dieu Chronos, et ça c’était appréciable même si je cultive un petit côté compétiteur 😉

Alors cette course ?

Eh bien dans les jours précédents, on a bien senti la masse de coureurs grandir de jour en jour, de plus en plus de personnes massées autour de la célèbre boutique Nike de l’avenue Michigan. L’organisation à l’américaine a été super efficace de A à Z.

 

D’abord des navettes (en schoolbus : culte !) on été organisées dès le vendredi du centre ville vers le centre des congrès McCormick pour récupérer les dossards : on se présente avec sa confirmation d’inscription, et hop on vous file votre dossard (au dos duquel vous pouvez inscrire vos renseignements médicaux en cas de défaillance), votre puce, des aiguilles à nourrices (4) et votre bon pour une pils gratis !

Ensuite un stand vous propose de vérifier le fonctionnement de votre puce et son mode d’attachement. Vous êtes ensuite invité à traverser l’énorme foire des marchands du temple pour gagner votre petit sac remplis des prospectus usuels et de votre T-Shirt. Fait utile il est prévu une attache pour fixer sur votre sac votre numéro de dossard pour gérer les vestiaires (Gear Check d’avant/après course). Une petite photo et hop on continue la visite de Chicago.

Bib pikup

D-Day. Après avoir trouvé de bonnes pâtes (si si) chez California Pizza Kitchen, ras le bol de bouffer, faut aller préparer ses affaires.

Habillement pour le marathon

Une nuit quand même un peu troublée, me vla debout avec un transit un poil accéléré (sic) à 4:45.

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Tous les grands hôtels avaient prévu d’ouvrir spécialement plus tôt leur petit déj et ça c’est très pro et appréciable. Mon petit thé habituel (Humm le Yunnan Impérial), le Gatosport fadasse (backup en cas d’absence de petit dej que j’avais préparé 5 jours avant) avalé, j’ai quand même choisi de prendre un peu de protéine avec des oeufs et du jambon parce que c’est bon pour la régulation de la sécrétion d’insuline.

Ptit dej Marriott pré MArathon

5:30 Zou à la douche. L’émotion monte. Toujours envie de pisser avec l’hydratation précourse et le stress ! Je rejoins l’ami Dominique au coin de la rue arrangué par deux mecs saouls qui se demandent bien pourquoi on peu courir autant de miles… Bonne surprise il fait bon, pas besoin des épaisseurs prévues pour éviter de perdre des calories inutilement.

6:15 On remonte alors le Magnificient Mile comme des milliers de coureurs, la marée humaine est là et l’émotion monte.

6:30 Arrivée sur les lieux (Grant Park) une heure avant le départ et ça n’était pas de trop vu la foule. On dépose notre sac prévu à cet effet au Gear Check/vestiaire et direction les toilettes avant le départ.

6:55 La looze y’a un monde de dingue pour pisser et le stress monte grave… la pudibonderie américaine voit d’un mauvais oeil le fait de balancer ses humeurs à droite à gauche, alors sentant la menace de réprimande sévère (ou pire une exclusion ???) je fais la queue en m’étirant un peu (sic) et prenant la décision de pisser au milieu de tout le monde si je n’ai pas accès au chiottes avant 7:15.

7:12 ahhhhhhhhhhhhhhhhh

7:15 je rejoins un sas de départ prévoyant 4h de course, c’est facile et bien organisé. Les coureurs ayant pu justifier d’un temps ont des couloirs spécialement dédiés avec des pass dédiés inscrits sur leur dossard. Je piétine un peu d’un endroit à l’autre histoire de trouver un endroit plutôt un milieu (des mauvais souvenirs avec les trottoirs lors de semi antérieurs) et pas trop compressé et on attend le départ. Le cardio annonce 75-85 de fréquence de repos… humm humm

On sent la pression de minute en minute et soudain alors que j’essaye de me concentrer sur ma respiration les yeux fermés je sens la foule qui avance… On marche un peu…
7:30 les premiers sont partis sur Beautiful Day de U2 : magique ! On marche encore un peu, je vois de moins en moins de monde devant nous , la foule se clairseme et soudain je cours ! Une émotion incroyable me prend, la fameuse boule dans la gorge. La foule hurle ! Premier pont : tous ceux qui n’ont pas pu pisser avant le départ se lâchent. Premier mile 7:24, oups ! Malgré toutes mes imprécations me contraignant à ralentir la foule et le ruban de coureur (le rigodon 😉 ?)me porte comme un craquelot dans un chahut du Carnaval de Dunkerque !

Je croise l’homme Tour Eiffel vers le 7eme, j’espère que tout s’est bien terminé pour lui dans cette chaleur.

Viva la France! And yes...he ran the whole way with the Eiffel Tower
(UPDATE : Michel Bach -qui a fini en 6h !– est une figure très connue des pelotons, son association DROIT AU COEUR)

L’émotion sera ainsi vraiment énorme jusqu’au 15-20ème kilomètre, je me demandais sincèrement à quel moment j’allais pleurer… Dans les beaux quartiers nord de Broadway St. des gens sont déguisés de façon incroyable, des mamies me claquent dans les mains, c’est ouf ! A ce moment de la course deux pancartes m’ont frappé : « 4 heures de souffrance pour une vie de fierté » et « je ne te connais pas mais je suis fier de toi ». Le soutien de la population est incroyable.

Au début c'est la forme
Au début c’est la forme

Je ne regarde pas du tout ma montre pour ne pas me mettre la pression mais je me sens hyper bien, dans le rythme avec juste le chouilla de vitesse que je souhaitais. Les chronos réguliers semblent confirmer ça avec la difficile estimation du décalage du départ.

A force de boire avec mes deux gourdes, l’envie d’uriner arrive forcément. Encore une fois impossible de se soulager n’importe où. Ça me saoule mais je choisis de m’arrêter à un stand toilette et il faut souligner la super orga car ils étaient nombreux.
Mini sprint pour reprendre mon slot derrière le gars qui arrangue sans arrêt la foule : marrant et stimulant.

Le semi est passé, la vessie est vide, tout va bien sauf que curieusement la cuisse droite commence à faire mal, c’est bien tôt. Plusieurs personnes marchent déjà, étonnant… L’explication viendra du thermomètre : on a incroyablement dépassé les 30 degrés
Celsius !!!

Et la tout se complique, l’environnement est moins chouette et la foule est un poil plus rare. Heureusement la zone d’encouragement des associations caritatives est énorme d’énergie positive et file le coup de pouce pour terminer cette boucle et retourner vers le centre de Chicago.

Apres tout ça plus de cerveau, plus de jambes, noooooon ! J’essaye de manger un peu mes sucreries. Mais ces saloperies de pâtes de fruit que j’aime tant ne veulent pas sortir de leur emballage : la looze +++ et pour le coup mini bémol de l’organisation la bouffe tarde à venir et n’est pas très variée (morceaux de bananes pas épluchés). Les autochtones offrent bien des bonbons et des bretzels mais je crains pour mon estomac, je crois que pour la prochaine fois je vais devoir apprendre à encaisser les gels mais si je n’aime pas ça…
C’est de plus en plus dur, j’ai beau tout faire pour me dire que la douleur n’est qu’une sensation, je me sens vider, j’ai du mal à me concentrer et à faire un pas après l’autre. Est-ce ça la Souffrance ? Je fais des mini pauses de quelques pas pour recharger ma gourde d’eau avec l’angoisse de ne pas trouver la force de repartir 🙁 putain j’aurais peut être du acheter un bracelet Power Balance 😉

plus dur

Heureusement un petit bisou de ma dulcinée avant l’entrée dans Chinatown me restimulera un peu, et avec quelques pas de pause pendant les ravitos j’arrive encore à avancer. Je n’ai pas de sensation de fringale mais une grande fatigue, physique et morale, est-ce ça le Mur ?

35 km arrive, punaise, 7 km on fait ça comme pour rire à l’entrainement, et ben là c’est le bout du monde. La fanfare de l’université essaye de nous stimuler mais les jambes sont dures, lourdes, du béton. Je veux bien croire que « tout est dans la tête » et je n’ai pas arrêté de me le répéter, ainsi que le fait que « l’on ne court pas tous les jours un marathon » mais le cerveau aussi fatigue. Je crois avoir vécu physiquement cet épuisement des neurotransmetteurs qui explique certains phénomènes de la course.

Arrive la longue et terrible ligne droite du retour sur l’avenue Michigan. Ce qui est difficile c’est que beaucoup de coureurs marchent, tout le monde ralentit pour les ravitos, on ne voit pas la ligne d’arrivée qui est cachée après un S, qu’ils sont longs les kilomètres, même à 40 où l’on se dit que l’on touche au but. Je rêvais d’accélérer un vrai coup à la fin, j’essaye de détendre mes jambes mais frayeur je sens les crampes arriver ! aie aie aie !! tant pis faudra se modérer, je n’ai pas envie de ressembler à mes amis coureur allongés sur le trottoir à 2 km de l’arrivée. Encore un coucou lointain à ma petite femme dans l’assistance et j’avance, j’avance, je prends désormais les coureurs devant moi en ligne de mire, je travaille mon « y-chi ». La mire des 800 m a été le coup de dynamite que j’attendais. Là je donne tout, mon couloir visuel est étroit, la foule est là mais à ce moment ça n’est plus elle qui me porte, je suis attiré dans le couloir visuel que je me crée, je vais la rattraper cette fille en rose, non elle est loin, si j’y vais ! et yaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa LA LIGNE !

enfin
enfin

Vraiment patraque je chancèle, je tiens à peine debout, montre du doigt de l’eau qui traine et l’organisation m’invite à continuer la chaine d’arrivée qui me fournira tout ce qu’il faut : couv de survie avec son petit autocollant, de l’eau, du sucré, du salé, et la bière !! une petite photo souvenir, je rattrape mon gearbag et sors rejoindre le point de rendez-vous convenu. Voilà c’est fait.

vite une pils !
vite une pils !

 

UPDATE : de supers tofs par içi.

Merci à ma femme, Caroline, qui m’a supporté avant, pendant et après.

Merci à ma familles, mes amis et collègues (MAR et internes, thx LC +++) qui m’ont encouragé et souvent facilité la vie (aménagement d’horaires par ex)

Merci aux amis coureurs renontrés sur place pour les agréables moments passés ensemble.

Merci au peuple américain de nous avoir accueilli avec temps de gentillesse et de chaleur (même le gars de la TSA – Rémi Gaillard ça ne s’invente pas- était sympa !!)

Mes points faibles :

  • La gestion de l’émotion
  • La gestion de ma ventilation, plus de concentration est nécessaire
  • La gestion de l’alimentation : plus précoce et plus adaptée
  • La gestion des électrolytes : besoin de plus de sel, j’ai sous estimé la température et la sudation

Mes points forts :

  • Hey, j’ai fini en presque 4h pour un premier 🙂
  • Pas de douleurs anormales : ni articulaire, ni abdominale, ni thoracique
  • Je me suis bien hydraté
  • Je ne suis pas parti trop vite

Pour la prochaine fois j’écrirai sur ma main les fondamentaux à répéter en cas de défaillance cérébrale 😉

le parcours

 

le finish des champions

18 réflexions sur « Mon premier marathon »

  1. Même affalée au fond de mon canapé j’en ai ma fréquence cardiaque accélérée, l’émotion est bien palpable à la lecture!! Encore bravo fréro!!

  2. Hey, très sympa le récit de cette expérience incroyable.
    En lisant la fin, j’ai eu l’impression de lire le test d’un nouveau produit Apple (points faibles, points forts) 😉

    Bises

  3. Bravo Rémi pour cette touchante évocation de ton tout premier marathon, que j’ai eu la chance de partager avec toi : j’ai vraiment beaucoup apprécié les moments que nous avons passés ensemble avec ta compagne Caroline et je serai ravi de « trinquer » à cette victoire sur la douleur que représente le fait de courir 42,195 km sous une chaleur intense : RV à Lille quand tu veux …
    Super compte rendu de ce séjour extraordinaire dans la fameuse « windy City ».
    A très bientôt et encore bravo.
    Dom.

  4. Super mon p’tit gars!!!!
    un récit comme si on y était ,génial ! que d’émotions!
    je n’ai jamais fait de marathon mais tout sportif qui se respecte a connu ces sensations lors d’une quelconque compét ( même en sport co en ce qui me concerne) et peut te comprendre.
    Ca donne envie …
    (mais pas de pisser lol!)
    Chapeau bas Crazy runner!!!

  5. C marrant ça, moi aussi j’étais en session marathon en Oct 2010, unpeu moins exotique: marathon du Mans sur le circuit des 24h…. biz et à bientôt

  6. Bonjour,
    Je suis tombé par hasard sur votre site et j’avoue que l’émotion est très forte après la lecture de votre billet.
    Je me suis mis à la CAP depuis juillet (2010) après quelques mois d’un régime draconien personnel qui m’a fait perdre 20 kilos. Depuis les premières foulées de juillet, je me suis découvert une passion jusque-là inconnue. Après des entraînements quotidiens pendant les vacances je me suis testé sur un 11.5 kms en septembre (58m13s), le Paris-Versailles fin octobre (01h23m59s) et dernièrement le semi de Reims (01h47m18s).
    J’ai décidé de me lancer LE grand défi pour mai 2011: le marathon de Sénart (77).
    Et c’est en recherchant des infos sur la préparation et les plans d’entraînement que je suis tombé sur votre site.
    Vous expliquez exactement ce que je ressens à chaque course. Cette émotion qui vous gagne, qui prend le dessus quelque-fois…
    Merci pour votre témoignage.

  7. Super récit,j’ai fais 2 marathon et Chicago 2009 et 2010 et franchement je vais normalement y retourner une 3 eme fois tellement ce marathon est extra en attendant je vais faire celui de Paris en avril pour comparer un peu , mais je crois qu’au niveau de l’ambiance mis a part NY il n’y a pas d’équivalent ! Bonne continuation et à bientot pour ton prochain récit .

  8. Bravo et merci pour ce superbe récit qui me conforte dans mon idée d’aller faire ce marathon pour mes 40 ans…    Bonne continuation et peut être se croiserons nous à Chicago en 2013 🙂

    1. vous avez bien raison ! super marathon ! super ville ! vous allez vous éclatez 🙂 En 2013 j’ai d’autres projets de courses mais pourquoi pas 🙂 en tous cas j’aimerais beaucoup le refaire un jour

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